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Histoire · XXe siècle

Le génocide des Tutsi au Rwanda

Le génocide des Tutsi est l’extermination organisée des Tutsi du Rwanda par le régime extrémiste hutu d’avril à juillet 1994. Environ 800 000 personnes sont tuées en une centaine de jours.

Mis à jour le 6 min de lecture

Entre le 7 avril et la mi-juillet 1994, au Rwanda, des soldats, des miliciens et une partie de la population, encadrés par l’État, massacrent les Tutsi, minorité de la population, ainsi que des Hutu modérés. Les estimations les plus courantes font état d’environ 800 000 morts ; le gouvernement rwandais avance le chiffre de plus d’un million. C’est le génocide le plus rapide de l’histoire. L’ONU l’a officiellement désigné comme le « génocide perpétré contre les Tutsi ». Il prend fin avec la victoire militaire du Front patriotique rwandais (FPR).

Repères chronologiques

DateÉvénement
1916-1962Domination belge (mandat puis tutelle après la domination allemande)
1933-1934Recensement belge et carte d’identité mentionnant l'« ethnie »
1959« Révolution sociale » hutu : massacres de Tutsi, début de l’exil de dizaines de milliers d’entre eux
1er juillet 1962Indépendance du Rwanda
1973Coup d’État de Juvénal Habyarimana
1er octobre 1990Offensive du FPR depuis l’Ouganda
1990-1993Massacres de Tutsi localisés ; création des milices Interahamwe
Juillet 1993Lancement de la Radio-Télévision libre des Mille Collines (RTLM)
4 août 1993Accords de paix d’Arusha
Octobre 1993Création de la MINUAR, mission de l’ONU
6 avril 1994L’avion du président Habyarimana est abattu à Kigali
7 avril 1994Début des massacres ; assassinat de la Première ministre Agathe Uwilingiyimana et de dix Casques bleus belges
21 avril 1994Le Conseil de sécurité réduit drastiquement les effectifs de la MINUAR
22 juin 1994Feu vert de l’ONU à l’opération française Turquoise
4 juillet 1994Le FPR prend Kigali
Mi-juillet 1994Fin du génocide ; exode de plus d’un million de Hutu vers le Zaïre
8 novembre 1994Création du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR)

Les origines

Hutu et Tutsi, une distinction durcie par la colonisation

Avant la colonisation, Hutu et Tutsi parlent la même langue, le kinyarwanda, partagent la même religion et vivent mêlés sur les mêmes collines. La distinction, réelle, est sociale autant qu’ethnique : les Tutsi, souvent éleveurs, dominent l’aristocratie et la monarchie, mais l’on peut changer de catégorie. Les colonisateurs allemands puis belges, influencés par les théories raciales de l’époque, présentent les Tutsi comme une race supérieure venue du nord et s’appuient sur eux pour gouverner. Le recensement de 1933-1934 inscrit l'« ethnie » sur la carte d’identité, figeant une identité héréditaire. En 1994, ces cartes serviront à repérer les victimes aux barrages.

De la révolution de 1959 à la guerre

À la fin des années 1950, la Belgique change d’alliés et soutient l’élite hutu. La « révolution sociale » de 1959 s’accompagne de massacres de Tutsi ; des centaines de milliers d’entre eux s’exilent dans les pays voisins dans les années suivantes. Le Rwanda indépendant (1962) est dirigé par des régimes hutu qui instituent des discriminations envers les Tutsi.

Le 1er octobre 1990, le Front patriotique rwandais, formé de réfugiés tutsi en Ouganda, lance une offensive armée. Le régime du président Juvénal Habyarimana, soutenu militairement par la France, y répond par la répression et des massacres localisés de Tutsi. Les extrémistes du Hutu Power organisent des milices, les Interahamwe (« ceux qui combattent ensemble »), distribuent des armes et des machettes et dressent des listes. La RTLM et le journal Kangura diffusent une propagande qui déshumanise les Tutsi, appelés inyenzi (« cafards »). Les accords d’Arusha (août 1993), qui prévoient un partage du pouvoir, sont rejetés par les extrémistes.

Le génocide

Le 6 avril 1994 au soir, l’avion qui ramène le président Habyarimana et le président burundais Cyprien Ntaryamira est abattu par des missiles au-dessus de Kigali. Les auteurs de l’attentat n’ont pas été établis judiciairement ; deux thèses s’opposent, l’une l’attribuant aux extrémistes hutu, l’autre au FPR.

Dans les heures qui suivent, la Garde présidentielle et les milices assassinent les opposants hutu modérés, dont la Première ministre Agathe Uwilingiyimana, et dix Casques bleus belges chargés de sa protection. Un gouvernement intérimaire extrémiste se forme. Les massacres de Tutsi se généralisent à partir de Kigali dans tout le pays :

  • barrages routiers où l’on contrôle les cartes d’identité ;
  • massacres de masse dans les églises, les écoles, les stades et les hôpitaux où les Tutsi se sont réfugiés (Nyarubuye, Ntarama, Nyamata, Murambi) ;
  • participation d’autorités locales, de militaires, de miliciens et de nombreux civils, voisins des victimes, souvent sous la contrainte ou l’incitation ;
  • violences sexuelles systématiques, estimées à plusieurs centaines de milliers de viols.

Des Hutu ont aussi caché et sauvé des Tutsi au péril de leur vie.

L’inaction internationale

La MINUAR, force de l’ONU commandée par le général canadien Roméo Dallaire, avait alerté New York en janvier 1994 sur la préparation de massacres ; elle n’a pas reçu l’autorisation d’agir. Après la mort des Casques bleus belges, la Belgique retire son contingent et le Conseil de sécurité réduit la force à quelque 270 hommes le 21 avril. Les grandes puissances évitent d’employer le mot « génocide », qui les aurait obligées à agir en vertu de la convention de 1948. Le secrétaire général Kofi Annan et le président américain Bill Clinton ont ensuite exprimé leurs regrets.

La fin du génocide et ses suites

L’avancée du FPR, dirigé par Paul Kagame, met fin au génocide : Kigali tombe le 4 juillet 1994 et le FPR contrôle l’essentiel du pays à la mi-juillet. Des crimes de représailles ont aussi été commis par des troupes du FPR. Plus d’un million de Hutu, encadrés par les responsables du génocide, fuient au Zaïre (actuelle République démocratique du Congo). La présence de ces groupes armés est à l’origine des guerres du Congo (1996-1997 et 1998-2003), qui ont fait des centaines de milliers de morts, et de leurs conséquences encore actuelles.

La justice

JuridictionBilan
TPIR (Arusha, 1994-2015)93 personnes mises en accusation, plus de 60 condamnées, dont l’ancien Premier ministre Jean Kambanda (premier chef de gouvernement condamné pour génocide, 1998)
Juridictions gacaca (2005-2012)Tribunaux communautaires inspirés de la tradition : près de 2 millions de dossiers jugés
Tribunaux nationaux étrangersProcès en Belgique, en France, en Suisse et ailleurs au titre de la compétence universelle

Le jugement du TPIR dans l’affaire Akayesu (1998) est le premier à reconnaître le viol comme un acte constitutif de génocide.

Mémoire

Le génocide est commémoré chaque année à partir du 7 avril par une période de deuil, Kwibuka (« se souvenir »). Le mémorial de Kigali et ceux de Murambi, Nyamata et Bisesero ont été inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco en 2023. Comme pour le génocide arménien et la Shoah, le négationnisme reste un enjeu, notamment à travers la thèse dite du « double génocide », rejetée par les historiens.

Questions fréquentes

Combien de personnes sont mortes pendant le génocide des Tutsi ?

Environ 800 000 selon l’ONU et la plupart des historiens ; plus d’un million selon le recensement des victimes du gouvernement rwandais. Les trois quarts environ des Tutsi du pays auraient été tués.

Pourquoi dit-on « génocide des Tutsi » ?

Parce que les victimes étaient visées en tant que Tutsi, dans l’intention de détruire ce groupe. L’ONU a adopté en 2018 l’expression « génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda », tout en rappelant que des Hutu et d’autres personnes opposées au génocide ont aussi été tués.

Qui a abattu l’avion du président Habyarimana ?

On ne le sait pas avec certitude. Les enquêtes, notamment françaises et rwandaises, ont abouti à des conclusions contradictoires. En France, l’instruction s’est terminée par un non-lieu, confirmé en 2022.

Combien de temps a duré le génocide ?

Environ cent jours, du 7 avril à la mi-juillet 1994.

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