Histoire · XXe siècle
La guerre totale
Une guerre totale est un conflit dans lequel un État mobilise toutes ses ressources, humaines, économiques, scientifiques et morales, pour vaincre, et où les civils deviennent aussi des acteurs et des cibles.
Mis à jour le 4 min de lecture
La notion de guerre totale est au cœur des programmes d’histoire sur la Première Guerre mondiale (classe de 3e en France, première au lycée). Elle désigne une guerre qui ne concerne plus seulement les soldats sur le front : toute la société est mise au service de la victoire. L’économie produit pour l’armée, les femmes remplacent les hommes partis au front, la propagande encadre les esprits, et les populations civiles subissent bombardements, occupations, déportations ou massacres. Le terme est popularisé dans l’entre-deux-guerres, notamment par le général allemand Erich Ludendorff (Der totale Krieg, 1935).
Les quatre dimensions de la guerre totale
| Dimension | Ce qui est mobilisé | Exemples en 1914-1918 |
|---|---|---|
| Humaine | Tous les hommes en âge de combattre, les colonies | Environ 8 millions de Français mobilisés ; tirailleurs sénégalais, soldats indiens, australiens, canadiens |
| Économique | Industrie, agriculture, finances | Usines reconverties dans les obus, emprunts nationaux, rationnement |
| Scientifique | Chercheurs et ingénieurs | Gaz de combat (Ypres, 1915), chars, aviation, sous-marins |
| Morale | Opinion publique, école, presse | Propagande, censure, « bourrage de crâne », union sacrée |
La mobilisation des hommes
En 1914, les armées européennes reposent sur la conscription : en France, tous les hommes de 20 à 48 ans environ sont appelés. Au total, près de 70 millions d’hommes ont été mobilisés dans le monde pendant la guerre. Les empires coloniaux fournissent soldats et travailleurs : la France fait venir environ 600 000 soldats coloniaux et des dizaines de milliers de travailleurs d’Indochine, de Chine ou d’Afrique du Nord.
L’économie de guerre
La guerre devait être courte ; elle dure quatre ans. Dès 1915, les États prennent le contrôle de l’économie :
- reconversion des usines vers l’armement : en France, la production d’obus passe de quelques milliers à plus de 200 000 par jour ;
- main-d’œuvre féminine : les munitionnettes travaillent dans les usines d’armement, les paysannes tiennent les exploitations ;
- financement par l'emprunt, l’impôt sur le revenu (créé en France en 1914, appliqué à partir de 1916) et la création monétaire, ce qui provoque l'inflation ;
- recours aux États-Unis et au Royaume-Uni pour le crédit et les matières premières.
La mobilisation des esprits
Les gouvernements obtiennent l'union sacrée : en France, les partis renoncent à leurs divisions dès août 1914. La censure contrôle la presse et le courrier des soldats. La propagande présente l’ennemi comme barbare ; les soldats appellent « bourrage de crâne » les récits héroïques et mensongers de la presse. L’école participe : rédactions, dessins, collectes.
Les civils, victimes de la guerre
La guerre totale frappe les populations :
- occupation du nord de la France et de la Belgique, avec réquisitions et travail forcé ;
- bombardements de villes : Paris est touché par des avions, des zeppelins et, en 1918, par des canons à très longue portée ;
- blocus maritime de l’Allemagne par les Alliés, qui provoque pénuries et famine (« hiver des rutabagas », 1916-1917) ;
- violences de masse : en 1915, le génocide des Arméniens par l’Empire ottoman fait environ 1,2 à 1,5 million de morts.
La Seconde Guerre mondiale, une guerre encore plus totale
La logique est poussée plus loin entre 1939 et 1945 : bombardements massifs de villes (Londres, Dresde, Tokyo), extermination planifiée des Juifs d’Europe dans la Shoah, mobilisation scientifique jusqu’à la bombe atomique (projet Manhattan). En février 1943, Goebbels proclame la « guerre totale » dans un discours à Berlin. Les civils représentent environ la moitié des 60 millions de morts du conflit, contre une minorité en 1914-1918.
Erreurs fréquentes
- Confondre guerre totale et guerre mondiale : une guerre mondiale concerne de nombreux pays ; une guerre totale se définit par l’ampleur de la mobilisation. La guerre de 1914 devient totale progressivement, à partir de 1915.
- Croire que les civils sont épargnés en 1914-1918 : ils sont moins tués qu’en 1939-1945, mais occupation, blocus et génocide les frappent durement.
- Oublier les colonies : elles participent en hommes et en ressources.
Exercice corrigé
Question : montrez en trois arguments que la Première Guerre mondiale est une guerre totale.
- Mobilisation humaine : des millions d’hommes appelés, y compris dans les colonies.
- Mobilisation économique : usines reconverties, travail des femmes, emprunts.
- Mobilisation des esprits et civils touchés : propagande, censure, occupation, bombardements, génocide arménien.
Questions fréquentes
Qui a inventé l’expression « guerre totale » ?
L’idée apparaît pendant la Première Guerre mondiale, notamment en France (Léon Daudet parle de « guerre totale » en 1918). Le général Ludendorff la théorise dans un livre publié en 1935.
Pourquoi la Première Guerre mondiale devient-elle totale ?
Parce que l’échec de la guerre de mouvement en 1914 installe une guerre longue de position : pour tenir, chaque pays doit produire sans cesse armes et munitions et maintenir le moral de sa population.
Quelle est la différence avec une guerre d’anéantissement ?
La guerre d’anéantissement vise la destruction d’un peuple ou d’un ennemi idéologique, comme la guerre menée par l’Allemagne nazie à l’Est. Elle est une forme extrême de guerre totale.