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Littérature · Œuvres

Pour un oui ou pour un non

Pour un oui ou pour un non est une courte pièce de Nathalie Sarraute (1982). Deux amis de longue date se brouillent à cause d’une intonation : un « C’est bien… ça » jugé condescendant.

Mis à jour le 4 min de lecture

Pour un oui ou pour un non est la pièce la plus jouée de Nathalie Sarraute (1900-1999), romancière associée au Nouveau Roman. Publiée en 1982 et d’abord diffusée à la radio, elle est créée sur scène en 1986 dans une mise en scène de Simone Benmussa. En un seul tenant, sans actes ni scènes, elle fait d’un rien l’enjeu d’un conflit. Elle est au programme du bac de français (« Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle ») avec le parcours « Théâtre et dispute ». La pièce étant protégée par le droit d’auteur, cette fiche la résume et la paraphrase.

Le contexte : tropismes et sous-conversation

Dès son premier livre, Tropismes (1939), Sarraute s’intéresse aux mouvements intérieurs à peine perceptibles qui précèdent nos paroles et nos gestes : attirances, reculs, blessures minuscules. Elle les appelle tropismes, par analogie avec les mouvements des plantes vers la lumière. Au théâtre, elle met en scène ce qu’elle nomme la sous-conversation : ce que les mots disent sans le dire. Le langage devient lui-même le sujet de la pièce (voir la philosophie du langage).

Résumé

H1 rend visite à H2, un ami de toujours, qui s’est éloigné de lui sans explication. Après bien des hésitations, H2 finit par avouer la cause de cette distance : un jour, alors qu’il racontait un succès personnel, H1 lui a répondu « C’est bien… ça », avec un suspens et un accent particuliers. H2 a perçu dans cette intonation de la condescendance, une manière de le rabaisser.

H1 trouve d’abord le reproche absurde : rompre une amitié pour si peu, « pour un oui ou pour un non ». Mais la discussion s’envenime. Chacun révèle peu à peu ce qui l’oppose à l’autre : H2 est un rêveur, attaché à la contemplation, H1 un homme qui réussit socialement. H2 se souvient d’un moment où, devant un paysage, il a dit « la vie est là », et où il a senti H1 le juger.

Pour trancher, ils font appel à un couple de voisins, H3 et F, pris comme arbitres. Ceux-ci ne comprennent pas l’enjeu et donnent raison au bon sens, ce qui agace H2. Le conflit reprend entre les deux hommes, de plus en plus profond : il ne s’agit plus d’un mot mais de deux façons d’être au monde. La pièce s’achève sans résolution, sur l’opposition même du titre : l’un dit oui, l’autre non.

Les personnages

PersonnageCaractéristiques
H1Homme sociable, pragmatique, qui a « réussi » ; il ne voit pas où est le mal
H2Homme sensible, solitaire, attentif aux nuances ; il se sent blessé
H3 et FVoisins appelés comme juges ; ils incarnent l’opinion commune

L’absence de noms fait des personnages des voix, presque interchangeables, plutôt que des caractères.

Les thèmes et pistes d’analyse

La dispute

Le parcours « Théâtre et dispute » invite à étudier comment le conflit naît, se développe et se transforme. La pièce suit une progression : malaise, aveu, minimisation, contre-attaque, arbitrage, rupture. La dispute est le moteur même du théâtre, de la comédie classique au théâtre de l’absurde.

Le pouvoir des mots

Une simple intonation peut blesser autant qu’une insulte. Sarraute montre que le sens d’une parole ne tient pas seulement à ses mots, mais à sa musique, à ses silences et au contexte. Le langage est à la fois ce qui relie et ce qui sépare.

Deux visions du monde

Derrière la querelle, deux manières de vivre s’opposent : la réussite et l’action d’un côté, la contemplation et le retrait de l’autre. H2 refuse d’être jugé et classé ; H1 ne supporte pas qu’on mette en cause son regard.

Une dramaturgie minimale

Pas de décor marqué, pas d’action extérieure, pas de nom : tout repose sur le dialogue. La tension naît des répliques brèves, des reprises, des points de suspension (voir le vocabulaire du théâtre). Le spectateur est invité à écouter la sous-conversation.

Le comique et le tragique

La pièce fait rire par la disproportion entre l’enjeu apparent et la violence du conflit. Mais elle touche aussi à la solitude et à l’impossible compréhension entre deux êtres.

Questions fréquentes

Pourquoi H2 en veut-il à H1 ?

Parce que H1 a dit « C’est bien… ça » avec une intonation que H2 a ressentie comme méprisante, au moment où il lui annonçait un succès. Ce détail révèle pour lui un jugement plus profond.

Pourquoi les personnages n’ont-ils pas de nom ?

Sarraute veut montrer des mouvements intérieurs universels, non des individus particuliers. Les lettres H et F (homme, femme) suffisent à distinguer les voix.

Qu’est-ce qu’un tropisme chez Sarraute ?

C’est un mouvement intérieur infime et rapide, souvent inconscient, qui se produit en nous au contact des autres et qui précède nos paroles. Sarraute cherche à le rendre visible.

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