Littérature · Auteurs
Colette
Colette (1873-1954) est une romancière française, autrice des Claudine, de Chéri, du Blé en herbe et de Sido. Femme libre, mime, journaliste, elle a célébré les sens, la nature et l’amour avec une langue d’une rare précision.
Mis à jour le 4 min de lecture
Sidonie-Gabrielle Colette, dite Colette, née à Saint-Sauveur-en-Puisaye (Yonne) le 28 janvier 1873 et morte à Paris le 3 août 1954, est l’une des plus grandes prosatrices françaises. Sa vie fit autant parler que ses livres : épouse d’un éditeur qui signe ses premiers romans, danseuse et mime de music-hall, amante d’hommes et de femmes, journaliste, présidente de l’Académie Goncourt. Son œuvre, une cinquantaine de livres, explore le désir, le vieillissement, la liberté des femmes, l’enfance et les animaux. En 1954, elle est la première femme à recevoir des obsèques nationales en France.
Biographie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1873 | Naissance en Bourgogne ; enfance heureuse auprès de sa mère, Sido, et de son père, le capitaine Colette |
| 1893 | Épouse Henry Gauthier-Villars, dit Willy, critique et éditeur parisien de quatorze ans son aîné |
| 1900-1903 | Les quatre Claudine, écrites par elle et publiées sous le seul nom de Willy : succès considérable |
| 1906 | Séparée de Willy (divorce en 1907), elle devient mime et danseuse dans les music-halls ; liaison avec Mathilde de Morny, « Missy » |
| 1907 | Scandale au Moulin-Rouge : un baiser avec Missy dans la pantomime Rêve d’Égypte provoque une émeute |
| 1910 | La Vagabonde |
| 1912 | Épouse Henry de Jouvenel, rédacteur en chef du Matin ; elle y tient une rubrique |
| 1913 | Naissance de sa fille, Colette de Jouvenel, surnommée « Bel-Gazou » |
| 1920 | Chéri |
| 1923 | Le Blé en herbe ; divorce d’avec Jouvenel en 1924 |
| 1935 | Épouse Maurice Goudeket |
| 1944 | Gigi |
| 1945 | Élue à l’Académie Goncourt, qu’elle présidera à partir de 1949 |
| 1954 | Mort au Palais-Royal, où elle vivait, clouée au lit par l’arthrite ; l’Église refuse des obsèques religieuses à cette divorcée ; l’État lui accorde des obsèques nationales |
Œuvres principales
| Œuvre | Date | Sujet |
|---|---|---|
| Claudine à l’école | 1900 | Une adolescente malicieuse dans une école de village |
| Claudine à Paris, Claudine en ménage, Claudine s’en va | 1901-1903 | Suite de la série |
| Dialogues de bêtes | 1904 | Conversations entre un chien et une chatte ; premier livre signé Colette Willy |
| La Retraite sentimentale | 1907 | Fin du cycle de Claudine |
| La Vagabonde | 1910 | Une femme divorcée, artiste de music-hall, refuse un mariage pour rester libre |
| Chéri | 1920 | La liaison entre une courtisane vieillissante, Léa, et un jeune homme de vingt-cinq ans son cadet |
| La Maison de Claudine | 1922 | Souvenirs d’enfance en Puisaye |
| Le Blé en herbe | 1923 | L’éveil amoureux de deux adolescents en Bretagne |
| La Fin de Chéri | 1926 | Suite de Chéri, après la guerre |
| La Naissance du jour | 1928 | Méditation sur le renoncement à l’amour |
| Sido | 1930 | Portrait de sa mère |
| Le Pur et l’Impur | 1932 | Essai sur les sexualités |
| La Chatte | 1933 | Un jeune mari préfère sa chatte à sa femme |
| Gigi | 1944 | Une jeune fille élevée pour être courtisane choisit le mariage |
| L’Étoile Vesper, Le Fanal bleu | 1946, 1949 | Souvenirs de vieillesse |
L’affaire des Claudine
Willy employait des « nègres » (on dit aujourd’hui des prête-plumes) pour écrire les livres qu’il signait. Il incite sa jeune épouse à raconter ses souvenirs d’école, en y ajoutant du piquant. Claudine à l’école connaît un succès immense, avec des produits dérivés (cols, parfums, gâteaux). Colette n’obtient que tardivement d’être reconnue comme l’autrice. Elle racontera cette emprise dans Mes apprentissages (1936). Cette histoire a été portée à l’écran dans Colette (2018).
Sido et la nature
La figure de la mère, Sidonie Landoy, dite Sido, domine l’œuvre de souvenirs. Dans La Maison de Claudine et Sido, Colette la dépeint en femme libre, attentive aux plantes, aux bêtes, au temps qu’il fait, et qui apprend à sa fille à regarder. La nature n’est pas chez Colette un décor : c’est un monde sensuel de parfums, de couleurs et de textures.
Style et thèmes
- La sensualité : un vocabulaire concret, précis et rare pour dire les odeurs, les goûts, les matières, les nuances de lumière.
- L’amour et le désir, vus sans moralisme, avec leur part de cruauté et de lucidité.
- Le vieillissement : Léa dans Chéri, la narratrice de La Naissance du jour, qui renonce à l’amour.
- La liberté des femmes : indépendance économique, refus du mariage comme destin, ce qui a fait d’elle une référence, sans qu’elle se dise féministe. Voir Simone de Beauvoir, qui l’admirait.
- Les animaux, chats et chiens, observés avec empathie.
- L’autobiographie transposée : la frontière entre souvenir et fiction est constamment brouillée.
Questions fréquentes
Pourquoi Colette n’a-t-elle pas signé ses premiers romans ?
Son mari, Willy, les publiait sous son propre nom, comme d’autres livres écrits par des collaborateurs. Ce n’est qu’après leur séparation que Colette signe ses œuvres, d’abord « Colette Willy », puis « Colette ».
Quelle est l’œuvre la plus connue de Colette ?
Chéri (1920), Le Blé en herbe (1923), Gigi (1944) et la série des Claudine sont les plus célèbres. Gigi a été adapté en comédie musicale par Vincente Minnelli (1958).
Colette était-elle membre de l’Académie française ?
Non. Elle a été élue à l’Académie Goncourt en 1945, deuxième femme à y entrer après Judith Gautier (1910), et l’a présidée de 1949 à 1954.
Où est enterrée Colette ?
Au cimetière du Père-Lachaise, à Paris.