Histoire · XXe siècle
La guerre froide
La guerre froide est l’affrontement indirect entre les États-Unis et l’URSS, de 1947 à 1991. Les deux superpuissances s’opposent sans guerre directe : armements, propagande et conflits périphériques.
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La guerre froide désigne la période de tensions entre les États-Unis et l'Union soviétique et leurs alliés respectifs, de 1947 (doctrine Truman) à 1991 (dissolution de l’URSS). Elle est « froide » parce que les deux superpuissances, dotées de l’arme nucléaire, ne s’affrontent jamais directement : la dissuasion rend une guerre ouverte suicidaire. Le conflit se joue sur d’autres terrains : alliances militaires, course aux armements et à l’espace, propagande, espionnage, aide économique et guerres par pays interposés (Corée, Vietnam, Afghanistan).
Les dates clés
| Date | Événement |
|---|---|
| Février 1945 | Conférence de Yalta |
| 5 mars 1946 | Discours de Churchill à Fulton sur le « rideau de fer » |
| 12 mars 1947 | Doctrine Truman d’endiguement du communisme |
| 5 juin 1947 | Annonce du plan Marshall |
| Septembre 1947 | Doctrine Jdanov, création du Kominform |
| Juin 1948 – mai 1949 | Blocus de Berlin et pont aérien |
| 4 avril 1949 | Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) |
| 1949 | Création de la RFA et de la RDA ; première bombe atomique soviétique ; victoire communiste en Chine |
| 1950-1953 | Guerre de Corée |
| 5 mars 1953 | Mort de Staline |
| 14 mai 1955 | Pacte de Varsovie |
| Octobre-novembre 1956 | Insurrection de Budapest écrasée |
| 4 octobre 1957 | Lancement de Spoutnik |
| 13 août 1961 | Construction du mur de Berlin |
| Octobre 1962 | Crise des missiles de Cuba |
| 1963 | Téléphone rouge entre Washington et Moscou |
| 1955-1975 | Guerre du Vietnam |
| Août 1968 | Écrasement du Printemps de Prague |
| 1972 | Accords SALT I |
| 1975 | Acte final d’Helsinki |
| Décembre 1979 | Invasion soviétique de l’Afghanistan |
| 1983 | Crise des euromissiles ; lancement de l’Initiative de défense stratégique |
| Mars 1985 | Gorbatchev au pouvoir en URSS |
| 1987 | Traité FNI sur les forces nucléaires intermédiaires |
| 9 novembre 1989 | Chute du mur de Berlin |
| 3 octobre 1990 | Réunification allemande |
| 26 décembre 1991 | Dissolution officielle de l’URSS |
Les origines de la guerre froide
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’alliance entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’URSS se défait rapidement. Plusieurs facteurs l’expliquent :
- Deux modèles incompatibles : démocratie libérale et économie de marché d’un côté, parti unique et économie planifiée de l’autre, chacun se voulant universel.
- La soviétisation de l’Europe de l’Est : entre 1945 et 1948, l’Armée rouge et les partis communistes installent des « démocraties populaires » en Pologne, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, puis Tchécoslovaquie (coup de Prague, février 1948).
- La question allemande : les Alliés ne s’entendent pas sur l’avenir de l’Allemagne, partagée en quatre zones d’occupation.
- Le monopole nucléaire américain jusqu’en 1949, perçu comme une menace par Moscou.
En 1947, le président Harry Truman annonce sa politique d'endiguement (containment) : aider les pays menacés par le communisme, d’abord la Grèce et la Turquie. Le plan Marshall apporte environ 13 milliards de dollars à l’Europe occidentale entre 1948 et 1952 ; l’URSS le refuse et l’interdit à ses satellites. La doctrine Jdanov répond en décrivant un monde divisé en deux camps, « impérialiste » et « anti-impérialiste ».
Deux blocs face à face
| Bloc de l’Ouest | Bloc de l’Est | |
|---|---|---|
| Puissance dominante | États-Unis | URSS |
| Idéologie | Démocratie libérale, capitalisme | Communisme, marxisme-léninisme |
| Alliance militaire | OTAN (1949) | Pacte de Varsovie (1955) |
| Organisation économique | Plan Marshall, OECE (1948) | CAEM ou Comecon (1949) |
| Symbole | Statue de la Liberté | Kremlin |
| Principaux dirigeants | Truman, Eisenhower, Kennedy, Nixon, Reagan | Staline, Khrouchtchev, Brejnev, Gorbatchev |
L’Europe est coupée en deux par le « rideau de fer », de la Baltique à l’Adriatique. Berlin, enclave occidentale en zone soviétique, devient le symbole de cette division.
Les grandes crises
Le blocus de Berlin (1948-1949)
En réponse à la réforme monétaire des Occidentaux dans leurs zones, Staline bloque en juin 1948 toutes les voies terrestres vers Berlin-Ouest. Les Américains et les Britanniques organisent un pont aérien de près d’un an pour ravitailler les 2 millions d’habitants. Staline lève le blocus en mai 1949. La crise aboutit à la création de deux États allemands : la RFA (mai 1949) et la RDA (octobre 1949).
La guerre de Corée (1950-1953)
Le 25 juin 1950, la Corée du Nord communiste envahit la Corée du Sud. Une force de l'ONU dirigée par les États-Unis intervient, puis la Chine envoie des centaines de milliers de « volontaires ». L’armistice de Panmunjom (27 juillet 1953) rétablit la frontière autour du 38e parallèle. La guerre a fait plus de deux millions de morts, majoritairement civils.
Le mur de Berlin (1961)
Pour arrêter la fuite de ses habitants vers l’Ouest (environ 2,7 millions de départs entre 1949 et 1961), la RDA construit dans la nuit du 13 août 1961 un mur qui encercle Berlin-Ouest. En 1963, le président Kennedy y prononce son discours « Ich bin ein Berliner ».
La crise des missiles de Cuba (octobre 1962)
Après la révolution castriste (1959) et l’échec du débarquement de la baie des Cochons (avril 1961), l’URSS installe secrètement des missiles nucléaires à Cuba. Un avion espion américain les photographie le 14 octobre 1962. Kennedy impose un blocus naval de l’île. Après treize jours de tension extrême, Khrouchtchev accepte le 28 octobre de retirer les missiles, en échange de l’engagement américain de ne pas envahir Cuba et, secrètement, du retrait des missiles américains de Turquie. Le monde n’a jamais été aussi près d’une guerre nucléaire.
La coexistence pacifique et la détente
Après la mort de Staline (1953), Khrouchtchev prône la coexistence pacifique, sans renoncer à la compétition. Après Cuba, les deux Grands cherchent à limiter les risques : installation du téléphone rouge (1963), traité d’interdiction partielle des essais nucléaires (1963), traité de non-prolifération (1968), accords SALT I de limitation des armements stratégiques (1972). L'Acte final d’Helsinki (1975) reconnaît les frontières européennes et contient des engagements sur les droits de l’homme. La détente n’empêche pas la répression soviétique en Europe de l’Est (Budapest en 1956, Prague en 1968) ni l’engagement américain au Vietnam (voir guerre du Vietnam).
La course aux armements et à l’espace
- Nucléaire : bombe A américaine (1945), soviétique (1949) ; bombe H américaine (1952), soviétique (1953). Le Royaume-Uni (1952), la France (1960) et la Chine (1964) se dotent aussi de l’arme atomique. Au milieu des années 1980, les arsenaux cumulés dépassent 60 000 ogives.
- Espace : l’URSS lance le premier satellite, Spoutnik (4 octobre 1957), puis envoie le premier homme dans l’espace, Youri Gagarine (12 avril 1961). Les États-Unis répondent avec le programme Apollo : Neil Armstrong marche sur la Lune le 21 juillet 1969 (heure de Paris).
Le monde, terrain d’affrontement
La guerre froide se mondialise avec la décolonisation. Les superpuissances soutiennent des camps opposés en Asie (Chine, Corée, Vietnam), au Moyen-Orient, en Afrique (Angola, Éthiopie) et en Amérique latine (Cuba, Chili, Nicaragua). D’autres pays refusent l’alignement : la conférence de Bandung (1955) puis le mouvement des non-alignés (Belgrade, 1961). En France, le général de Gaulle mène une politique d’indépendance : sortie du commandement intégré de l’OTAN en 1966 (la France le réintègre en 2009).
La « guerre fraîche » et la fin de la guerre froide
L’invasion soviétique de l'Afghanistan (décembre 1979) relance les tensions. Le président Ronald Reagan (1981-1989) dénonce l'« empire du mal », augmente les dépenses militaires et lance l’Initiative de défense stratégique (« guerre des étoiles »). La crise des euromissiles oppose les SS-20 soviétiques aux Pershing américains.
L’URSS est alors en crise : économie stagnante, coût de la course aux armements et de la guerre afghane. Arrivé au pouvoir en 1985, Mikhaïl Gorbatchev lance la perestroïka (restructuration) et la glasnost (transparence), signe le traité FNI (1987) et retire ses troupes d’Afghanistan (1989). Il renonce à intervenir en Europe de l’Est : en 1989, les régimes communistes tombent les uns après les autres. La chute du mur de Berlin (9 novembre 1989) en est le symbole. L’Allemagne est réunifiée le 3 octobre 1990, le pacte de Varsovie dissous en juillet 1991, et l'URSS cesse d’exister en décembre 1991 : Gorbatchev démissionne le 25 décembre.
Le bilan
- Victoire du modèle occidental et position dominante des États-Unis, seule superpuissance dans les années 1990.
- Éclatement de l’URSS en quinze États indépendants, dont la Russie.
- Élargissement de l’OTAN et de l’Union européenne aux anciens pays de l’Est (voir construction européenne).
- Héritages durables : Corée toujours divisée, Cuba communiste, arsenaux nucléaires, tensions entre la Russie et l’Occident.
Questions fréquentes
Pourquoi parle-t-on de guerre « froide » ?
Parce que les États-Unis et l’URSS ne se sont jamais affrontés directement par les armes. La menace nucléaire réciproque, l'« équilibre de la terreur », les a dissuadés d’entrer en guerre ouverte.
Quelles sont les dates de la guerre froide ?
On la fait généralement commencer en 1947, avec la doctrine Truman et le plan Marshall, et s’achever en 1991 avec la dissolution de l’URSS. Certains historiens retiennent 1989 et la chute du mur de Berlin comme fin symbolique.
Qui a gagné la guerre froide ?
Le bloc occidental, au sens où le modèle soviétique s’est effondré et où l’URSS a disparu. Il n’y a cependant eu ni capitulation ni traité de paix.
Quelle a été la crise la plus dangereuse ?
La crise des missiles de Cuba, en octobre 1962, considérée comme le moment où le monde a été le plus proche d’une guerre nucléaire.