Philosophie · Notions philosophiques
L’inconscient
L’inconscient désigne ce qui, dans le psychisme, échappe à la conscience. Chez Freud, c’est une instance faite de désirs refoulés qui influencent nos pensées et nos actes à notre insu.
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L’inconscient est une notion du programme de philosophie de terminale, étroitement liée à la conscience. L’adjectif inconscient qualifie ce qui se fait sans conscience (un geste machinal, un évanouissement). Le nom l’inconscient, au sens fort, désigne depuis Freud une partie du psychisme qui n’est pas seulement non consciente mais activement maintenue hors de la conscience, et qui pourtant agit sur nous. L’hypothèse de l’inconscient remet en cause l’idée d’un sujet transparent à lui-même et maître de ses actes. Elle pose trois questions : l’inconscient existe-t-il ? Peut-on le connaître ? Sommes-nous responsables de ce qui nous échappe ?
Distinctions conceptuelles
| Notion | Définition |
|---|---|
| Inconscience | Absence de conscience (sommeil, coma) ou irréflexion (« quelle inconscience ! ») |
| Non-conscient | Processus qui se déroulent sans conscience (digestion, réflexes, habitudes) |
| Subconscient | Terme de la psychologie du XIXe siècle (Pierre Janet), que Freud évite |
| Préconscient | Chez Freud, ce qui n’est pas conscient mais peut le devenir facilement (un souvenir) |
| Inconscient psychique | Chez Freud, ce qui est refoulé et ne peut devenir conscient qu’au prix d’un travail |
| Inconscient cognitif | En sciences cognitives, traitements de l’information non conscients (perception, langage) |
Avant Freud : les pressentiments philosophiques
- Leibniz (Nouveaux Essais, préface) : nous avons d’innombrables petites perceptions sans aperception ; le bruit de la mer que nous entendons est composé du bruit de chaque vague, que nous ne percevons pas séparément.
- Spinoza (Éthique) : les hommes se croient libres parce qu’ils sont conscients de leurs désirs mais ignorent les causes qui les déterminent.
- Schopenhauer : la volonté aveugle de vivre, notamment sexuelle, gouverne l’intellect qui se croit maître.
- Nietzsche : la conscience est superficielle ; nos pensées sont des symptômes de nos instincts.
Freud et l’hypothèse de l’inconscient
Pourquoi supposer un inconscient ?
Sigmund Freud (1856-1939), médecin viennois, part de l’étude de l'hystérie (avec Josef Breuer, Études sur l’hystérie, 1895) : des symptômes physiques sans cause organique disparaissent quand le patient retrouve et exprime des souvenirs oubliés. Dans « L’inconscient » (Métapsychologie, 1915), il justifie l’hypothèse : elle est nécessaire, car les données de la conscience présentent des lacunes (actes manqués, rêves, idées subites dont on ignore l’origine) ; et légitime, car elle permet d’agir efficacement sur ces phénomènes par la cure.
Les manifestations de l’inconscient
- Le rêve, « voie royale qui mène à la connaissance de l’inconscient » (L’Interprétation du rêve, 1900 — parue fin 1899, datée 1900) : réalisation déguisée d’un désir refoulé, par condensation et déplacement.
- Les actes manqués et lapsus (Psychopathologie de la vie quotidienne, 1901) : oublis, erreurs de parole, maladresses qui trahissent une intention cachée.
- Les symptômes névrotiques : compromis entre le désir refoulé et la défense.
Le refoulement
Le refoulement est le mécanisme par lequel le moi repousse hors de la conscience des représentations liées à des désirs inacceptables (souvent sexuels, liés à l’enfance). Ces représentations ne disparaissent pas : elles cherchent à revenir sous des formes déguisées.
Les deux topiques
| Première topique (1900) | Seconde topique (1923, Le Moi et le Ça) |
|---|---|
| Inconscient | Ça : réservoir des pulsions, régi par le principe de plaisir |
| Préconscient | Moi : instance de médiation avec la réalité |
| Conscient | Surmoi : intériorisation des interdits parentaux et sociaux, conscience morale |
Freud présente la psychanalyse comme la troisième grande blessure narcissique de l’humanité, après Copernic (la Terre n’est pas au centre de l’univers) et Darwin (l’homme descend de l’animal) : le moi « n’est pas maître dans sa propre maison » (Une difficulté de la psychanalyse, 1917).
Les critiques de l’inconscient freudien
Alain : une erreur sur le sujet
Pour Alain, l’inconscient est une manière de se décharger de sa responsabilité en se donnant « un autre moi » dans le dos. « L’inconscient est une méprise sur le Moi, c’est une idolâtrie du corps » (Éléments de philosophie, 1941).
Sartre : la mauvaise foi
Pour Sartre (L’Être et le Néant, 1943), l’idée d’un refoulement inconscient est contradictoire : pour refouler une idée, la censure doit savoir ce qu’elle refoule, donc en être consciente. Ce que Freud appelle inconscient est en réalité de la mauvaise foi, une conscience qui se ment à elle-même. Voir existentialisme.
Popper : une théorie infalsifiable
Pour Popper, la psychanalyse n’est pas une science, car elle peut interpréter n’importe quel comportement comme une confirmation (voir falsifiabilité). Ses défenseurs répondent qu’elle relève d’une démarche clinique et interprétative plutôt qu’expérimentale. Voir la science.
Inconscient et responsabilité
Si nos actes sont déterminés par un inconscient, sommes-nous encore libres et responsables ? Plusieurs réponses :
- L’inconscient limite la liberté mais ne l’abolit pas : la cure analytique vise justement à rendre au sujet la maîtrise de son histoire (« Là où était le ça, le moi doit advenir », Freud, Nouvelles Conférences, 1933).
- En droit, l’irresponsabilité pénale suppose une abolition du discernement (article 122-1 du Code pénal), non la simple existence de motivations inconscientes.
- Pour Sartre, invoquer l’inconscient pour s’excuser relève de la mauvaise foi. Voir la liberté.
Auteurs et thèses
| Auteur | Œuvre | Thèse |
|---|---|---|
| Leibniz | Nouveaux Essais (publiés en 1765) | Petites perceptions inconscientes |
| Spinoza | Éthique (1677) | Conscients de nos désirs, ignorants de leurs causes |
| Freud | L’Interprétation du rêve (1900), Métapsychologie (1915) | L’inconscient psychique, le refoulement |
| Alain | Éléments de philosophie (1941) | L’inconscient, méprise sur le moi |
| Sartre | L’Être et le Néant (1943) | Pas d’inconscient, mais la mauvaise foi |
| Lacan | Écrits (1966) | « L’inconscient est structuré comme un langage » |
| Popper | Conjectures et réfutations (1963) | La psychanalyse n’est pas falsifiable |
Repères du programme utiles
Médiat / immédiat ; origine / fondement ; en fait / en droit ; expliquer / comprendre ; hypothèse / conséquence / conclusion ; subjectif / objectif.
Sujets de dissertation sur l’inconscient
- L’hypothèse de l’inconscient remet-elle en cause la liberté ?
- Peut-on connaître son inconscient ?
- L’inconscient est-il une excuse ?
- Suis-je responsable de ce dont je n’ai pas conscience ?
- Peut-on parler d’une science de l’inconscient ?
- La conscience de soi exclut-elle l’inconscient ?
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre inconscient et subconscient ?
Le subconscient, terme de Pierre Janet, désigne une conscience affaiblie ou marginale. Freud préfère parler d’inconscient, qui désigne un système psychique distinct, séparé de la conscience par le refoulement.
Comment Freud prouve-t-il l’existence de l’inconscient ?
Il ne le prouve pas directement : il en fait une hypothèse nécessaire pour expliquer les lacunes de la conscience (rêves, lapsus, symptômes) et légitime par l’efficacité de la cure.
Pourquoi Sartre refuse-t-il l’inconscient ?
Parce que, selon lui, refouler suppose de savoir ce qu’on refoule ; l’inconscient freudien n’est donc qu’une forme de mauvaise foi.
Qu’est-ce que le ça, le moi et le surmoi ?
Les trois instances de la seconde topique freudienne : le ça est le pôle pulsionnel, le surmoi le pôle des interdits, et le moi l’instance qui négocie entre eux et la réalité.