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Philosophie · Notions philosophiques

Le temps

Le temps est le cadre dans lequel les événements se succèdent, du passé vers l’avenir. La philosophie se demande ce qu’il est, s’il existe hors de la conscience et comment l’homme peut l’habiter.

Mis à jour le 5 min de lecture

Le temps est une notion du programme de philosophie de terminale. Le mot vient du latin tempus. Les Grecs distinguaient chronos, le temps qui s’écoule et se mesure, et kairos, le moment opportun, l’instant décisif. Le temps est à la fois la chose la plus familière et la plus énigmatique : nous en parlons sans cesse, mais nous ne savons pas le définir. Il pose trois grandes questions : qu’est-ce que le temps (une réalité physique ou une forme de la conscience) ? Comment vivons-nous le temps (le passé, l’attente, l’ennui, la mort) ? Peut-on échapper au temps ou le maîtriser ?

Distinctions conceptuelles

DistinctionExplication
Temps objectif / temps vécuTemps des horloges, identique pour tous / durée ressentie, qui varie (ennui, attente, joie)
Durée / instantIntervalle continu / point sans épaisseur
Éternité / perpétuitéHors du temps (Dieu chez saint Augustin) / durée sans fin dans le temps
Succession / simultanéitéOrdre avant-après / coexistence au même moment
Chronos / kairosTemps quantitatif / moment favorable
Temps cyclique / temps linéaireRetour éternel des saisons et des âges / histoire orientée, irréversible

Problématique 1 : qu’est-ce que le temps ?

Aristote : le nombre du mouvement

Pour Aristote (Physique, IV), le temps est « le nombre du mouvement selon l’avant et l’après ». Il n’y a pas de temps sans changement ; mais le temps n’est pas le mouvement, c’est sa mesure. Aristote se demande aussi si le temps existerait sans une âme pour le compter.

Saint Augustin : « Qu’est-ce donc que le temps ? »

Dans les Confessions (livre XI, vers 400), saint Augustin écrit : « Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je veux l’expliquer à qui me le demande, je ne le sais plus. » Le passé n’est plus, l’avenir n’est pas encore, le présent passe. Le temps n’existe donc que dans l’âme, sous trois formes : le présent du passé (la mémoire), le présent du présent (l’attention), le présent de l’avenir (l’attente). Le temps est une distension de l’âme (distentio animi).

Newton et Kant : temps absolu, forme a priori

Newton (Principia, 1687) pose un temps absolu, qui s’écoule uniformément sans relation à rien d’extérieur. Pour Kant, le temps n’est ni une chose ni une propriété des choses en soi, mais une forme a priori de la sensibilité : la condition sous laquelle nous percevons tout phénomène. Voir criticisme.

Einstein : un temps relatif

La relativité restreinte (1905) montre que la durée entre deux événements dépend du mouvement de l’observateur : le temps n’est pas absolu. Deux horloges en mouvement relatif ne battent pas au même rythme ; cet effet est vérifié expérimentalement et pris en compte, avec les effets de la relativité générale, par les satellites de géolocalisation.

Problématique 2 : le temps vécu et le temps mesuré

Bergson : la durée

Pour Bergson (Essai sur les données immédiates de la conscience, 1889), le temps des horloges est un temps spatialisé, découpé en unités homogènes et juxtaposées, comme des points sur une ligne. Le temps vécu, la durée, est au contraire continu, qualitatif, indivisible, comme une mélodie dont les notes se fondent. L’exemple du sucre : « si je veux me préparer un verre d’eau sucrée, j’ai beau faire, je dois attendre que le sucre fonde » (L’Évolution créatrice, 1907) ; cette attente coïncide avec ma durée vécue. Seule l'intuition saisit la durée.

Husserl : la conscience du temps

La phénoménologie décrit comment la conscience retient le passé immédiat (rétention) et anticipe l’avenir proche (protention) : c’est ainsi que j’entends une mélodie et non une succession de sons isolés.

Problématique 3 : comment vivre le temps ?

Le temps qui détruit

Le temps est souvent pensé comme ce qui use, vieillit, détruit : tempus edax rerum, « le temps qui dévore tout » (Ovide). Pascal note que nous ne vivons jamais au présent : « Nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre » (Pensées), toujours tournés vers le passé ou l’avenir.

Cueillir le jour

Épicure et les stoïciens recommandent de vivre le présent sans craindre l’avenir. Horace : carpe diem, « cueille le jour » (Odes, I, 11). Sénèque (De la brièveté de la vie) : la vie n’est pas courte, c’est nous qui la gaspillons. Voir le bonheur.

Être-pour-la-mort

Pour Heidegger (Être et Temps, 1927), l’existence humaine est fondamentalement temporelle et finie. Assumer sa mortalité, plutôt que la fuir dans le divertissement, permet une existence authentique. Voir existentialisme.

L’histoire

Le temps humain est aussi historique : les sociétés se transforment, et l’on peut se demander si l’histoire a un sens (Hegel, Marx) ou si elle n’est qu’une suite d’événements contingents.

Auteurs et thèses

AuteurŒuvreThèse
AristotePhysique, IVLe temps est le nombre du mouvement selon l’avant et l’après
SénèqueDe la brièveté de la vieNous perdons notre temps ; la vie est assez longue si on sait l’employer
Saint AugustinConfessions, XILe temps est une distension de l’âme
PascalPensées (1670)Nous ne vivons jamais dans le présent
NewtonPrincipia (1687)Temps absolu, uniforme
KantCritique de la raison pure (1781)Le temps est une forme a priori de la sensibilité
BergsonEssai sur les données immédiates de la conscience (1889)La durée vécue s’oppose au temps spatialisé
HusserlLeçons sur la conscience intime du temps (1928)Rétention et protention
HeideggerÊtre et Temps (1927)L’existence est temporelle et finie

Repères du programme utiles

Médiat / immédiat ; en acte / en puissance ; contingent / nécessaire ; objectif / subjectif ; abstrait / concret ; identité / différence ; origine / fondement.

Sujets de dissertation sur le temps

  • Le temps est-il une réalité ou une forme de la conscience ?
  • Peut-on perdre son temps ?
  • Faut-il craindre le temps ?
  • Le passé a-t-il une réalité ?
  • Peut-on vivre au présent ?
  • Le temps nous appartient-il ?
  • Sommes-nous prisonniers de notre passé ?

Questions fréquentes

Que dit saint Augustin sur le temps ?

Qu’on sait ce qu’est le temps tant qu’on ne cherche pas à le définir ; il conclut que le temps n’existe que dans l’âme, comme mémoire du passé, attention au présent et attente de l’avenir.

Quelle est la différence entre le temps et la durée chez Bergson ?

Le temps mesuré est spatialisé, découpé en unités homogènes ; la durée est le temps vécu, continu et qualitatif, que seule l’intuition saisit.

Le temps existe-t-il hors de nous ?

Pour la physique, le temps est une dimension du réel, liée à l’espace et relative au mouvement. Pour Kant, il est une forme de notre sensibilité. Pour saint Augustin, il n’existe que dans l’âme.

Que signifie « carpe diem » ?

« Cueille le jour » : formule du poète latin Horace qui invite à profiter du présent sans trop compter sur l’avenir.

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