Aller au contenu
connaissance.org

Histoire · XIXe siècle

Le Second Empire

Le Second Empire est le régime de Napoléon III, de 1852 à 1870. D’abord autoritaire, puis libéralisé, il modernise profondément l’économie et Paris, mais s’effondre après la défaite de Sedan face à la Prusse.

Mis à jour le 6 min de lecture

Le Second Empire est proclamé le 2 décembre 1852, un an jour pour jour après le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, président de la IIe République, qui devient l’empereur Napoléon III. Il prend fin le 4 septembre 1870, deux jours après la capitulation de l’empereur à Sedan face aux armées prussiennes et allemandes, avec la proclamation de la IIIe République. En dix-huit ans, la France connaît une forte croissance économique, la transformation de Paris par le baron Haussmann et une politique étrangère ambitieuse, d’abord victorieuse puis désastreuse.

Chronologie

DateÉvénement
10 décembre 1848Louis-Napoléon élu président de la République
2 décembre 1851Coup d’État ; résistance républicaine réprimée
14 janvier 1852Nouvelle Constitution
2 décembre 1852Proclamation de l’Empire après plébiscite
1853Haussmann préfet de la Seine ; mariage avec Eugénie de Montijo
1854-1856Guerre de Crimée ; traité de Paris (1856)
1855Exposition universelle de Paris
1859Campagne d’Italie : Magenta, Solferino
1860Rattachement de Nice et de la Savoie ; traité de libre-échange avec le Royaume-Uni
1861-1867Expédition du Mexique
1863Création du Crédit lyonnais ; protectorat sur le Cambodge
25 mai 1864Loi Ollivier reconnaissant le droit de grève
1867Exposition universelle de Paris
17 novembre 1869Inauguration du canal de Suez
2 janvier 1870Gouvernement libéral d’Émile Ollivier
8 mai 1870Plébiscite approuvant les réformes libérales
19 juillet 1870Déclaration de guerre à la Prusse
2 septembre 1870Capitulation de Sedan
4 septembre 1870Proclamation de la République à Paris

L’arrivée au pouvoir de Louis-Napoléon

Neveu de Napoléon Ier, Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873) a tenté deux coups de force sous Louis-Philippe et s’est évadé du fort de Ham en 1846. Élu président le 10 décembre 1848 avec environ 74 % des voix, il s’oppose à l’Assemblée conservatrice, qui a restreint le suffrage universel en 1850 et refuse de réviser la Constitution pour lui permettre un second mandat. Le 2 décembre 1851, anniversaire du sacre de Napoléon Ier et d’Austerlitz, il dissout l’Assemblée et rétablit le suffrage universel. La résistance, à Paris et dans une partie de la province, est durement réprimée : environ 27 000 arrestations et près de 10 000 déportations en Algérie ou en Guyane. Victor Hugo part en exil, d’où il publie Napoléon le Petit (1852) et Les Châtiments (1853). Le plébiscite de décembre 1851 approuve le coup d’État ; celui de novembre 1852 rétablit l’Empire.

L’Empire autoritaire (1852-1860)

La Constitution de 1852 concentre le pouvoir entre les mains de l’empereur, qui nomme les ministres, responsables devant lui seul, et a seul l’initiative des lois. Le Corps législatif, élu au suffrage universel masculin, vote les lois et le budget sans pouvoir les amender librement ; le Sénat et le Conseil d’État sont nommés. Le régime pratique la candidature officielle : les préfets soutiennent les candidats choisis par le gouvernement. La presse est soumise à autorisation et à un système d’avertissements. Le régime s’appuie sur l’armée, l’Église, les notables et les paysans.

L’Empire libéral (1860-1870)

À partir de 1860, Napoléon III assouplit le régime, en partie pour regagner des soutiens perdus (catholiques mécontents de sa politique italienne, industriels hostiles au libre-échange) :

  • 1860 : droit d’adresse accordé aux Chambres ;
  • 1864 : droit de grève reconnu (loi Ollivier du 25 mai) ;
  • 1868 : libéralisation de la presse et des réunions publiques ;
  • 1869-1870 : le Corps législatif obtient l’initiative des lois ; Émile Ollivier, ancien républicain, forme un gouvernement en janvier 1870.

Le plébiscite du 8 mai 1870 approuve les réformes par environ 7,3 millions de oui contre 1,5 million de non : le régime semble consolidé quatre mois avant sa chute.

Une forte modernisation économique

Le Second Empire est une période de croissance et d’accélération de la révolution industrielle en France. Napoléon III, influencé par les idées saint-simoniennes, encourage le crédit et les grands travaux.

DomaineRéalisations
Chemins de ferLe réseau passe d’environ 3 500 km en 1851 à plus de 17 000 km en 1870
BanquesCrédit foncier (1852), Crédit mobilier des frères Pereire (1852), Crédit lyonnais (1863), Société générale (1864)
CommerceGrands magasins : Le Bon Marché (développé par Aristide Boucicaut à partir de 1852), Le Printemps (1865), La Samaritaine (1870)
IndustrieEssor de la sidérurgie (Schneider au Creusot), du textile, de la chimie
Libre-échangeTraité franco-britannique de 1860 (Cobden-Chevalier)
ExpositionsExpositions universelles de Paris en 1855 et 1867

Les travaux d’Haussmann

Nommé préfet de la Seine en 1853, le baron Georges Eugène Haussmann transforme Paris : percée de larges boulevards et avenues, immeubles alignés de style « haussmannien », réseau d’égouts et d’adduction d’eau, parcs (bois de Boulogne et de Vincennes, Buttes-Chaumont, parc Montsouris), gares, halles de Baltard. En 1860, Paris annexe les communes limitrophes et passe à vingt arrondissements. Ces travaux améliorent l’hygiène et la circulation, facilitent le maintien de l’ordre, mais repoussent les classes populaires vers l’est et la périphérie. Haussmann est renvoyé en janvier 1870, critiqué pour ses méthodes de financement.

La politique extérieure

  • Guerre de Crimée (1854-1856) : alliée au Royaume-Uni et à l’Empire ottoman, la France bat la Russie (prise de Sébastopol). Le congrès de Paris (1856) rend son prestige à la France.
  • Campagne d’Italie (1859) : Napoléon III soutient le Piémont contre l’Autriche (Magenta, Solferino). En échange, la France reçoit Nice et la Savoie (traité de Turin, 1860, confirmé par plébiscites). Voir l'unification italienne et allemande.
  • Expansion coloniale : Nouvelle-Calédonie (1853), Cochinchine (1862-1867), protectorat sur le Cambodge (1863), extension au Sénégal ; construction du canal de Suez par Ferdinand de Lesseps (1859-1869). Voir colonisation.
  • Expédition du Mexique (1861-1867) : tentative d’établir un empire catholique et allié autour de Maximilien d’Autriche. C’est un échec coûteux ; Maximilien est fusillé en 1867.

La guerre de 1870 et la chute

La Prusse de Bismarck veut achever l’unité allemande. La candidature d’un Hohenzollern au trône d’Espagne et la dépêche d’Ems, réécrite par Bismarck pour paraître offensante, poussent la France à déclarer la guerre le 19 juillet 1870. Mal préparée, l’armée française est battue en Alsace et en Lorraine. Le maréchal Bazaine est enfermé dans Metz ; l’armée de secours, accompagnée de l’empereur, est encerclée à Sedan et capitule le 2 septembre 1870. Napoléon III est fait prisonnier. Le 4 septembre, à Paris, Gambetta et Jules Favre proclament la République à l’Hôtel de Ville ; un gouvernement de la Défense nationale poursuit la guerre. La paix de Francfort (10 mai 1871) cède l'Alsace et une partie de la Lorraine à l’Empire allemand, proclamé dans la galerie des Glaces de Versailles le 18 janvier 1871. Napoléon III meurt en exil en Angleterre en 1873. La défaite ouvre la voie à la Commune de Paris et à la IIIe République.

Questions fréquentes

Pourquoi parle-t-on de Second Empire ?

Parce qu’il s’agit du deuxième empire de l’histoire de France, après le Premier Empire de Napoléon Ier (1804-1815). Napoléon III prend ce numéro en considérant que le fils de Napoléon Ier, mort en 1832 sans avoir régné, était Napoléon II.

Qui était Napoléon III ?

Charles Louis-Napoléon Bonaparte (1808-1873), neveu de Napoléon Ier, fils de Louis Bonaparte, roi de Hollande, et d’Hortense de Beauharnais. Il fut le premier président de la République élu au suffrage universel (1848), puis empereur des Français de 1852 à 1870.

Pourquoi le Second Empire a-t-il pris fin ?

À cause de la défaite militaire contre la Prusse et ses alliés allemands. La capture de l’empereur à Sedan, le 2 septembre 1870, a provoqué la proclamation de la République à Paris le 4 septembre.

Quel est l’héritage du Second Empire ?

Le Paris haussmannien, un réseau ferroviaire national, de grandes banques encore existantes, le droit de grève et l’Opéra Garnier, commencé en 1862 et inauguré en 1875. Il laisse aussi la perte de l’Alsace-Moselle, conséquence de la défaite de 1870.

À lire aussi

XIXe siècle : toutes les fiches