Philosophie · Notions philosophiques
Le travail
Le travail est l’activité par laquelle l’homme transforme la nature pour produire ce dont il a besoin. La philosophie se demande s’il est une contrainte, une source de liberté ou un moyen de se réaliser.
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Le travail est une notion du programme de philosophie de terminale. On rattache traditionnellement le mot au latin populaire tripalium, instrument formé de trois pieux servant à entraver les animaux, et parfois d’instrument de torture ; cette étymologie, longtemps admise, est aujourd’hui discutée par certains linguistes. Le travail est d’abord vécu comme une peine : dans la Genèse, il est la conséquence de la faute (« tu mangeras ton pain à la sueur de ton front »). Mais il est aussi ce par quoi l’homme transforme la nature, produit sa subsistance, se forme lui-même et entre en relation avec les autres. Le travail est-il une malédiction, une nécessité ou une libération ?
Distinctions conceptuelles
| Distinction | Explication |
|---|---|
| Travail / activité animale | L’homme conçoit d’abord le résultat de son action ; l’animal agit par instinct (Marx) |
| Travail / œuvre / action | Chez Arendt : produire ce qui sera consommé / fabriquer des objets durables / agir et parler avec les autres |
| Travail / emploi | Activité productive / poste rémunéré dans une organisation |
| Travail / loisir | Temps contraint / temps libre. Le grec scholè (loisir) a donné « école » |
| Obligation / contrainte | Nécessité vitale ou sociale de travailler / travail forcé |
| Aliénation / réalisation de soi | Devenir étranger à soi dans son travail / s’exprimer et se former par lui |
Problématique 1 : le travail est-il une malédiction ?
Le mépris antique du travail
Dans la cité grecque, le travail manuel est souvent réservé aux esclaves et aux artisans. Pour Aristote (Les Politiques), le citoyen doit être libéré des tâches nécessaires pour se consacrer à la vie politique et à la contemplation. Il imagine que si les navettes tissaient d’elles-mêmes, les maîtres n’auraient pas besoin d’esclaves.
La peine et la nécessité
Le travail est imposé par le besoin : il faut manger pour vivre. Il est pénible, répétitif, contraint. Hannah Arendt (Condition de l’homme moderne, 1958) définit le travail (labor) comme l’activité qui correspond au processus biologique du corps : ses produits sont aussitôt consommés, il recommence sans cesse.
Problématique 2 : le travail humanise-t-il ?
Locke : le travail, fondement de la propriété
Pour Locke (Second Traité du gouvernement civil, 1690, chapitre V), chacun est propriétaire de sa personne, donc du travail de son corps. En mêlant son travail à une chose de la nature, on la rend sienne. Le travail est la source principale de la valeur des choses.
Hegel : la dialectique du maître et de l’esclave
Dans la Phénoménologie de l’esprit (1807), le maître, qui a risqué sa vie, se fait reconnaître par l’esclave, qui a préféré la vie à la liberté. Mais l’esclave, en travaillant la matière pour le maître, se forme lui-même, maîtrise la nature et prend conscience de soi dans son œuvre, tandis que le maître devient dépendant. Le travail est formateur : il libère.
Marx : le travail, essence de l’homme
Pour Marx, le travail est l’activité par laquelle l’homme transforme la nature et, ce faisant, se transforme lui-même. « Ce qui distingue dès l’abord le plus mauvais architecte de l’abeille la plus experte, c’est qu’il a construit la cellule dans sa tête avant de la construire dans la ruche » (Le Capital, livre I, 1867). Le travail réalise un projet conscient.
Kant : le travail, nécessité morale
Kant (Réflexions sur l’éducation) estime que l’homme est le seul animal qui doive travailler, et qu’il est important d’apprendre à l’enfant à travailler : l’oisiveté n’est pas le bonheur.
Problématique 3 : le travail est-il aliénant ?
Marx : l’aliénation du travail
Dans les Manuscrits de 1844, Marx montre que, dans le système capitaliste, l’ouvrier est aliéné (rendu étranger à lui-même) : le produit de son travail ne lui appartient pas, son activité lui est imposée, il ne se réalise pas dans son travail et n’est lui-même qu’en dehors. Le travail, au lieu d’être l’expression de l’essence humaine, devient un simple moyen de survivre.
La division du travail
Adam Smith (La Richesse des nations, 1776) montre que la division du travail augmente considérablement la productivité (l’exemple de la manufacture d’épingles), mais il reconnaît aussi qu’elle peut abrutir l’ouvrier réduit à quelques opérations simples. Le taylorisme (organisation scientifique du travail, début du XXe siècle) et le travail à la chaîne (Ford, 1913) poussent cette logique à l’extrême ; Chaplin la caricature dans Les Temps modernes (1936). Voir la révolution industrielle.
Simone Weil : la condition ouvrière
La philosophe Simone Weil travaille en usine en 1934-1935 et décrit dans La Condition ouvrière (publiée en 1951) la soumission au rythme de la machine, la fatigue qui empêche de penser, l’humiliation. Elle ne condamne pas le travail lui-même, mais une organisation qui prive le travailleur de la pensée de ce qu’il fait.
Nietzsche : le travail comme police
Nietzsche (Aurore, 1881, § 173) soupçonne l’éloge du travail : le travail « est la meilleure des polices », il tient chacun en bride et use la force nerveuse qui pourrait servir à réfléchir, désirer ou se révolter.
Le travail aujourd’hui
L’automatisation, la robotisation et l'intelligence artificielle relancent la question : la technique va-t-elle libérer l’homme du travail ou le priver d’une source de reconnaissance et de sens ? Voir la technique. Le débat sur la souffrance au travail et sur le sens du travail montre que le travail reste un lieu majeur de construction de l’identité.
Auteurs et thèses
| Auteur | Œuvre | Thèse |
|---|---|---|
| Aristote | Les Politiques | Le citoyen doit être libéré du travail nécessaire |
| Locke | Second Traité (1690) | Le travail fonde la propriété |
| Smith | La Richesse des nations (1776) | La division du travail accroît la productivité |
| Hegel | Phénoménologie de l’esprit (1807) | Le travail forme et libère l’esclave |
| Marx | Manuscrits de 1844 ; Le Capital (1867) | Le travail est l’essence de l’homme mais il est aliéné dans le capitalisme |
| Nietzsche | Aurore (1881) | Le travail est « la meilleure des polices » |
| Simone Weil | La Condition ouvrière (1951) | L’oppression du travail à la chaîne |
| Arendt | Condition de l’homme moderne (1958) | Distinction travail, œuvre, action |
Repères du programme utiles
Obligation / contrainte ; moyen / fin ; abstrait / concret ; public / privé ; en acte / en puissance ; idéal / réel ; légal / légitime.
Sujets de dissertation sur le travail
- Le travail rend-il libre ?
- Travailler, est-ce seulement gagner sa vie ?
- Le travail est-il une valeur ?
- Peut-on se réaliser dans son travail ?
- Une société sans travail est-elle souhaitable ?
- Le travail nous unit-il ou nous divise-t-il ?
- La technique libère-t-elle du travail ?
Questions fréquentes
Quelle est l’origine du mot travail ?
On le fait venir du latin tripalium, instrument à trois pieux servant à entraver les animaux, d’où l’idée de peine. Cette étymologie traditionnelle est discutée par certains linguistes.
Qu’est-ce que l’aliénation selon Marx ?
Le processus par lequel le travailleur, dans le capitalisme, devient étranger au produit de son travail, à son activité, à sa propre essence et aux autres hommes.
Que montre la dialectique du maître et de l’esclave ?
Chez Hegel, que l’esclave, en travaillant, transforme la nature et se forme lui-même, accédant à une conscience de soi plus haute que celle du maître devenu dépendant.
Quelle différence Arendt fait-elle entre travail et œuvre ?
Le travail répond aux besoins vitaux et produit ce qui est consommé ; l’œuvre fabrique des objets durables qui constituent un monde commun.