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Philosophie · Théorie de la connaissance

Science et croyance

La science se distingue de la croyance par sa méthode : elle soumet ses affirmations à la preuve et à la critique. Mais elle repose elle-même sur certaines croyances et sur la confiance.

Mis à jour le 4 min de lecture

On oppose souvent science et croyance comme le savoir prouvé à l’adhésion sans preuve. L’opposition est en partie juste : la science se définit par une méthode de justification, de contrôle et de révision que la croyance ne s’impose pas. Mais elle est aussi trop simple. D’une part, le mot croyance a plusieurs sens, dont certains s’appliquent au savoir lui-même ; d’autre part, la science repose sur des présupposés et sur la confiance accordée aux chercheurs et aux institutions. Comprendre leurs rapports suppose de distinguer soigneusement les notions.

Les sens du mot croyance

SensExempleRapport à la preuve
Adhésion en généralJe crois que 2 + 2 = 4Compatible avec le savoir
OpinionJe crois qu’il fera beau demainPreuves insuffisantes
ConfianceJe crois mon médecinFondée sur l’autorité et la réputation
FoiJe crois en DieuHors du champ de la preuve empirique

En théorie de la connaissance, le savoir est une espèce de croyance : une croyance vraie et justifiée (voir croyance vraie justifiée). L’opposition science / croyance vise donc surtout les croyances non justifiées ou injustifiables.

Ce qui distingue la science de la croyance

  1. La méthode : observation contrôlée, expérimentation, démonstration, calcul. Voir la méthode scientifique.
  2. La testabilité : une théorie scientifique doit pouvoir être mise à l’épreuve et, selon Popper, réfutée par les faits (voir falsifiabilité). « Dieu existe » ou « tout arrive pour une raison » ne peuvent l’être.
  3. La publicité et la critique : les résultats sont publiés, discutés, reproduits par d’autres équipes.
  4. La révisabilité : la science corrige ses erreurs ; une croyance dogmatique s’y refuse. Voir dogmatisme.
  5. L’universalité : un résultat scientifique vaut pour tout esprit qui refait la démonstration ou l’expérience, indépendamment de sa culture ou de sa foi.

La part de croyance dans la science

Les présupposés de la science

La science présuppose que la nature est ordonnée et intelligible, que les mêmes causes produisent les mêmes effets, que l’avenir ressemblera au passé. Hume a montré que cette uniformité de la nature n’est pas démontrable : nous y croyons par habitude. Voir induction et déduction.

La confiance et le témoignage

Personne ne vérifie soi-même toutes les connaissances scientifiques : un physicien fait confiance aux biologistes, un patient à son médecin. Le savoir scientifique est en grande partie un savoir par témoignage, qui repose sur la confiance dans une communauté et dans ses procédures de contrôle (évaluation par les pairs, reproduction des résultats).

Paradigmes et convictions

Thomas Kuhn (1962) montre que les savants travaillent à l’intérieur d’un paradigme qu’ils ne remettent pas en cause dans la science normale. Ils y adhèrent avec une conviction qui ressemble parfois à une croyance, jusqu’à ce qu’une révolution scientifique l’emporte. Voir épistémologie.

La croyance en la science : le scientisme

Le scientisme (fin XIXe siècle : Renan, L’Avenir de la science, rédigé en 1848-1849, publié en 1890) croit que la science pourra résoudre tous les problèmes humains, y compris moraux et métaphysiques. C’est une croyance sur la science qui dépasse ce que la science établit. Voir aussi positivisme.

Science et foi religieuse

Plusieurs positions s’opposent :

PositionThèseExemples
ConflitScience et religion sont incompatibles ; l’une doit l’emporterProcès de Galilée (1633) souvent invoqué ; certains matérialistes contemporains
SéparationElles répondent à des questions différentes (le comment / le pourquoi)Stephen Jay Gould, « magistères non empiétants » (1997)
AccordLa raison et la foi, venant de Dieu, ne peuvent se contredireThomas d’Aquin
Limitation critiqueLa raison ne peut ni prouver ni réfuter Dieu, ce qui laisse place à la foiKant : « J’ai dû abolir le savoir afin d’obtenir de la place pour la croyance » (1787)

Pascal distingue les « ordres » : la foi relève du cœur, non de la démonstration. Kant fait de Dieu et de l’immortalité de l’âme des postulats de la raison pratique : non des connaissances, mais des objets d’une foi rationnelle liée à la morale. Voir la religion et criticisme.

Pourquoi croit-on des choses fausses ?

Les sciences cognitives montrent que nos croyances ne sont pas formées seulement par les preuves : désir que quelque chose soit vrai, conformisme, biais de confirmation, confiance dans des sources non fiables. Le complotisme et les pseudo-sciences exploitent ces mécanismes en imitant parfois le vocabulaire scientifique. Voir biais cognitifs.

Sujets de dissertation

  • La science s’oppose-t-elle à toute croyance ?
  • Peut-on tout démontrer ?
  • Croire, est-ce renoncer à savoir ?
  • Faut-il croire les scientifiques ?
  • La science peut-elle se passer de croyance ?

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre savoir et croire ?

Savoir, c’est tenir pour vrai ce qui est vrai pour de bonnes raisons qu’on peut communiquer et vérifier. Croire, au sens restreint, c’est tenir pour vrai sans justification suffisante.

La science est-elle une croyance comme une autre ?

Non : elle se distingue par sa méthode de contrôle et de correction. Mais elle comporte des présupposés et repose sur la confiance, ce qui interdit de la présenter comme un savoir absolu et achevé.

Peut-on être scientifique et croyant ?

Oui, de nombreux savants l’ont été (Pascal, Newton, Pasteur, Georges Lemaître). Le conflit apparaît quand une croyance religieuse prétend trancher des questions scientifiques, ou l’inverse.

Qu’est-ce que le scientisme ?

La conviction que la science est le seul savoir légitime et qu’elle peut répondre à toutes les questions humaines. C’est une position philosophique, non un résultat scientifique.

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