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Histoire · XXe siècle

La Shoah

La Shoah est le génocide des Juifs d’Europe perpétré par l’Allemagne nazie et ses complices pendant la Seconde Guerre mondiale. Près de 6 millions de Juifs, soit les deux tiers des Juifs d’Europe, ont été assassinés.

Mis à jour le 5 min de lecture

La Shoah (mot hébreu signifiant « catastrophe ») désigne l’extermination systématique des Juifs d’Europe par le régime nazi et ses collaborateurs, principalement entre 1941 et 1945. Environ 6 millions de Juifs, dont plus d’un million d’enfants, sont assassinés : par fusillades de masse, par la faim et les maladies dans les ghettos et les camps, et dans des centres de mise à mort équipés de chambres à gaz, dont le plus grand est Auschwitz-Birkenau. Le terme Holocauste est aussi employé, surtout dans le monde anglophone. Les nazis ont également perpétré le génocide des Tsiganes (Roms et Sinti), appelé Porajmos ou Samudaripen.

Chronologie

DateÉtape
30 janvier 1933Hitler chancelier
1er avril 1933Boycott des commerces juifs
Avril 1933Exclusion des Juifs de la fonction publique
15 septembre 1935Lois de Nuremberg
9-10 novembre 1938Nuit de Cristal
Septembre 1939Invasion de la Pologne ; persécutions massives
1940Création des grands ghettos (Lodz, Varsovie)
Juin 1941Invasion de l’URSS ; début des massacres par les Einsatzgruppen
29-30 septembre 1941Massacre de Babi Yar près de Kiev (environ 33 000 victimes)
Décembre 1941Premières mises à mort par gaz à Chełmno
20 janvier 1942Conférence de Wannsee
1942Opération Reinhard : Belzec, Sobibor, Treblinka
Mars 1942Premier convoi de déportation de France vers Auschwitz
16-17 juillet 1942Rafle du Vél' d’Hiv à Paris
19 avril – 16 mai 1943Insurrection du ghetto de Varsovie
Mai – juillet 1944Déportation d’environ 430 000 Juifs de Hongrie vers Auschwitz
27 janvier 1945Libération d’Auschwitz par l’Armée rouge
Avril 1945Libération de Buchenwald, Bergen-Belsen, Dachau
1945-1946Procès de Nuremberg

Les étapes de la persécution

1933-1939 : exclure et spolier

Dès son arrivée au pouvoir, le régime nazi fait de l'antisémitisme une politique d’État (voir montée des totalitarismes). Les Juifs allemands, environ 500 000 en 1933 (moins de 1 % de la population), sont progressivement exclus de la fonction publique, des professions libérales, des universités. Les lois de Nuremberg (1935) leur retirent la citoyenneté et interdisent les mariages avec des non-Juifs. Pendant la Nuit de Cristal (9-10 novembre 1938), des centaines de synagogues sont incendiées, des milliers de commerces saccagés, environ 30 000 hommes envoyés en camp de concentration. Les biens juifs sont « aryanisés ». Environ la moitié des Juifs d’Allemagne émigrent avant la guerre, mais de nombreux pays ferment leurs frontières (conférence d’Évian, 1938).

1939-1941 : concentrer

Après l’invasion de la Pologne, qui compte plus de 3 millions de Juifs, les nazis les enferment dans des ghettos surpeuplés, comme celui de Varsovie (plus de 400 000 personnes). La faim, le froid et le typhus y font des centaines de milliers de morts.

1941-1945 : exterminer

L’invasion de l’URSS, en juin 1941, marque le passage au massacre systématique. Des unités mobiles, les Einsatzgruppen, appuyées par la police, la Wehrmacht et des auxiliaires locaux, fusillent les Juifs au bord de fosses : environ 1,5 à 2 millions de victimes, dans ce que l’on appelle la « Shoah par balles ».

La conférence de Wannsee (20 janvier 1942), présidée par Reinhard Heydrich, coordonne entre administrations la « solution finale de la question juive », déjà engagée. Les Juifs de toute l’Europe occupée sont déportés en trains de marchandises vers la Pologne. Six centres de mise à mort fonctionnent :

CentrePériodeVictimes juives (estimations)
Auschwitz-Birkenau1942-1944environ 1 million
Treblinka1942-1943environ 800 000 à 900 000
Belzec1942environ 430 000 à 500 000
Sobibor1942-1943environ 170 000 à 250 000
Chełmno1941-1943, 1944environ 150 000 à 170 000
Majdanek1942-1944plusieurs dizaines de milliers

Auschwitz-Birkenau est à la fois un camp de concentration et un centre de mise à mort : à l’arrivée, une « sélection » envoie la majorité des déportés, en particulier les enfants, les personnes âgées et les malades, directement aux chambres à gaz ; les autres sont soumis au travail forcé. Sur environ 1,1 million de personnes mortes à Auschwitz, environ 1 million sont juives.

Le bilan

Pays (frontières d’avant-guerre)Juifs assassinés (estimations)
Pologneenviron 3 millions
URSSenviron 1 million
Hongrieenviron 550 000
Tchécoslovaquieenviron 260 000
Allemagneenviron 165 000
Pays-Basenviron 100 000
Franceenviron 74 000 à 75 000 déportés, dont environ 2 500 survivants
Grèceenviron 60 000

Les Pays-Bas ont perdu environ 75 % de leur population juive, la Pologne plus de 90 %. En France, environ les trois quarts des Juifs ont survécu, notamment grâce à l’aide de la population (voir régime de Vichy).

Résistances et sauvetages

Les Juifs n’ont pas été passifs : révoltes dans les ghettos (insurrection du ghetto de Varsovie, avril-mai 1943), révoltes à Treblinka et Sobibor (1943), à Auschwitz (octobre 1944), engagement dans les maquis et la Résistance, réseaux de sauvetage d’enfants. Des non-Juifs ont risqué leur vie pour les cacher : l’institut Yad Vashem de Jérusalem en a reconnu plus de 28 000 comme « Justes parmi les nations ». Le Danemark a fait passer presque tous ses Juifs en Suède en octobre 1943.

Juger et se souvenir

Au procès de Nuremberg (1945-1946), les principaux dirigeants nazis encore vivants sont jugés pour crimes contre l’humanité. Le procès d'Adolf Eichmann à Jérusalem (1961) fait entendre la parole des survivants. Des témoignages comme le Journal d’Anne Frank, Si c’est un homme de Primo Levi ou La Nuit d’Elie Wiesel, le film Shoah de Claude Lanzmann (1985) ont façonné la mémoire.

Le 27 janvier, anniversaire de la libération d’Auschwitz, est depuis 2005 la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, instituée par l'ONU. En France, le Mémorial de la Shoah à Paris et la commémoration de la rafle du Vél' d’Hiv, en juillet, entretiennent cette mémoire. La négation de la Shoah est un délit en France depuis la loi Gayssot de 1990.

Questions fréquentes

Que signifie le mot Shoah ?

C’est un mot hébreu qui signifie « catastrophe » ou « anéantissement ». Il désigne le génocide des Juifs par les nazis et s’est imposé en France après le film de Claude Lanzmann (1985).

Quelle est la différence entre camp de concentration et centre de mise à mort ?

Un camp de concentration enferme des détenus (opposants, résistants, Juifs, Tsiganes…) soumis au travail forcé et à des conditions qui tuent en masse. Un centre de mise à mort est conçu pour assassiner immédiatement les déportés, presque tous juifs, dans des chambres à gaz. Auschwitz-Birkenau et Majdanek combinaient les deux fonctions.

Combien de Juifs sont morts pendant la Shoah ?

Environ 6 millions, selon les estimations convergentes des historiens (entre 5,1 et 6 millions selon les méthodes de calcul).

Qui étaient les « Justes parmi les nations » ?

Des non-Juifs qui ont aidé des Juifs au péril de leur vie pendant la Shoah. Le titre est décerné par l’institut Yad Vashem de Jérusalem.

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