Littérature · Œuvres
La Condition humaine
La Condition humaine est un roman d’André Malraux, prix Goncourt 1933. À Shanghai, en 1927, des révolutionnaires communistes sont écrasés par Tchang Kaï-chek et affrontent la mort.
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La Condition humaine est le roman le plus célèbre d’André Malraux (1901-1976). Publié en 1933 chez Gallimard, après une prépublication dans La Nouvelle Revue française, il reçoit le prix Goncourt. Il clôt un cycle asiatique ouvert par Les Conquérants (1928) et La Voie royale (1930). Malraux y fait du roman d’action un lieu de méditation sur le sens de la vie, la mort et la fraternité.
Le contexte historique
En 1927, la Chine est divisée entre seigneurs de la guerre. Le Kouo-min-tang de Tchang Kaï-chek, allié aux communistes chinois et soutenu par l’Internationale communiste de Moscou, mène l’expédition vers le Nord. À Shanghai, les communistes préparent une insurrection ouvrière pour livrer la ville à l’armée de Tchang. Mais celui-ci, appuyé par les milieux d’affaires, se retourne contre ses alliés : le 12 avril 1927, il fait massacrer les communistes de Shanghai. Malraux s’inspire de ces événements, qu’il n’a pas vécus directement (voir la révolution russe et l’Internationale qu’elle a engendrée).
Résumé
Première partie : le meurtre de Tchen
Le roman s’ouvre, dans la nuit du 21 mars 1927, sur une scène célèbre : Tchen, jeune terroriste, hésite à poignarder un homme endormi sous une moustiquaire pour lui voler un document qui permettra aux insurgés de s’emparer d’armes. Il le tue, et se découvre à jamais séparé des autres par le meurtre. Les insurgés, dirigés par Kyo Gisors, s’emparent d’une cargaison d’armes.
Deuxième et troisième parties : l’insurrection et le désaccord
L’insurrection triomphe : les insurgés prennent les postes de police et la gare. Mais Tchang Kaï-chek exige le désarmement des milices communistes. Kyo se rend à Hankéou, siège de l’Internationale, pour obtenir le droit de résister : on lui ordonne d’obéir et de rendre les armes, au nom de la stratégie de Moscou.
Quatrième à sixième parties : l’attentat et la répression
Tchen décide d’assassiner Tchang Kaï-chek. Il se jette avec une bombe sous la voiture qui devait transporter le général ; Tchang n’y était pas, et Tchen se tue d’une balle. Le baron de Clappique, aventurier mythomane, devait prévenir Kyo du danger, mais il s’attarde au jeu dans une maison de jeux et le laisse arrêter. La répression s’abat. Dans le préau où les prisonniers attendent d’être jetés vivants dans la chaudière d’une locomotive, Kyo avale le cyanure qu’il portait sur lui. Katow, révolutionnaire russe, donne sa propre dose de cyanure à deux jeunes compagnons terrifiés et marche vers la mort.
Septième partie : après
À Paris, Ferral, homme d’affaires français qui a soutenu Tchang, perd la partie face aux banquiers. À Kobe, au Japon, le vieux Gisors, père de Kyo, s’est réfugié dans l’opium et le détachement. May, la femme de Kyo, part pour Moscou continuer la lutte. Hemmelrich, dont la famille a été massacrée, travaille en URSS.
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Kyo Gisors | Chef de l’insurrection, métis franco-japonais, homme de la dignité |
| Tchen | Terroriste, fasciné par la mort et l’acte solitaire |
| Katow | Révolutionnaire russe, figure de la fraternité et du sacrifice |
| Gisors | Père de Kyo, professeur de sociologie, intellectuel fumeur d’opium |
| May | Femme de Kyo, médecin, militante libre |
| Ferral | Homme d’affaires français à la tête d’un consortium, homme de pouvoir |
| Clappique | Baron mythomane, figure de la fuite dans le jeu et le mensonge |
| König | Chef de la police de Tchang, tortionnaire |
| Hemmelrich | Disquaire belge, prolétaire humilié |
Les thèmes
La condition humaine
Le titre fait écho aux Pensées de Pascal, qui compare les hommes à des condamnés à mort qui voient égorger leurs semblables. Chaque personnage cherche à échapper à la solitude et à l’angoisse de la mort : par l’action révolutionnaire (Kyo), le terrorisme (Tchen), le pouvoir (Ferral), l’opium (Gisors), le jeu et la fable (Clappique).
La dignité
Kyo se bat pour que les opprimés retrouvent leur dignité. Le roman pose la question de ce qui donne un sens à une vie : une mort choisie peut devenir un acte de liberté.
La fraternité
Le geste de Katow, qui offre son cyanure, est le sommet moral du roman : face à la mort, la solidarité devient la seule réponse à la solitude.
La révolution et l’histoire
Le roman montre la révolution trahie par la stratégie de l’Internationale et par les calculs politiques. Les héros sont pris entre leur idéal et la logique de l’histoire.
L’écriture
Le récit est fragmenté en scènes datées, à la manière d’un reportage ou d’un montage de cinéma, avec des changements fréquents de point de vue. Les dialogues dominent, souvent philosophiques. L’atmosphère nocturne, pluvieuse et violente de Shanghai donne au roman sa couleur tragique. Malraux est souvent rapproché des écrivains de l’engagement et de l'existentialisme, qu’il précède.
L’auteur
Malraux a voyagé en Indochine dans les années 1920, a combattu dans l’aviation républicaine pendant la guerre d’Espagne (L’Espoir, 1937), puis dans la Résistance. Il fut ministre des Affaires culturelles du général de Gaulle de 1959 à 1969. Ses cendres ont été transférées au Panthéon en 1996.
Questions fréquentes
Comment meurt Kyo dans La Condition humaine ?
Arrêté par la police de Tchang Kaï-chek, il avale le cyanure qu’il garde sur lui, dans le préau où les prisonniers attendent l’exécution.
Pourquoi le geste de Katow est-il célèbre ?
Parce qu’il donne sa dose de cyanure à deux jeunes prisonniers terrifiés et accepte d’être brûlé vif dans la chaudière d’une locomotive. C’est l’image même de la fraternité.
D’où vient le titre La Condition humaine ?
D’une pensée de Pascal sur la condition des hommes, comparés à des condamnés à mort enchaînés qui attendent leur tour. Chaque personnage cherche à échapper à cette condition.
La Condition humaine est-elle tirée de faits réels ?
Oui : l’insurrection communiste de Shanghai de mars 1927 et le massacre du 12 avril 1927 sont historiques. Les personnages sont fictifs.