Littérature · Œuvres
La Chanson de Roland
La Chanson de Roland est la plus célèbre chanson de geste française, composée vers 1100. Trahi par Ganelon, Roland, neveu de Charlemagne, meurt à Roncevaux avec l’arrière-garde de l’armée en refusant d’appeler à l’aide.
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La Chanson de Roland est souvent présentée comme le premier chef-d’œuvre de la littérature française. C’est une chanson de geste (du latin gesta, « exploits »), un poème épique chanté par des jongleurs qui célèbre les hauts faits des chevaliers de Charlemagne. Son plus ancien manuscrit, conservé à Oxford, date du XIIe siècle.
L’histoire et la légende
L’événement réel est modeste. Le 15 août 778, au retour d’une expédition en Espagne, l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne est attaquée dans les Pyrénées par des montagnards basques (Vascons). Le chroniqueur Éginhard cite parmi les morts Roland (Hruodlandus), préfet de la marche de Bretagne.
Trois siècles plus tard, le poème transforme tout : les Basques deviennent des Sarrasins musulmans, Charlemagne un empereur de deux cents ans à la barbe fleurie, Roland son neveu, et la défaite un martyre héroïque. Le texte est composé à l’époque de la première croisade (1096-1099) et en porte l’esprit (voir les croisades).
Résumé
La trahison de Ganelon
Depuis sept ans, Charlemagne combat en Espagne. Seule Saragosse résiste, tenue par le roi Marsile, qui propose une fausse paix. Il faut envoyer un ambassadeur, mission dangereuse. Roland propose son beau-père Ganelon, qui se sent humilié et menacé. Par vengeance, Ganelon s’entend avec Marsile : il fera placer Roland à l’arrière-garde, que les Sarrasins attaqueront au passage des montagnes.
Roncevaux
Au col de Roncevaux, l’arrière-garde de vingt mille hommes, menée par Roland, son ami Olivier et l’archevêque Turpin, voit arriver une immense armée sarrasine. Olivier supplie par trois fois Roland de sonner l'olifant, son cor, pour rappeler Charlemagne. Roland refuse : ce serait une honte. Le poème résume leur opposition dans un vers célèbre : « Roland est preux et Olivier est sage. »
Les Français combattent héroïquement, mais tombent un à un. Quand il ne reste presque plus personne, Roland décide enfin de sonner. Olivier lui reproche alors son orgueil : sonner maintenant ne sauvera personne. Roland souffle si fort que ses tempes éclatent.
La mort de Roland
Olivier, aveuglé par le sang, frappe Roland par erreur, puis meurt. Turpin meurt en bénissant les morts. Roland, seul, tente de briser son épée Durendal contre un rocher pour qu’elle ne tombe pas aux mains des païens, mais la pierre se fend. Il se couche sous un pin, la tête tournée vers l’Espagne, pour montrer qu’il est mort en conquérant, et tend son gant à Dieu. Des anges emportent son âme au paradis.
La vengeance de Charlemagne
Charlemagne revient, découvre le carnage et poursuit les Sarrasins ; Dieu arrête le soleil pour lui laisser le temps de les vaincre. Il affronte ensuite Baligant, émir de Babylone venu au secours de Marsile, et le tue. Saragosse est prise ; la reine Bramimonde se convertit. À Aix, Aude, sœur d’Olivier et fiancée de Roland, meurt en apprenant sa mort. Ganelon est jugé : son champion Pinabel est vaincu en duel judiciaire par Thierry ; Ganelon est écartelé et trente de ses parents sont pendus.
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Roland | Neveu de Charlemagne, héros courageux jusqu’à l’orgueil |
| Olivier | Compagnon de Roland, sage et lucide |
| Charlemagne | Empereur, figure du souverain chrétien |
| Ganelon | Beau-père de Roland, traître |
| Turpin | Archevêque guerrier |
| Marsile | Roi sarrasin de Saragosse |
| Baligant | Émir de Babylone |
| Aude | Sœur d’Olivier, fiancée de Roland |
L’écriture de la chanson de geste
- La laisse : strophe de longueur variable, construite sur une même assonance (répétition de la dernière voyelle accentuée).
- Le décasyllabe : vers de dix syllabes, coupé après la quatrième.
- Les laisses similaires : une même scène racontée deux ou trois fois avec des variations, comme les trois refus de Roland.
- Les formules et épithètes : Charlemagne « à la barbe fleurie », la « douce France ».
- L’exagération épique : coups d’épée qui tranchent cavalier et cheval, armées innombrables.
- Le mystérieux AOI : ces lettres, placées à la fin de nombreuses laisses dans le manuscrit, n’ont jamais été expliquées avec certitude.
Les thèmes
- L’honneur et la prouesse : Roland préfère mourir que paraître lâche.
- La démesure : son orgueil cause la mort de l’arrière-garde ; le poème admire et critique à la fois.
- La foi : la guerre est présentée comme une guerre sainte, les Sarrasins comme des ennemis de Dieu.
- La fidélité féodale : le vassal doit tout à son seigneur ; Ganelon est le traître absolu (voir la féodalité).
- L’amitié : le couple Roland-Olivier, uni malgré leur désaccord.
Pistes d’analyse pour un élève
- Comparer les trois laisses où Olivier demande à Roland de sonner : que change chaque répétition ?
- Repérer les procédés épiques : hyperboles, énumérations, merveilleux chrétien.
- Débattre : Roland est-il un héros ou un orgueilleux responsable d’un désastre ?
- Confronter histoire et légende : que reste-t-il de la bataille de 778 ?
Questions fréquentes
Qui a écrit la Chanson de Roland ?
L’auteur est inconnu. Le manuscrit se termine par un vers mentionnant Turold, mais on ignore s’il est le poète, le copiste ou le récitant.
Pourquoi Roland refuse-t-il de sonner du cor ?
Par honneur : appeler Charlemagne au secours serait avouer sa peur et déshonorer sa famille et la France. Quand il s’y résout, il est trop tard.
La bataille de Roncevaux a-t-elle existé ?
Oui, le 15 août 778, mais les agresseurs étaient des Basques et non des Sarrasins, et il s’agissait d’une embuscade contre l’arrière-garde, non d’une grande bataille.
Qu’est-ce que Durendal ?
L’épée de Roland, qui contient des reliques dans son pommeau. Avant de mourir, Roland tente en vain de la briser pour qu’aucun ennemi ne la prenne.