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Littérature · Œuvres

Les Caractères

Les Caractères est l’œuvre unique de Jean de La Bruyère (1688). Par des maximes et des portraits, ce moraliste peint les travers de ses contemporains, à la ville comme à la cour de Louis XIV.

Mis à jour le 3 min de lecture

Les Caractères ou les Mœurs de ce siècle sont l’œuvre de Jean de La Bruyère (1645-1696), précepteur puis secrétaire au service de la maison de Condé. Publiés en 1688 à la suite de sa traduction des Caractères du Grec Théophraste, ils sont enrichis à chaque édition jusqu’à la neuvième (1696). C’est un chef-d’œuvre des moralistes classiques. Les livres V à X ont été au programme du bac de français (« La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle »), avec le parcours « La comédie sociale ».

Le contexte

La Bruyère vit dans l’entourage du prince de Condé, à Chantilly et à Versailles, ce qui lui permet d’observer de près la noblesse et la cour de Louis XIV. Il écrit à la fin du règne, dans une société où la monarchie absolue a fait de la cour un théâtre de flatteries et d’ambitions. Le succès est immédiat, d’autant que les lecteurs cherchent à reconnaître des personnes réelles derrière les portraits ; des « clés » circulent, que l’auteur désavoue. Il est élu à l’Académie française en 1693.

L’ouverture du livre I affirme avec ironie la difficulté d’écrire après les Anciens : « Tout est dit, et l’on vient trop tard ».

La structure

LivresTitres
I à IVDes ouvrages de l’esprit ; Du mérite personnel ; Des femmes ; Du cœur
V à X (programme)De la société et de la conversation ; Des biens de fortune ; De la ville ; De la cour ; Des grands ; Du souverain ou de la république
XI à XVIDe l’homme ; Des jugements ; De la mode ; De quelques usages ; De la chaire ; Des esprits forts

Le livre progresse de l’individu vers la société, puis vers les questions morales et religieuses, et se clôt sur une défense de la religion contre les libertins.

Les portraits célèbres

PortraitLivreDéfaut peint
Giton et PhédonVI, Des biens de fortuneLe riche sûr de lui et le pauvre effacé : l’argent dicte jusqu’aux gestes
ArriasV, De la sociétéLe bavard qui prétend tout savoir et se fait contredire par un témoin
ThéodecteVL’homme bruyant qui envahit la conversation
AcisVLe précieux qui parle de façon obscure pour dire des banalités
CydiasVLe bel esprit prétentieux
MénalqueXI, De l’hommeLe distrait aux mille maladresses
OnuphreXIII, De la modeLe faux dévot, réponse au Tartuffe de Molière

Ces portraits utilisent souvent un nom grec et un présent de vérité générale : l’individu devient un type universel.

Les thèmes et pistes d’analyse

La comédie sociale

La Bruyère voit la société comme un théâtre : chacun joue un rôle, soigne son apparence, imite les grands. À la cour, le courtisan maîtrise ses gestes et son visage ; il flatte, dissimule, attend. Le parcours souligne cette dimension théâtrale, proche de la comédie de Molière.

L’argent et les conditions

Le livre « Des biens de fortune » montre la puissance de l’argent, qui fait et défait les réputations. Le moraliste dénonce les parvenus, les financiers, et compatit à la misère des paysans, dans une remarque célèbre du livre XI qui décrit des « animaux farouches » qui sont en réalité des hommes.

La satire de la cour et des grands

La Bruyère démasque la vanité des nobles, la servilité des courtisans, l’inutilité des grands. Il reste cependant fidèle au roi : sa critique est morale, non politique (voir la satire).

Un art de l’écriture

  • Brièveté et variété : maximes, remarques, portraits, petits récits.
  • Chute surprenante qui révèle le défaut (Arrias démenti par l’ambassadeur lui-même).
  • Accumulation de verbes d’action pour peindre un personnage par ses gestes.
  • Ironie et antithèses (voir les figures de style).

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un « caractère » chez La Bruyère ?

C’est à la fois un trait moral dominant et le portrait qui l’illustre. Le mot vient du grec et désigne une empreinte, une marque distinctive.

Pourquoi La Bruyère utilise-t-il des noms grecs ?

Pour éviter de viser des personnes réelles et donner une portée universelle à ses portraits. Ces noms rappellent aussi le modèle antique de Théophraste.

La Bruyère est-il un moraliste ?

Oui. Comme La Rochefoucauld ou Pascal, il observe les mœurs pour dire la vérité de l’homme et inviter le lecteur à se corriger. Voir la fiche sur les moralistes et sur la littérature d’idées.

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