Littérature · Œuvres
Lettres persanes
Les Lettres persanes sont un roman épistolaire de Montesquieu publié anonymement en 1721. Deux Persans, Usbek et Rica, découvrent la France et en font une satire pleine d’ironie.
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Les Lettres persanes sont le premier livre de Montesquieu (1689-1755), publié anonymement à Amsterdam en 1721. Ce roman épistolaire imagine la correspondance de deux Persans en voyage en France, de 1711 à 1720. Sous le masque du regard étranger, Montesquieu critique la monarchie, l’Église, la mode et les préjugés : c’est l’un des textes fondateurs des Lumières. Il a été au programme du bac de français avec le parcours « Le regard éloigné ».
Le contexte
Montesquieu, magistrat au parlement de Bordeaux, publie son livre six ans après la mort de Louis XIV. La Régence de Philippe d’Orléans est une période de relâchement des mœurs et de spéculation financière (le « système » de Law, qui s’effondre en 1720). La mode de l’Orient, lancée par la traduction des Mille et Une Nuits par Galland, et les récits de voyageurs en Perse inspirent le cadre exotique.
L’intrigue
Usbek, seigneur persan, quitte Ispahan pour fuir les intrigues de cour. Il voyage avec le jeune Rica. Ils écrivent à des amis restés en Perse et entre eux ; Usbek correspond aussi avec ses femmes et les eunuques de son sérail. Les lettres décrivent leur découverte de la France, surtout de Paris.
Au fil des années, le sérail se dérègle en l’absence du maître : désordres, rivalités, révolte. Usbek ordonne une répression impitoyable. Le roman se termine par la lettre de Roxane, sa favorite, qui lui révèle qu’elle l’a toujours trompé et qu’elle s’est empoisonnée : elle revendique sa liberté et accuse Usbek de tyrannie.
Les lettres célèbres
| Lettre | Contenu |
|---|---|
| 11 à 14 | L’histoire des Troglodytes : un apologue sur la vertu et la société |
| 24 | Rica décrit Paris et présente le roi et le pape comme des « magiciens » |
| 30 | Rica, observé comme une curiosité, entend demander : « Comment peut-on être Persan ? » |
| 37 | Portrait satirique de Louis XIV vieillissant |
| 99 | Les caprices de la mode à Paris |
| 161 | Lettre finale de Roxane, qui se tue après avoir défié Usbek |
Les thèmes et pistes d’analyse
Le regard éloigné
Le procédé central est le regard naïf : ce que les Français trouvent naturel paraît étrange aux Persans. Le lecteur voit sa propre société de l’extérieur. Ce décentrement est aussi un outil de relativisme : la lettre 30 montre que l’étranger est toujours celui qu’on regarde. Le procédé sera repris par Graffigny dans les Lettres d’une Péruvienne et par Voltaire dans Candide.
La satire politique et religieuse
Montesquieu vise le pouvoir absolu, la vanité des courtisans, les querelles religieuses (la bulle Unigenitus), les dogmes, le pape. Il le fait avec l'ironie de la fausse admiration : décrire le roi comme un magicien qui fait croire que le papier vaut de l’argent, c’est dénoncer les manipulations financières.
Le despotisme
L’intrigue du sérail n’est pas un simple ornement : elle montre en miniature le despotisme, fondé sur la crainte. Usbek, esprit éclairé à Paris, est un tyran chez lui. Montesquieu développera cette réflexion dans De l’esprit des lois (1748).
La polyphonie
Les lettres de nombreux correspondants offrent des points de vue variés, parfois contradictoires. Cette diversité laisse le lecteur juger lui-même, conformément à l’esprit critique des Lumières.
Questions fréquentes
Pourquoi Montesquieu a-t-il publié anonymement ?
Pour éviter la censure et les poursuites, car le livre critique le roi, l’Église et la société. L’identité de l’auteur fut cependant vite connue.
Quel est le rôle du sérail dans les Lettres persanes ?
Il donne une intrigue romanesque au livre et illustre le despotisme. La révolte de Roxane montre que la tyrannie, même domestique, finit par provoquer la révolte.
Que signifie « Comment peut-on être Persan ? »
C’est la question naïve des Parisiens devant Rica. Elle montre qu’on juge l’autre bizarre sans jamais s’interroger sur soi. Voir aussi la satire.