Littérature · Œuvres
Des cannibales
« Des cannibales » est un chapitre des Essais de Montaigne (1580). À partir des Indiens du Brésil, Montaigne montre que l’on appelle barbare ce qui n’est pas de son usage et retourne l’accusation contre l’Europe.
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« Des cannibales » est le chapitre 31 du livre I des Essais de Montaigne (numéroté 30 dans certaines éditions). Paru en 1580, il réfléchit aux peuples du Nouveau Monde, et plus précisément aux Tupinambas du Brésil, pour interroger la notion de barbarie. C’est l’un des textes fondateurs du regard critique sur l’ethnocentrisme. Il a été au programme du bac de français avec le parcours « Notre monde vient d’en trouver un autre », formule tirée du chapitre « Des coches ».
Le contexte
En 1555, Villegagnon fonde au Brésil une colonie éphémère, la « France antarctique ». Les récits de voyageurs, comme ceux de Jean de Léry et d’André Thevet, font connaître en France les Tupinambas, qui pratiquent l’anthropophagie rituelle sur leurs prisonniers de guerre. Montaigne dit avoir eu chez lui un homme ayant vécu une dizaine d’années dans ce pays. Au même moment, la France est déchirée par les guerres de Religion, marquées par des massacres et des supplices. Ce contexte nourrit la comparaison du chapitre (voir aussi la colonisation et les conquistadors).
Le plan du chapitre
| Étape | Contenu |
|---|---|
| 1. Le mot « barbare » | Le roi Pyrrhus s’étonne de l’ordre de l’armée romaine qu’il croyait barbare : il faut juger par la raison, non par la voix commune |
| 2. Le Nouveau Monde | Montaigne discute les hypothèses anciennes (Atlantide, récit d’Aristote) et les écarte |
| 3. Le témoin | Il préfère le témoignage d’un homme simple, sans intérêt à déformer les faits |
| 4. La thèse | « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage » |
| 5. La vie des Tupinambas | Nature généreuse, vie simple, pas de propriété, de lois écrites ni de richesse |
| 6. La guerre et l’anthropophagie | Guerre noble pour la seule valeur ; dévorer le prisonnier est une vengeance, non une faim |
| 7. Le renversement | Les Européens sont plus barbares, eux qui torturent des vivants au nom de la religion |
| 8. La poésie et l’éloquence | Chansons de guerre et d’amour, preuve de leur esprit |
| 9. La rencontre de Rouen | Trois Indiens présentés au roi Charles IX font des remarques sur la société française |
Les idées principales
Le relativisme culturel
La formule centrale, « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage », dénonce l'ethnocentrisme : nous jugeons les autres peuples d’après nos propres coutumes, que nous prenons pour la raison même. Montaigne ajoute que nous n’avons d’autre mesure de la vérité que les opinions et usages de notre pays.
La nature contre l’artifice
Montaigne joue sur le sens du mot « sauvage » : les fruits sauvages sont ceux que la nature produit d’elle-même, les nôtres ont été altérés par l’artifice. Les Tupinambas sont donc « sauvages » au sens de naturels, proches de l’âge d’or des poètes. Ce n’est pas une idéalisation naïve : Montaigne reconnaît la cruauté de leurs coutumes.
La critique de l’Europe
Le cœur du chapitre est un retournement : manger un homme mort est moins barbare que déchirer par tourments un corps encore vivant, comme on le fait en Europe, et sous prétexte de piété. Les guerres de Religion sont ici directement visées.
Le regard de l’autre
À Rouen, en 1562, des Indiens s’étonnent que des hommes armés obéissent à un enfant (le jeune roi) et que des pauvres mendient à la porte de riches sans les prendre à la gorge. Le regard étranger révèle les absurdités de notre société, procédé que reprendront les Lettres persanes.
La chute ironique
Le chapitre se termine par une pointe : après avoir rapporté la sagesse des Indiens, Montaigne conclut que tout cela ne va pas trop mal, mais ils ne portent point de hauts-de-chausses. L’ironie vise le lecteur qui jugerait sur l’apparence et le vêtement. Voir la fiche sur l'ironie.
Pistes d’analyse
- Étudier la démarche de l’essai : doute, détours, citations, expérience personnelle.
- Analyser le retournement argumentatif barbare / civilisé.
- Relever les antithèses et l’ironie.
- Discuter les limites : Montaigne parle des Tupinambas sans les avoir vus chez eux, et son éloge sert d’abord à critiquer l’Europe.
Questions fréquentes
Qui sont les « cannibales » de Montaigne ?
Ce sont les Tupinambas, peuple de la côte du Brésil, qui mangeaient rituellement leurs ennemis capturés. Le mot « cannibale » vient du nom des Caraïbes, déformé par les Espagnols.
Montaigne approuve-t-il le cannibalisme ?
Non. Il le juge barbare, mais il affirme que les Européens commettent des actes plus cruels encore. Sa démarche est comparative et critique.
Quelle est la thèse de « Des cannibales » ?
Que la notion de barbarie est relative : nous appelons barbare ce qui diffère de nos usages, alors que notre propre société commet des horreurs plus grandes.