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Littérature · Œuvres

Le Chêne et le Roseau

Le Chêne et le Roseau est la dernière fable du livre I de La Fontaine (1668). Le Chêne orgueilleux plaint le Roseau fragile ; mais dans la tempête, le Roseau plie sans rompre et le Chêne est déraciné.

Mis à jour le 4 min de lecture

Le Chêne et le Roseau clôt le premier livre des Fables de La Fontaine. C’est une fable sans animaux : deux végétaux parlent et s’affrontent, l’un symbole de la force, l’autre de la faiblesse. La fable ne donne pas de morale écrite, mais sa leçon est claire : la souplesse résiste mieux à l’adversité que la force rigide et orgueilleuse.

Résumé

Le Chêne s’adresse au Roseau avec une pitié condescendante : la nature a été injuste envers lui, le moindre oiseau est un fardeau pour lui, le moindre vent le fait plier. Le Chêne, au contraire, se compare à une montagne, le Caucase, et brave le soleil et les tempêtes. Il regrette que le Roseau ne soit pas né à l’abri de son feuillage, où il l’aurait protégé.

Le Roseau répond poliment que cette compassion part d’un bon sentiment, mais qu’il n’a pas besoin d’aide : les vents sont moins dangereux pour lui que pour le Chêne. Sa devise : « Je plie, et ne romps pas. » Le Chêne a jusqu’ici résisté aux coups du vent, mais, dit le Roseau, il faut attendre la fin.

À ce moment, du bout de l’horizon, accourt le plus terrible des vents du Nord. L’arbre tient bon, le roseau plie. Le vent redouble d’efforts et finit par déraciner le Chêne, « Celui de qui la tête au Ciel était voisine », et dont les racines touchaient le royaume des morts.

La structure de la fable

VersÉtapeContenu
1-17Discours du ChênePitié orgueilleuse, comparaison flatteuse avec lui-même
18-24Réponse du RoseauPolitesse, refus de la protection, devise et avertissement
25-32Le récit de la tempêteArrivée du vent, résistance du Chêne, déracinement

Les deux tiers de la fable sont des paroles : le récit ne vient qu’à la fin, et vérifie en quelques vers ce que le Roseau avait annoncé.

Les personnages

PersonnageCaractèreSymbole
Le ChêneOrgueilleux, sûr de sa force, condescendantLe puissant, le grand seigneur, la rigidité
Le RoseauModeste, lucide, poli mais fermeLe faible, l’humble, la souplesse

Le Chêne se croit généreux, mais sa pitié est une façon d’étaler sa supériorité. Le Roseau, lui, ne se vante pas : il connaît ses limites et sait s’adapter.

La leçon

La fable n’énonce pas de morale. On peut la formuler ainsi :

  • la souplesse vaut mieux que la rigidité : mieux vaut plier devant l’épreuve que se briser ;
  • l’orgueil précède la chute : le plus grand est aussi le plus exposé ;
  • les apparences trompent : celui qui semble faible peut être le plus résistant.

On a aussi lu dans la fable une réflexion politique : les grands, à la cour de Louis XIV, peuvent tomber brutalement, comme le surintendant Fouquet, protecteur de La Fontaine, arrêté en 1661. Mais le texte ne fait aucune allusion explicite.

Le style

  • L’hyperbole : le Chêne se compare au Caucase ; sa tête touche le ciel, ses pieds les Enfers.
  • Les antithèses : grand / petit, résister / plier, Aquilon (vent du Nord, violent) / Zéphyr (brise douce).
  • Le registre épique de la tempête : le vent est personnifié comme le plus terrible des enfants du Nord, ce qui donne au combat une grandeur mythologique (voir les registres).
  • Le rythme : l’opposition des deux verbes « L’arbre tient bon ; le Roseau plie » en un seul vers, avant la chute.
  • Le dernier vers, ample et majestueux, rend sensible la grandeur du Chêne au moment même où il tombe.

Une fable réécrite

Au XXe siècle, Jean Anouilh a proposé une réécriture où le Chêne refuse la morale du Roseau et revendique sa fierté de rester droit : la souplesse peut aussi passer pour de la lâcheté. Ce débat est un bon sujet de réflexion pour les élèves.

Pistes d’analyse pour un élève

  • Comparer les deux discours : longueur, ton, arguments.
  • Relever les procédés épiques dans le récit de la tempête.
  • Formuler la morale en une phrase et la justifier par le texte.
  • Débattre : vaut-il mieux plier ou résister ? La souplesse est-elle toujours une qualité ?

Exercice corrigé

  1. Quelle phrase du Roseau résume la leçon ? « Je plie, et ne romps pas. »
  2. Quelle figure dans « Celui de qui la tête au Ciel était voisine » ? Une hyperbole, qui exagère la hauteur du Chêne ; c’est aussi une périphrase pour le désigner.
  3. Que représentent Aquilon et Zéphyr ? Deux vents de la mythologie : l’Aquilon, vent du Nord violent, et le Zéphyr, brise d’ouest légère.

Questions fréquentes

Quelle est la morale du Chêne et du Roseau ?

Elle n’est pas écrite. La fable montre que la souplesse et la modestie résistent mieux aux épreuves que la force orgueilleuse.

Pourquoi le Chêne est-il déraciné ?

Parce qu’il refuse de plier : sa rigidité offre toute sa prise au vent. Le Roseau, qui plie, laisse passer la tempête.

Le Chêne est-il méchant ?

Pas vraiment : il offre même sa protection. Mais sa pitié est orgueilleuse, et il sous-estime le danger.

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