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Philosophie · Notions philosophiques

L’art

En philosophie, l’art désigne l’activité humaine qui produit des œuvres destinées à être contemplées pour elles-mêmes, et non pour leur utilité. Il pose la question du beau, du goût et de la vérité.

Mis à jour le 5 min de lecture

L’art est une notion du programme de philosophie de terminale. Le mot vient du latin ars, qui traduit le grec technè : à l’origine, il désigne tout savoir-faire méthodique, celui du cordonnier comme celui du sculpteur. On parle encore des « arts et métiers » ou de l'« art de la guerre ». Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que s’impose l’expression beaux-arts pour désigner les arts qui visent le beau (peinture, sculpture, architecture, musique, poésie, puis danse, cinéma…). La philosophie de l’art interroge ce qui fait une œuvre, la valeur du jugement de goût et le rapport de l’art à la réalité et à la vérité. Pour l’histoire des œuvres et des mouvements, voir l’histoire de l’art.

Distinctions conceptuelles

DistinctionExplication
Art / techniqueLa technique produit des objets utiles ; l’œuvre d’art n’a pas d’usage, elle est faite pour être contemplée. Voir la technique
Artiste / artisanL’artisan applique des règles pour un résultat prévu ; l’artiste crée une œuvre unique dont il ne possède pas la règle d’avance
Beau / agréableL’agréable plaît aux sens et varie selon chacun ; le beau prétend plaire universellement (Kant)
Beau / sublimeLe beau est harmonie de forme ; le sublime naît de l’illimité, de la démesure (tempête, montagnes)
Œuvre / objetL’œuvre vaut par sa forme et son sens, l’objet par sa fonction
Imitation / créationL’art copie-t-il la nature ou produit-il un monde nouveau ?

Problématique 1 : l’art imite-t-il la nature ?

Platon : l’art, copie de copie

Au livre X de La République, Platon distingue trois lits : l’Idée du lit (œuvre du dieu), le lit fabriqué par le menuisier (copie de l’Idée), le lit peint par le peintre (copie de la copie). L’art imitatif (mimèsis) est éloigné de deux degrés de la vérité ; il flatte la partie inférieure de l’âme. Platon propose d’exclure de la cité les poètes imitateurs. Voir la vérité.

Aristote : l’imitation instruit

Pour Aristote (Poétique), l’imitation est naturelle à l’homme et source de connaissance : nous prenons plaisir à contempler les images exactes de choses dont la vue nous est pénible (cadavres, animaux répugnants). La tragédie produit une catharsis (purgation ou purification) de la pitié et de la crainte. La poésie est « plus philosophique » que l’histoire, car elle dit le général.

Hegel : l’art supérieur à la nature

Pour Hegel (Esthétique), le beau artistique est supérieur au beau naturel, car il est « né de l’esprit ». Imiter la nature serait une entreprise vaine, toujours inférieure à son modèle. L’art est une manifestation sensible de l’Esprit, comme la religion et la philosophie.

Bergson : l’art dévoile le réel

Pour Bergson (Le Rire, 1900), nous ne voyons pas les choses elles-mêmes mais les étiquettes utiles collées sur elles. L’artiste, plus détaché de l’action, voit et nous fait voir ce que nous ne percevions pas. L’art n’imite pas : il révèle. Voir la perception.

Problématique 2 : le beau est-il subjectif ?

« Des goûts et des couleurs… »

Hume (De la norme du goût, 1757) constate la diversité des goûts mais admet qu’il existe des juges plus compétents (délicatesse, pratique, absence de préjugés), dont l’accord fournit une norme.

Kant : un jugement subjectif mais universel

Dans la Critique de la faculté de juger (1790), Kant définit le beau en quatre « moments » :

  1. le beau plaît sans intérêt (on ne désire pas posséder l’objet) ;
  2. le beau plaît universellement sans concept (on ne peut prouver qu’une chose est belle, mais on attend l’accord des autres) ;
  3. le beau est une finalité sans fin (l’œuvre semble ordonnée, sans servir à rien) ;
  4. le beau est l’objet d’une satisfaction nécessaire.

Le jugement de goût est donc subjectif (il repose sur un sentiment) mais prétend à l’universalité, à la différence du jugement sur l’agréable (« le vin des Canaries est agréable » pour moi).

Le génie

Pour Kant, « les beaux-arts sont les arts du génie » : le génie est le talent inné qui donne ses règles à l’art, sans pouvoir expliquer comment il produit. Ses œuvres sont originales et exemplaires.

Problématique 3 : à quoi sert l’art ?

  • Divertir (Pascal parle du divertissement en général) ou élever l’âme ?
  • Connaître : l’art donne accès à des vérités que la science ne saisit pas (Heidegger : l’œuvre d’art est la « mise en œuvre de la vérité »).
  • Consoler et libérer : pour Schopenhauer, la contemplation esthétique suspend un moment la souffrance du vouloir ; pour Nietzsche, « nous avons l’art afin de ne pas mourir de la vérité ».
  • Critiquer : l’art engagé, de Guernica (Picasso, 1937) aux œuvres contemporaines.
  • Questionner l’art lui-même : avec Fontaine (1917), un urinoir signé « R. Mutt », Marcel Duchamp interroge ce qui fait une œuvre. Pour Arthur Danto, c’est le « monde de l’art » (théories, institutions) qui confère ce statut.

Auteurs et thèses

AuteurŒuvreThèse
PlatonLa République, livre XL’art imitatif est éloigné de la vérité
AristotePoétiqueL’imitation est naturelle et instructive ; catharsis
HumeDe la norme du goût (1757)Diversité des goûts, mais existence de juges compétents
KantCritique de la faculté de juger (1790)Le beau plaît universellement sans concept
HegelEsthétique (cours publiés en 1835-1838)Le beau artistique, né de l’esprit, est supérieur au beau naturel
SchopenhauerLe Monde comme volonté et comme représentation (1819)L’art délivre momentanément du vouloir
NietzscheLa Naissance de la tragédie (1872)Apollinien et dionysiaque
BergsonLe Rire (1900)L’artiste dévoile une réalité que l’action nous masque
HeideggerL’Origine de l’œuvre d’art (1935-1936)L’œuvre ouvre un monde et met en œuvre la vérité

Repères du programme utiles

Abstrait / concret ; concept / image / métaphore ; idéal / réel ; objectif / subjectif / intersubjectif ; universel / général / particulier / singulier ; moyen / fin ; persuader / convaincre.

Sujets de dissertation sur l’art

  • L’art nous détourne-t-il de la réalité ?
  • Une œuvre d’art doit-elle être belle ?
  • Le goût s’éduque-t-il ?
  • L’art est-il un langage ?
  • Peut-on tout représenter ?
  • L’artiste sait-il ce qu’il fait ?
  • L’art peut-il se passer de règles ?

Voir la méthode de la dissertation de philosophie.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre art et technique ?

La technique vise l’utile et applique des règles pour obtenir un résultat prévisible. L’art produit des œuvres qui ont leur fin en elles-mêmes et s’adressent à la sensibilité et à l’esprit.

Le beau est-il subjectif ?

Pour Kant, le jugement de goût repose sur un sentiment subjectif, mais il prétend à l’accord de tous, ce qui le distingue de la simple préférence personnelle.

Qu’est-ce que la catharsis ?

Chez Aristote, la purgation ou purification des passions (pitié, crainte) que produit la tragédie chez le spectateur.

Tout peut-il être de l’art ?

Depuis les ready-made de Duchamp, la question est ouverte. Selon Danto, un objet devient œuvre par l’interprétation et le contexte artistique qui l’accueille, et pas seulement par ses qualités visibles.

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