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Littérature · Œuvres

La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le Bœuf

Dans cette fable de La Fontaine (livre I, 1668), une grenouille jalouse de la taille du bœuf se gonfle jusqu’à éclater : une satire de ceux qui veulent paraître plus qu’ils ne sont.

Mis à jour le 3 min de lecture

Cette fable très courte, la troisième du premier recueil de La Fontaine, est une satire de l'ambition démesurée. Son titre complet est La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le Bœuf (l’ordre ancien des pronoms, « se veut faire », équivaut à « veut se faire »). En quelques vers, elle passe d’un récit animalier comique à une critique précise de la société du XVIIe siècle.

Résumé

Une grenouille voit un bœuf qui lui semble de belle taille. Elle, qui n’est pas plus grosse qu’un œuf, est envieuse : elle s’étend, s’enfle et se travaille pour égaler l’animal. Elle demande à sa sœur de vérifier : est-ce assez ? Y est-elle enfin ? La sœur répond chaque fois par la négative, de plus en plus sèchement. La grenouille insiste, se gonfle encore, et « S’enfla si bien qu’elle creva ».

La morale

La Fontaine élargit aussitôt la leçon aux humains : « Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages ». Il donne trois exemples, de plus en plus haut placés dans la hiérarchie sociale :

QuiVeut imiterExemple
Le bourgeoisLes grands seigneursIl veut bâtir de beaux hôtels particuliers
Le petit princeLes grands souverainsIl a des ambassadeurs
Le marquisLes princesIl veut avoir des pages à son service

Chacun veut paraître au-dessus de sa condition : « Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs ». La leçon : il faut connaître sa place et ses limites, sans quoi l’ambition mène à la ruine.

Les personnages

PersonnageCaractèreSymbole
La GrenouilleEnvieuse, vaniteuse, obstinéeL’ambitieux qui veut paraître plus qu’il n’est
Sa sœurLucide, laconiqueLa raison, le regard extérieur
Le BœufMuet, indifférentLe modèle inaccessible, le grand

Le Bœuf ne parle pas et ne fait rien : il ignore sans doute l’existence de la grenouille. Toute la rivalité est dans la tête de l’envieuse.

Le style

  • L’opposition des tailles : la comparaison avec « un œuf » rend l’entreprise absurde dès le départ.
  • L’accumulation des verbes : la grenouille s’étend, s’enfle et se travaille ; le rythme mime l’effort.
  • Le dialogue rapide : questions de plus en plus pressantes, réponses brèves (« Nenni », « Point du tout »).
  • La chute : un seul vers, brutal, avec le jeu entre « s’enfla » et « creva ».
  • La pointe péjorative : la grenouille est appelée une « chétive pécore », c’est-à-dire une pauvre sotte.

Le contexte : une société d’ordres

Au XVIIe siècle, la société est hiérarchisée en ordres (clergé, noblesse, tiers état), et chacun doit tenir son rang. Les bourgeois enrichis cherchent pourtant à imiter la noblesse, en achetant des charges, des terres et des titres. Molière fait la même satire dans Le Bourgeois gentilhomme (1670). La fable peut se lire comme conservatrice (rester à sa place) ou comme une simple mise en garde contre la vanité.

Pistes d’analyse pour un élève

  • Montrer le passage du récit animalier à la satire sociale.
  • Étudier le dialogue entre les deux sœurs : comment le suspense est-il construit ?
  • Expliquer la gradation des trois exemples de la morale.
  • Trouver des exemples actuels de personnes qui veulent paraître plus riches ou plus importantes qu’elles ne sont.

Exercice corrigé

  1. Quel est le défaut de la grenouille ? L’envie, et la vanité qui la pousse à vouloir égaler plus grand qu’elle.
  2. Pourquoi la morale cite-t-elle un bourgeois, un prince et un marquis ? Pour montrer que ce défaut existe à tous les niveaux de la société, chacun imitant celui qui est au-dessus de lui.
  3. Que signifie « Nenni » ? C’est une ancienne forme de négation, qui veut dire « non ».

Questions fréquentes

Quelle est la morale de la grenouille et du bœuf ?

Il ne faut pas vouloir paraître plus que l’on est : l’ambition démesurée et la vanité mènent à la ruine. La Fontaine l’applique aux bourgeois et aux nobles qui imitent leurs supérieurs.

D’où vient cette fable ?

Du fabuliste latin Phèdre (Ier siècle), qui l’avait lui-même reprise d’une tradition plus ancienne.

Pourquoi le titre dit-il « se veut faire » ?

Au XVIIe siècle, le pronom se plaçait souvent devant le verbe conjugué : « se veut faire » signifie « veut se faire ».

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