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Philosophie · Notions philosophiques

La liberté

La liberté est le pouvoir d’agir ou de choisir par soi-même, sans contrainte. La philosophie se demande si elle existe vraiment, en quoi elle consiste et si elle peut être sans limites.

Mis à jour le 6 min de lecture

La liberté est une notion du programme de philosophie de terminale et l’une des plus vastes. Le mot vient du latin libertas, qui désignait d’abord la condition de l’homme libre (liber), par opposition à l’esclave. Ce sens social et politique s’est enrichi d’un sens métaphysique (sommes-nous libres de choisir, ou tout est-il déterminé ?) et d’un sens moral (être libre, est-ce faire ce que l’on veut ou se gouverner soi-même ?). On distingue ainsi la liberté de faire (absence d’obstacle), la liberté de vouloir (libre arbitre) et la liberté politique (droits garantis par la loi).

Distinctions conceptuelles

DistinctionExplication
Liberté / licenceFaire tout ce que l’on veut (licence) n’est pas la liberté, qui suppose une règle
Libre arbitre / déterminismePouvoir de choisir sans cause déterminante / tout événement a des causes qui le rendent nécessaire
Liberté d’indifférence / liberté éclairéeChoisir sans raison (le plus bas degré, selon Descartes) / choisir en connaissant le bien
Indépendance / autonomieNe dépendre de personne / obéir à la loi que l’on se donne
Liberté naturelle / liberté civileDroit illimité à tout ce qui nous tente / liberté limitée par la volonté générale (Rousseau)
Libertés formelles / réellesDroits reconnus par la loi / moyens effectifs de les exercer (critique marxiste)
Contingent / nécessaireCe qui pourrait ne pas être / ce qui ne peut pas ne pas être

Problématique 1 : la liberté est-elle faire ce que l’on veut ?

Spontanément, être libre, c’est faire ce qui nous plaît. Mais :

  • Platon (Gorgias) montre que le tyran, qui fait tout ce qui lui plaît, n’est pas libre : il est esclave de ses désirs.
  • Épictète (Manuel) : la liberté consiste à distinguer ce qui dépend de nous (nos jugements, nos désirs) de ce qui n’en dépend pas. L’esclave peut être libre intérieurement ; Épictète était lui-même un ancien esclave.
  • Rousseau (Du contrat social, I, 8) : « l’impulsion du seul appétit est esclavage, et l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ».

Problématique 2 : le libre arbitre existe-t-il ?

Descartes : une liberté infinie

Pour Descartes (Méditation quatrième), la volonté est infinie : c’est en elle que nous portons « l’image et la ressemblance de Dieu ». La liberté d’indifférence, où l’on choisit sans raison, est « le plus bas degré de la liberté » ; la liberté la plus haute consiste à suivre ce que l’entendement conçoit clairement comme vrai et bon. Le libre arbitre est connu par une expérience intérieure immédiate, sans preuve.

Spinoza : la liberté est une illusion de l’ignorance

Pour Spinoza, « les hommes se trompent en ce qu’ils pensent être libres, et cette opinion consiste uniquement en ceci qu’ils sont conscients de leurs actions et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés » (Éthique, II, 35, scolie). Dans la lettre à Schuller (1674), il imagine une pierre lancée qui, si elle avait conscience, se croirait libre de continuer son mouvement. La vraie liberté n’est pas le libre arbitre, mais l’action par la seule nécessité de sa nature, comprise par la raison : est libre celui qui comprend les causes qui le déterminent.

Le déterminisme scientifique

Laplace (Essai philosophique sur les probabilités, 1814) imagine une intelligence qui, connaissant toutes les forces et positions à un instant donné, pourrait prédire tout l’avenir. Les sciences humaines (sociologie, psychanalyse) et les neurosciences ont mis en évidence de nombreux déterminismes. Voir l’inconscient.

Kant : liberté et nature

Pour Kant, la liberté ne peut être ni prouvée ni réfutée théoriquement (troisième antinomie) ; mais elle est la condition de la loi morale. « Tu dois, donc tu peux » : la conscience du devoir nous révèle notre liberté. L’homme appartient à la fois au monde des phénomènes (déterminé) et au monde intelligible (libre). La liberté est autonomie : obéir à la loi que la raison se donne. Voir le devoir.

Sartre : condamnés à être libres

Pour Sartre, « l’homme est condamné à être libre » (L’existentialisme est un humanisme, 1946) : il n’a pas de nature qui le déterminerait et ne peut se dérober à ses choix. Invoquer des déterminismes pour s’excuser est de la mauvaise foi. Voir existentialisme.

Problématique 3 : la loi limite-t-elle la liberté ?

  • Hobbes : la liberté est l’absence d’obstacles ; la loi la restreint, mais c’est le prix de la sécurité.
  • Locke : « là où il n’y a pas de loi, il n’y a pas de liberté » (Second Traité, § 57) ; la loi protège la liberté de chacun contre la violence d’autrui.
  • Montesquieu : « La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent » (De l’esprit des lois, XI, 3).
  • La Déclaration de 1789 (article 4) : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. »
  • Mill (De la liberté, 1859) : le seul motif légitime pour limiter la liberté d’un individu est d’empêcher qu’il nuise à autrui (principe de non-nuisance).
  • Benjamin Constant (1819) distingue la liberté des Anciens (participation au pouvoir collectif) et la liberté des Modernes (jouissance paisible de l’indépendance privée). Voir l’État.

Auteurs et thèses

AuteurŒuvreThèse
ÉpictèteManuelLa liberté est intérieure : vouloir ce qui dépend de nous
DescartesMéditations (1641)La volonté est infinie ; la liberté d’indifférence est le plus bas degré
SpinozaÉthique (1677)Le libre arbitre est une illusion ; la liberté est compréhension de la nécessité
LockeSecond Traité (1690)Pas de liberté sans loi
MontesquieuDe l’esprit des lois (1748)La liberté politique est le droit de faire ce que les lois permettent
RousseauDu contrat social (1762)L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté
KantCritique de la raison pratique (1788)La liberté comme autonomie, condition de la morale
MillDe la liberté (1859)Principe de non-nuisance
SartreL’Être et le Néant (1943)L’homme est condamné à être libre

Repères du programme utiles

Contingent / nécessaire ; obligation / contrainte ; légal / légitime ; en fait / en droit ; possible / impossible ; cause / fin ; public / privé.

Sujets de dissertation sur la liberté

  • Être libre, est-ce faire ce que l’on veut ?
  • La liberté est-elle une illusion ?
  • Obéir aux lois, est-ce renoncer à sa liberté ?
  • Peut-on être libre sans le savoir ?
  • La liberté s’apprend-elle ?
  • Ma liberté s’arrête-t-elle là où commence celle des autres ?
  • Peut-on choisir de ne pas être libre ?
  • La connaissance de nos déterminismes nous rend-elle plus libres ?

Voir la méthode de la dissertation de philosophie.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le libre arbitre ?

Le pouvoir de la volonté de se déterminer par elle-même à choisir entre plusieurs possibles, sans y être contrainte par une cause extérieure ou intérieure.

La liberté est-elle une illusion selon Spinoza ?

Le libre arbitre l’est : nous nous croyons libres parce que nous ignorons les causes de nos actions. Mais Spinoza admet une vraie liberté, qui consiste à agir en comprenant la nécessité.

Quelle est la différence entre liberté et autonomie ?

La liberté peut désigner la simple absence de contrainte ; l’autonomie, du grec autos (soi-même) et nomos (loi), est la capacité de se donner sa propre loi par la raison.

« Ma liberté s’arrête où commence celle des autres » : d’où vient cette phrase ?

La formule n’a pas d’auteur certain, mais elle résume l’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui.

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