Littérature · Œuvres
Les Animaux malades de la peste
Les Animaux malades de la peste ouvre le livre VII des Fables de La Fontaine (1678). Pour apaiser le Ciel, les animaux cherchent le plus coupable : les puissants sont absous, et c’est l’Âne, pour un peu d’herbe, qui est condamné.
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Les Animaux malades de la peste est l’une des fables les plus ambitieuses de La Fontaine. Elle ouvre le second recueil, publié en 1678. Plus longue que les fables du premier recueil (64 vers), elle met en scène toute une société et un véritable procès. C’est une satire de la justice et de la cour, souvent étudiée en 4e ou en 3e.
Résumé
Le fléau
Une épidémie de peste frappe les animaux. La Fontaine la décrit comme un fléau envoyé par le Ciel pour punir les crimes de la terre : « Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ». Plus personne ne mange, ne chasse, n’aime.
La proposition du Lion
Le Lion réunit les animaux. Il propose que le plus coupable se sacrifie pour apaiser la colère divine, comme on l’a fait dans l’histoire. Il donne l’exemple et se confesse : il a dévoré beaucoup de moutons, qui ne lui avaient rien fait, et même parfois le berger. Il se dit prêt à mourir, si besoin, mais demande que chacun s’accuse comme lui, car il faut que le plus coupable périsse.
La flatterie du Renard
Le Renard prend la parole : le roi est trop bon, trop scrupuleux. Manger des moutons, cette espèce sotte, n’est pas un péché, c’est leur faire honneur ; quant au berger, il méritait son sort. Les courtisans applaudissent. Le Tigre, l’Ours et les autres puissances sont absous de leurs crimes les plus graves. Même les mâtins, chiens de garde, passent pour de petits saints.
La confession de l’Âne
Vient l’Âne. Il avoue avoir un jour, passant près d’un pré de moines, poussé par la faim, l’occasion et l’herbe tendre, brouté la largeur de sa langue. Tous crient haro sur le baudet. Un Loup, un peu juriste, démontre qu’il faut sacrifier ce maudit animal, ce pelé, ce galeux, d’où vient tout le mal. Manger l’herbe d’autrui paraît un crime abominable : l’Âne est condamné à mort.
La morale
La Fontaine conclut : « Selon que vous serez puissant ou misérable », la justice de cour vous déclarera innocent ou coupable, blanc ou noir. La justice ne juge pas les actes, mais le rang de celui qui les a commis.
Les personnages
| Personnage | Rôle | Ce qu’il représente |
|---|---|---|
| Le Lion | Roi, organise le procès, se confesse avec habileté | Le monarque absolu |
| Le Renard | Défend le Lion par la flatterie | Le courtisan flatteur |
| Le Tigre, l’Ours | Puissants absous | Les grands seigneurs |
| Les mâtins | Chiens de garde, tenus pour des saints | Les serviteurs du pouvoir |
| Le Loup | Juriste qui condamne l’Âne | L’homme de loi au service des forts |
| L’Âne | Victime, avoue une faute minime | Le peuple, le faible, l’innocent |
Une parodie de procès
La fable reprend les étapes d’un procès ou d’une confession publique : exposé du problème, aveux, plaidoiries, réquisitoire, sentence. Mais tout est faussé :
| Accusé | Faute | Jugement |
|---|---|---|
| Le Lion | Il a dévoré moutons et berger | Absous par la flatterie |
| Les puissants | Crimes graves | Absous sans examen |
| L’Âne | Il a brouté un peu d’herbe | Condamné à mort |
La disproportion entre les fautes et les jugements montre l'injustice : le crime le plus léger reçoit la peine la plus lourde, parce que son auteur est sans défense.
L’art de l’argumentation
- Le Lion joue l’humilité tout en glissant des circonstances atténuantes et en imposant que chacun s’accuse.
- Le Renard utilise l’éloge et le mépris des victimes (les moutons « sots »).
- Le Loup emploie un vocabulaire judiciaire et des insultes : sa « harangue » n’a rien d’un raisonnement.
- L’Âne est sincère et naïf : il accumule les excuses, mais avoue sans calcul.
Voir les types d’argumentation.
Pistes d’analyse pour un élève
- Étudier l’ouverture : comment La Fontaine crée-t-il un climat tragique ? (périphrase pour retarder le nom de la peste, vers solennels).
- Comparer les confessions du Lion et de l’Âne : longueur, sincérité, ruse.
- Analyser la satire de la cour de Louis XIV : flatterie, privilèges, justice partiale.
- Rapprocher de Le Loup et l’Agneau, autre fable sur la loi du plus fort.
Exercice corrigé
- Pourquoi les animaux cherchent-ils un coupable ? Pour le sacrifier et apaiser la colère du Ciel, qui aurait envoyé la peste.
- Quelle est la faute de l’Âne ? Avoir brouté un peu d’herbe dans un pré de moines, « la largeur de sa langue ».
- Que signifie « crier haro sur le baudet » ? Accuser violemment quelqu’un de faible, s’acharner sur un bouc émissaire. Baudet désigne l’âne.
Questions fréquentes
Quelle est la morale des Animaux malades de la peste ?
Selon qu’on est puissant ou misérable, la justice de cour vous déclare innocent ou coupable : la justice dépend du rang social, pas des actes.
Pourquoi l’Âne est-il condamné ?
Parce qu’il est faible et sans protecteur. Sa faute est minuscule, mais elle permet aux puissants de désigner un coupable sans se mettre en cause.
Quel est le rôle du Renard dans la fable ?
C’est le courtisan : par la flatterie, il transforme les crimes du Lion en actes honorables, ce qui permet d’absoudre tous les puissants.