Langue française · Origine des expressions
Appeler un chat un chat
Appeler un chat un chat, c’est dire les choses telles qu’elles sont, sans euphémisme ni détour. La formule a été rendue célèbre par Boileau dans sa première satire (1666).
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Appeler un chat un chat signifie nommer une chose par son nom, sans l’adoucir ni la travestir : Appelons un chat un chat : ce n’est pas une « restructuration », c’est un plan de licenciements. L’expression revendique la franchise, parfois la brutalité, contre les précautions oratoires.
Sens et emploi
On emploie l’expression pour annoncer qu’on va parler net (appelons un chat un chat) ou pour louer la franchise de quelqu’un (elle appelle un chat un chat). Elle s’oppose directement à l’euphémisme, au jargon et à la langue de bois. Le registre est courant, acceptable à l’écrit.
Origine de l’expression
Boileau, 1666
La forme française devient proverbiale grâce à Nicolas Boileau. Dans sa Satire I, publiée en 1666, il écrit ce vers resté célèbre :
« J’appelle un chat un chat, et Rolet un fripon. »
Rolet était un procureur parisien de l’époque, réputé malhonnête. Boileau revendique ainsi le droit du satiriste à nommer les vices et les personnes sans masque. Le vers a fixé l’expression, même si l’idée lui est antérieure.
Une idée antique
L’Antiquité connaissait déjà la formule « appeler une figue une figue, une barque une barque » pour désigner le franc-parler, notamment chez les auteurs grecs (on la lit chez Lucien de Samosate). Érasme l’a recueillie dans ses Adages au XVIe siècle, ce qui l’a diffusée dans toute l’Europe lettrée.
Pourquoi un chat ?
Aucun texte n’explique le choix de l’animal. Deux pistes sont évoquées :
| Hypothèse | Ce qu’elle suppose | Fiabilité |
|---|---|---|
| Un mot simple et familier | Le chat est l’exemple même de la chose ordinaire qu’on nomme sans difficulté | plausible |
| Un double sens grivois | Chat avait aussi un sens érotique dans la langue populaire ; dire « chat » serait oser le mot cru | souvent avancée, non démontrée |
L’équivalent anglais et l’erreur d’Érasme
L’anglais dit to call a spade a spade, « appeler une bêche une bêche ». Cette forme est issue d’une erreur de traduction célèbre. Le mot grec skaphê (« bassin, barque ») a été compris par Érasme comme désignant un outil à creuser, rendu en latin par ligo (« hoyau »). Les traducteurs anglais du XVIe siècle en ont tiré spade, la bêche. La figue et la barque grecques sont ainsi devenues une bêche anglaise.
| Langue | Équivalent | Sens littéral |
|---|---|---|
| Anglais | to call a spade a spade | appeler une bêche une bêche |
| Espagnol | llamar al pan, pan y al vino, vino | appeler le pain pain et le vin vin |
| Italien | dire pane al pane e vino al vino | dire pain au pain et vin au vin |
| Allemand | das Kind beim Namen nennen | appeler l’enfant par son nom |
Exemples
Expressions voisines : ne pas y aller par quatre chemins, ne pas mâcher ses mots, parler sans détour. Le contraire : tourner autour du pot.
Questions fréquentes
Qui a dit « J’appelle un chat un chat » ?
Nicolas Boileau, dans sa première satire, publiée en 1666. Le vers complet ajoute « et Rolet un fripon ».
Faut-il écrire « appeler un chat, un chat » avec une virgule ?
Non. La forme correcte est appeler un chat un chat, sans virgule : le second chat est l’attribut du complément d’objet.
L’expression est-elle impolie ?
Non. Elle annonce une franchise assumée, mais reste d’un registre courant. Ce qui suit peut être brutal ; la formule elle-même ne l’est pas.
Voir aussi les autres expressions françaises et leur origine et les expressions avec le chat, comme donner sa langue au chat.