Philosophie · Notions philosophiques
Le langage
Le langage est la faculté de communiquer et de penser au moyen de signes, en particulier les mots d’une langue. La philosophie se demande s’il est propre à l’homme et s’il exprime ou forme la pensée.
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Le langage est une notion du programme de philosophie de terminale. Les Grecs disaient logos, mot qui signifie à la fois « parole », « discours » et « raison » : dès l’origine, la philosophie a lié la capacité de parler à celle de penser. Le langage est la faculté de communiquer au moyen de signes ; une langue est un système de signes propre à une communauté (le français, l’arabe, la langue des signes) ; la parole est l’usage individuel de la langue. Les grandes questions sont : le langage est-il le propre de l’homme ? Pense-t-on sans mots ? Les mots disent-ils les choses, ou les déforment-ils ? Quel est le pouvoir de la parole ?
Distinctions conceptuelles
| Distinction | Explication |
|---|---|
| Langage / langue / parole | Faculté universelle / système propre à une communauté / usage individuel (Saussure) |
| Signe / signal | Le signal déclenche une réaction ; le signe renvoie à un sens et peut être interprété |
| Signifiant / signifié | Image acoustique (le son « arbre ») / concept (l’idée d’arbre) |
| Signe / symbole | Le signe linguistique est arbitraire ; le symbole garde un lien naturel avec ce qu’il représente (la balance pour la justice) |
| Dénotation / connotation | Sens littéral / sens associé, affectif ou culturel |
| Persuader / convaincre | Agir sur les émotions / agir sur la raison par des arguments |
Problématique 1 : le langage est-il le propre de l’homme ?
Descartes : la parole, signe de la pensée
Dans la lettre au marquis de Newcastle (23 novembre 1646) et le Discours de la méthode (V), Descartes soutient que les animaux ne parlent pas au sens propre : la pie ou le perroquet peuvent proférer des mots, mais non composer des discours adaptés à toutes les situations. Les animaux expriment leurs passions, non leurs pensées. Le langage véritable est le signe de la pensée, donc de l’âme.
Benveniste : le langage des abeilles
Le linguiste Émile Benveniste (Problèmes de linguistique générale, 1966) s’appuie sur les travaux de Karl von Frisch sur la danse des abeilles. Ce code transmet une information précise (direction, distance de la nourriture) mais il est fixe, ne permet pas de dialogue (l’abeille ne répond pas par un message), ne porte que sur un seul contenu et n’est pas décomposable en éléments recombinables. C’est un code de signaux, non un langage.
Les recherches récentes
Les primatologues ont appris à des chimpanzés et des bonobos des centaines de signes (Washoe, Kanzi). Ils peuvent combiner quelques signes, mais sans syntaxe complexe ni récursivité. La plupart des linguistes concluent que la double articulation (André Martinet : des unités de sens, les monèmes, composées d’unités sonores sans sens, les phonèmes) et la créativité infinie de la syntaxe restent propres aux langues humaines.
Problématique 2 : pense-t-on sans mots ?
Le langage, simple instrument de la pensée ?
Pour une conception instrumentale, la pensée existe d’abord, et le langage la traduit pour la communiquer. Boileau : « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, / Et les mots pour le dire arrivent aisément » (L’Art poétique, 1674).
Hegel : nous pensons dans les mots
Pour Hegel (Encyclopédie des sciences philosophiques, § 462, remarque), « c’est dans les mots que nous pensons » ; vouloir penser sans les mots est une tentative « insensée ». L'ineffable, loin d’être la pensée la plus haute, est la pensée obscure, encore en fermentation. Le mot donne à la pensée son existence la plus haute et la plus vraie.
Le langage façonne-t-il la pensée ?
L’hypothèse dite Sapir-Whorf soutient que la langue influence la manière de percevoir et de penser le monde. Sous sa forme forte (la langue détermine la pensée), elle est largement rejetée ; sous sa forme faible (la langue oriente l’attention, par exemple sur les couleurs ou l’orientation spatiale), elle a reçu des confirmations expérimentales.
Problématique 3 : les mots disent-ils les choses ?
L’arbitraire du signe
Dans le Cratyle, Platon oppose deux thèses : les noms sont naturellement justes (Cratyle) ou ils sont conventionnels (Hermogène). Ferdinand de Saussure (Cours de linguistique générale, publié en 1916) tranche : le lien entre signifiant et signifié est arbitraire (rien dans le son « bœuf » ne ressemble à l’animal, qui se dit ox en anglais).
Le mot est général, la chose singulière
Bergson (Le Rire, 1900) note que les mots désignent des genres : « nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles ». Le langage, utile à l’action, nous masque ce qu’il y a d’unique dans les choses et dans nos sentiments. L’art et la poésie tentent de dire ce que le langage ordinaire manque. Voir l’art.
Problématique 4 : le pouvoir des mots
Rhétorique et manipulation
Dans le Gorgias, Platon oppose la rhétorique, qui persuade sans faire savoir, à la philosophie, qui cherche le vrai. Gorgias lui-même, dans l'Éloge d’Hélène, décrit la parole comme « un grand tyran ». Orwell imagine dans 1984 (1949) une « novlangue » destinée à rendre impossible toute pensée critique. Voir vérité et opinion.
Dire, c’est faire
Le philosophe britannique John L. Austin (Quand dire, c’est faire, conférences de 1955, publiées en 1962) distingue les énoncés constatifs, qui décrivent (et peuvent être vrais ou faux), et les énoncés performatifs, qui accomplissent une action en la disant : « je vous déclare unis par les liens du mariage », « je promets », « la séance est ouverte ».
Auteurs et thèses
| Auteur | Œuvre | Thèse |
|---|---|---|
| Platon | Cratyle, Gorgias | Nature ou convention des noms ; danger de la rhétorique |
| Aristote | Les Politiques | L’homme seul possède le logos, qui exprime le juste et l’injuste |
| Descartes | Discours de la méthode (1637), lettre à Newcastle (1646) | La parole est le signe de la pensée |
| Rousseau | Essai sur l’origine des langues (posthume, 1781) | Les premières langues sont nées des passions |
| Hegel | Encyclopédie (1817-1830) | Nous pensons dans les mots |
| Saussure | Cours de linguistique générale (1916) | Arbitraire du signe ; langue et parole |
| Bergson | Le Rire (1900) | Les mots sont des étiquettes générales |
| Benveniste | Problèmes de linguistique générale (1966) | La communication des abeilles n’est pas un langage |
| Austin | Quand dire, c’est faire (1962) | Énoncés performatifs |
Repères du programme utiles
Concept / image / métaphore ; abstrait / concret ; persuader / convaincre ; intuitif / discursif ; ressemblance / analogie ; universel / général / particulier / singulier.
Sujets de dissertation sur le langage
- Le langage n’est-il qu’un outil de communication ?
- Peut-on tout dire ?
- Les mots nous éloignent-ils des choses ?
- Parler, est-ce agir ?
- Le langage trahit-il la pensée ?
- Les animaux ont-ils un langage ?
- Faut-il se méfier des mots ?
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre langage, langue et parole ?
Le langage est la faculté humaine de communiquer par signes ; la langue est un système de signes propre à une communauté ; la parole est l’usage concret qu’un individu fait de la langue.
Les animaux ont-ils un langage ?
Ils communiquent par des signaux parfois complexes, mais aucun ne possède un système doté d’une syntaxe créative permettant de produire une infinité d’énoncés nouveaux, comme les langues humaines.
Que signifie l’arbitraire du signe ?
Pour Saussure, il n’y a aucun lien naturel entre le son d’un mot et l’idée qu’il désigne : le lien est fixé par convention dans une langue.
Peut-on penser sans langage ?
On peut avoir des images, des émotions ou des intuitions sans mots. Mais pour Hegel et de nombreux philosophes, la pensée claire et articulée ne se forme qu’en se disant.