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Littérature · Œuvres

Lettres de mon moulin

Lettres de mon moulin est un recueil de contes d’Alphonse Daudet publié en volume en 1869. Le narrateur, installé dans un moulin de Provence, raconte des histoires tendres, drôles ou cruelles, dont La Chèvre de monsieur Seguin.

Mis à jour le 5 min de lecture

Les Lettres de mon moulin sont le livre le plus populaire d'Alphonse Daudet et l’une des œuvres les plus lues à l’école primaire et au collège. Sous la forme de lettres envoyées depuis un vieux moulin provençal, Daudet réunit des contes, des souvenirs, des légendes et des tableaux de la Provence, entre humour, tendresse et mélancolie. Certains, comme La Chèvre de monsieur Seguin, sont devenus des classiques de l’enfance.

Le principe du recueil

Le premier texte, Installation, présente le narrateur : il vient d’acheter un vieux moulin abandonné en Provence, où il s’installe loin de Paris. Chaque texte est une « lettre », parfois adressée à un destinataire. Le moulin sert de point d’observation sur la vie provençale : meuniers, bergers, curés, paysans. Daudet n’a en réalité jamais possédé de moulin ; il séjournait chez des amis au château de Montauban, à Fontvieille.

Les contes les plus célèbres

La Chèvre de monsieur Seguin

La lettre est adressée à Pierre Gringoire, un poète parisien pauvre qui refuse de devenir journaliste pour gagner sa vie. Pour le convaincre, le narrateur lui raconte l’histoire de M. Seguin, qui n’a jamais eu de chance avec ses chèvres : toutes s’échappent vers la montagne, où le loup les mange. La septième, Blanquette, jeune et douce, semble heureuse, mais elle rêve de liberté. M. Seguin l’enferme ; elle s’enfuit par la fenêtre. Elle passe une journée merveilleuse dans la montagne. Le soir, le loup arrive. Blanquette se souvient de la vieille Renaude, qui s’était battue toute la nuit avant d’être mangée au matin. Elle se bat elle aussi jusqu’à l’aube, puis le loup la mange.

La leçon pour Gringoire semble claire : la liberté se paie de la vie, mieux vaut accepter une place. Mais le conte peut se lire à l’inverse : Blanquette meurt libre et courageuse, et c’est elle que le lecteur admire.

Le Secret de maître Cornille

Les moulins à vent du pays ferment un à un, ruinés par la minoterie à vapeur installée par des Parisiens. Seul le moulin du vieux maître Cornille continue de tourner. Un jour, sa petite-fille Vivette et son amoureux découvrent le secret : le moulin ne moud plus rien, les sacs sont remplis de plâtre. Cornille voulait sauver l’honneur de son métier. Émus, les villageois lui apportent leur blé, et le vieux moulin tourne de nouveau jusqu’à la mort du meunier. Le conte évoque la disparition des métiers traditionnels.

La Mule du pape

Au temps des papes d’Avignon, le bon pape Boniface aime sa mule. Un jeune vaurien, Tistet Védène, gagne la faveur du pape en flattant la bête, puis la tourmente : il la fait monter en haut du clocher. La mule, humiliée, attend sept ans sa vengeance. Quand Tistet revient, devenu important, elle lui envoie un coup de sabot si terrible qu’on en voit la fumée de loin. D’où l’expression « rancunier comme la mule du pape ».

Les Trois Messes basses

Le soir de Noël, le chapelain dom Balaguère pense au réveillon qui l’attend. Le diable, déguisé en petit clerc Garrigou, lui fait expédier ses trois messes à toute vitesse. Pour sa gourmandise, il est condamné à revenir après sa mort dire trois cents messes de Noël dans sa chapelle en ruine.

Les autres textes

  • L’Élixir du révérend père Gaucher : un moine invente une liqueur qui enrichit son couvent, mais il doit la goûter et s’enivre à chaque fois.
  • Le Curé de Cucugnan : pour ramener ses paroissiens à l’église, un curé leur raconte un rêve où il les a tous vus en enfer.
  • Les Étoiles : un jeune berger veille toute une nuit, sous les étoiles, la fille de ses maîtres endormie sur son épaule.
  • L’Arlésienne : un jeune paysan se tue par amour pour une femme d’Arles qui ne paraît jamais. Daudet en tirera une pièce, mise en musique par Bizet (1872).
  • Les Vieux, Le Phare des Sanguinaires, Le Sous-préfet aux champs.

Les thèmes

  • La Provence : paysages, soleil, mistral, fêtes, parler local, superstitions.
  • La nostalgie d’un monde rural qui disparaît avec la modernité.
  • La liberté et son prix, au cœur de La Chèvre de monsieur Seguin.
  • L’humour et la satire des gens d’Église, des notables, des Parisiens.
  • La tendresse pour les humbles, les vieux, les animaux.

Le style

Daudet mêle la narration orale (adresses au lecteur, apartés, exclamations, mots provençaux) et une écriture très travaillée, pleine d’images et de couleurs. Le ton passe souvent du comique à l’émotion, et le conte se termine fréquemment par une pointe d’ironie ou de mélancolie.

Pistes d’analyse pour un élève

  • Expliquer la double lecture de La Chèvre de monsieur Seguin : leçon de prudence ou éloge de la liberté ?
  • Étudier le cadre épistolaire : à qui s’adresse le narrateur, et pourquoi ?
  • Repérer les marques de l’oralité dans un conte (questions, interjections, adresses).
  • Comparer avec les Contes du lundi, où Daudet passe de la Provence à la guerre.

Questions fréquentes

Comment s’appelle la chèvre de monsieur Seguin ?

Blanquette. Elle est la septième chèvre de M. Seguin ; avant elle, la Renaude s’était battue toute une nuit contre le loup.

Quelle est la morale de La Chèvre de monsieur Seguin ?

Le narrateur veut convaincre Gringoire qu’il vaut mieux renoncer à la liberté que mourir. Mais beaucoup de lecteurs retiennent surtout le courage de Blanquette, qui choisit la liberté jusqu’au bout.

Le moulin de Daudet existe-t-il ?

Un moulin de Fontvieille, près d’Arles, porte aujourd’hui son nom et abrite un petit musée. Mais Daudet n’en a jamais été propriétaire.

Qui est Gringoire ?

Pierre Gringoire (ou Gringore) est un poète de la fin du Moyen Âge, que Victor Hugo avait mis en scène dans Notre-Dame de Paris. Daudet en fait le symbole du poète pauvre et libre.

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