Aller au contenu
connaissance.org

Littérature · Œuvres

Mateo Falcone

Mateo Falcone est une nouvelle de Prosper Mérimée publiée en 1829. En Corse, un père tue son fils de dix ans, qui a livré aux soldats un bandit caché chez eux en échange d’une montre : la trahison est impardonnable.

Mis à jour le 4 min de lecture

Mateo Falcone est l’une des nouvelles les plus courtes et les plus brutales de la littérature française. En quelques pages, Prosper Mérimée raconte une trahison d’enfant et un châtiment terrible, dans le cadre sauvage du maquis corse. La nouvelle est souvent étudiée en 4e, pour sa construction serrée et la question morale qu’elle pose.

Résumé

Le maquis et Mateo

Le narrateur présente le maquis, végétation épaisse où se cachent les bergers et les bandits. Il présente ensuite Mateo Falcone, homme riche et respecté, réputé pour son adresse au tir et pour sa loyauté, aussi bon ami que dangereux ennemi. Il a trois filles et un fils, Fortunato, âgé de dix ans, sur qui reposent tous ses espoirs.

Le bandit caché

Un matin, Mateo et sa femme Giuseppa partent visiter leurs troupeaux, laissant Fortunato garder la maison. Arrive un bandit blessé, Gianetto Sanpiero, poursuivi par des voltigeurs (soldats chargés de la police). Il supplie l’enfant de le cacher. Fortunato hésite, puis accepte contre une pièce de cinq francs, et le dissimule dans un tas de foin.

La montre

Les voltigeurs arrivent, menés par l’adjudant Tiodoro Gamba, parent éloigné de Mateo. Fortunato se moque d’eux et nie avoir vu quiconque. Gamba, qui devine le mensonge, menace l’enfant, puis le tente avec une montre en argent. Fortunato résiste un moment, puis cède : il désigne du doigt le tas de foin. Gianetto est capturé.

Le retour du père

Mateo et Giuseppa reviennent. Gamba raconte ce qui s’est passé et loue l’enfant. Gianetto, emmené sur une civière, refuse de boire l’eau que lui apporte Fortunato, accepte celle de Mateo, et crache sur le seuil en traitant la maison de « maison d’un traître ».

Le châtiment

Mateo, silencieux, voit la montre au cou de son fils et la brise contre une pierre. Il demande à Giuseppa si l’enfant est bien de lui. Puis il emmène Fortunato dans un ravin, lui fait réciter ses prières et le tue d’un coup de fusil. Il revient chercher une pelle pour l’enterrer et annonce qu’il fera venir chez eux leur gendre.

Les personnages

PersonnageRôle
Mateo FalconePère respecté, homme d’honneur inflexible
FortunatoSon fils de dix ans, malin, cupide, traître malgré lui
GiuseppaLa mère, impuissante devant la décision de son mari
Gianetto SanpieroBandit blessé qui demande asile
Tiodoro GambaAdjudant des voltigeurs, rusé, parent de Mateo

Les thèmes

L’honneur et la trahison

Dans la Corse décrite par Mérimée, donner asile à un fugitif est un devoir sacré, et le livrer à la police est la pire des fautes. En vendant Gianetto pour une montre, Fortunato a déshonoré sa famille. Pour Mateo, la loi de l’honneur passe avant l’amour paternel.

La cupidité

L’enfant cède deux fois à l’argent : la pièce de cinq francs, puis la montre. Le prénom Fortunato (« fortuné ») est ironique : sa fortune le perd.

La loi et la coutume

Deux lois s’affrontent : celle de l’État, représentée par les voltigeurs, et celle de la communauté corse, fondée sur l’honneur. Mérimée ne tranche pas, mais montre la violence d’un code poussé jusqu’au bout.

Le tragique

Tout se joue en une journée, en un lieu, autour d’une action : la nouvelle a la concentration d’une tragédie. Le dénouement paraît inévitable dès la scène où Gianetto crache sur le seuil.

Le style de Mérimée

  • La sobriété : phrases courtes, peu d’adjectifs, aucune explication psychologique.
  • Le narrateur impassible : il ne juge jamais Mateo, ce qui rend le dénouement encore plus saisissant.
  • La couleur locale : mots corses, description du maquis, mœurs de l’île, chère au romantisme.
  • Les dialogues : rapides et tendus, ils portent l’essentiel de l’action.

Pistes d’analyse pour un élève

  • Étudier la scène de la montre : comment Gamba tente-t-il l’enfant ? Comment se marque l’hésitation de Fortunato ?
  • Analyser le silence de Mateo au retour : quels gestes montrent sa décision ?
  • Débattre : Mateo est-il un héros de l’honneur ou un père monstrueux ?
  • Montrer les caractéristiques de la nouvelle : brièveté, peu de personnages, chute marquante.

Questions fréquentes

Pourquoi Mateo Falcone tue-t-il son fils ?

Parce que Fortunato a trahi un fugitif qui lui avait demandé asile, en échange d’une montre. Pour Mateo, cette trahison déshonore la famille et ne peut être pardonnée.

Qu’est-ce que le maquis ?

Une végétation dense d’arbustes et de buissons, typique de la Corse, où se réfugiaient les bergers et les hors-la-loi. L’expression « prendre le maquis » vient de là.

Quelle est la morale de Mateo Falcone ?

Mérimée n’en donne pas. Il raconte sans juger, laissant le lecteur partagé entre l’horreur et la compréhension d’un code d’honneur implacable.

Mateo Falcone est-il une histoire vraie ?

Non, c’est une fiction. Mérimée n’était pas encore allé en Corse quand il l’a écrite ; il s’est inspiré de récits de voyageurs.

À lire aussi

LittératureLa Vénus d’IlleLa Vénus d’Ille est une nouvelle fantastique de Prosper Mérimée publiée en 1837. Dans un village du Roussillon, un jeune homme passe son anneau de mariage au doigt d’une statue antique de Vénus ; la nuit de ses noces, il est retrouvé mort.LittératureLa nouvelle littéraireLa nouvelle est un récit de fiction bref, centré sur un événement unique et un petit nombre de personnages, qui se termine souvent par une chute inattendue. Maupassant en est le maître incontesté en France.LittératureLe réalismeLe réalisme est un mouvement littéraire du XIXe siècle (environ 1830-1880) qui cherche à représenter fidèlement la réalité sociale, y compris dans ses aspects ordinaires, sans l’idéaliser.LittératureLe romantismeLe romantisme est un mouvement littéraire et artistique né en Allemagne et en Angleterre à la fin du XVIIIe siècle, dominant en France de 1820 à 1850. Il exalte le moi, la sensibilité, la nature et la liberté de l’artiste.LittératureLes mouvements littérairesUn mouvement littéraire est un courant qui réunit des écrivains autour d’idées et de formes communes à une époque donnée. En France, on en distingue une quinzaine, de la littérature médiévale au Nouveau Roman.LittératureL’humanismeL’humanisme est un mouvement intellectuel et littéraire de la Renaissance (XVe–XVIe siècle) qui redécouvre les textes antiques et place l’homme, sa dignité et son éducation au centre de la réflexion.

Œuvres : toutes les fiches