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Histoire · XXe siècle

La montée des totalitarismes

Dans l’entre-deux-guerres, trois régimes totalitaires s’imposent en Europe : l’Italie fasciste de Mussolini (1922), l’URSS de Staline (fin des années 1920) et l’Allemagne nazie de Hitler (1933).

Mis à jour le 6 min de lecture

Entre les deux guerres mondiales, la démocratie libérale recule en Europe au profit de régimes autoritaires, dont trois sont qualifiés de totalitaires : l'Italie fasciste de Benito Mussolini, au pouvoir depuis 1922, l'Union soviétique de Joseph Staline, maître du pays à la fin des années 1920, et l'Allemagne nazie d’Adolf Hitler, chancelier en 1933. Nés des bouleversements de la Première Guerre mondiale et de la crise de 1929, ces régimes reposent sur un parti unique, un chef tout-puissant, une idéologie officielle, la terreur policière et l’embrigadement des masses. Ils conduisent à la Seconde Guerre mondiale et à des crimes de masse sans précédent.

Chronologie

DateÉvénement
Novembre 1917Prise du pouvoir par les bolcheviks en Russie
Mars 1919Fondation des Faisceaux italiens de combat
1920Fondation du NSDAP (parti nazi)
28-30 octobre 1922Marche sur Rome ; Mussolini président du Conseil
Novembre 1923Putsch manqué de Hitler à Munich
1925-1926Lois « fascistissimes » : dictature en Italie
1924-1929Staline écarte ses rivaux après la mort de Lénine
1929-1933Collectivisation forcée des terres en URSS
1932-1933Famine en Ukraine (Holodomor) et au Kazakhstan
30 janvier 1933Hitler chancelier
27-28 février 1933Incendie du Reichstag ; suspension des libertés
23 mars 1933Loi des pleins pouvoirs
30 juin 1934Nuit des Longs Couteaux
Août 1934Hitler Führer et chancelier après la mort de Hindenburg
15 septembre 1935Lois de Nuremberg
1936-1938Grande Terreur en URSS
9-10 novembre 1938Nuit de Cristal

Pourquoi les totalitarismes apparaissent-ils ?

  • Le traumatisme de la Grande Guerre : brutalisation des sociétés, habitude de la violence, anciens combattants déclassés.
  • Les frustrations des traités de paix : l’Allemagne rejette le traité de Versailles, l’Italie parle de « victoire mutilée ».
  • La peur du communisme après la révolution russe, qui pousse les classes moyennes et les possédants vers l’extrême droite.
  • Les crises économiques : inflation, hyperinflation allemande de 1923, puis chômage de masse après 1929.
  • La faiblesse des démocraties récentes, instables et discréditées, comme la république de Weimar.

L’Italie fasciste

Fondateur des Faisceaux de combat en 1919, ancien socialiste exclu pour avoir soutenu l’entrée en guerre, Benito Mussolini utilise les violences des « chemises noires » contre les socialistes et les syndicats. Après la marche sur Rome (octobre 1922), le roi Victor-Emmanuel III le nomme président du Conseil. L’assassinat du député socialiste Giacomo Matteotti (1924) ouvre la voie à la dictature : les lois de 1925-1926 suppriment les partis, les syndicats libres et la liberté de la presse. Le Duce (« guide ») impose le culte du chef, l’embrigadement de la jeunesse et l’État corporatiste. Les accords du Latran (1929) le réconcilient avec l’Église. L’Italie conquiert l’Éthiopie (1935-1936) et adopte des lois antisémites en 1938.

L’URSS stalinienne

Après la mort de Lénine (1924), Joseph Staline, secrétaire général du parti communiste, élimine progressivement ses rivaux, dont Trotski, exilé en 1929 puis assassiné au Mexique en 1940. Il lance :

  • la planification de l’économie (premier plan quinquennal, 1928), qui donne la priorité à l’industrie lourde ;
  • la collectivisation forcée des terres (kolkhozes, sovkhozes) et la « liquidation des koulaks », qui provoquent la famine de 1932-1933, faisant plusieurs millions de morts, notamment en Ukraine (Holodomor) et au Kazakhstan ;
  • la Grande Terreur (1936-1938) : procès de Moscou, purges du parti et de l’armée, environ 700 000 exécutions ;
  • le Goulag, système de camps de travail forcé où des millions de détenus sont envoyés.

Le culte de la personnalité fait de Staline le « petit père des peuples ».

L’Allemagne nazie

Ancien combattant autrichien, Adolf Hitler prend la tête du parti national-socialiste (NSDAP). Après l’échec du putsch de Munich (1923), il écrit en prison Mein Kampf, qui expose son programme : antisémitisme, racisme, conquête d’un « espace vital » à l’Est, destruction du traité de Versailles. Grâce à la crise de 1929, le parti nazi devient le premier parti au Reichstag en juillet 1932 (37,3 % des voix). Le président Hindenburg nomme Hitler chancelier le 30 janvier 1933.

En quelques mois, Hitler installe la dictature : après l’incendie du Reichstag, suspension des libertés ; loi des pleins pouvoirs (23 mars 1933) ; interdiction des partis et des syndicats ; premiers camps de concentration (Dachau, mars 1933). Pendant la nuit des Longs Couteaux (30 juin 1934), il fait assassiner les chefs des SA. À la mort de Hindenburg, il devient Führer du Reich. La Gestapo et les SS de Himmler encadrent la terreur.

L’antisémitisme est au cœur du régime : boycott des commerces juifs (1933), lois de Nuremberg (1935) privant les Juifs de la citoyenneté et interdisant les mariages mixtes, pogrom de la Nuit de Cristal (9-10 novembre 1938). Ces persécutions mènent à la Shoah.

Points communs et différences

Italie fascisteURSS stalinienneAllemagne nazie
ChefMussolini, le DuceStaline, le « Vojd »Hitler, le Führer
Parti uniqueParti national fascisteParti communisteNSDAP
IdéologieNationalisme, culte de l’ÉtatCommunisme, société sans classesRacisme, antisémitisme, espace vital
Arrivée au pouvoirNomination par le roi (1922)Révolution (1917), puis lutte interneNomination légale (1933)
ÉconomieCapitalisme encadré, corporatismeCollectivisation, planificationCapitalisme dirigé vers le réarmement
Ennemis désignésAntifascistes, socialistes« Ennemis du peuple », koulaksJuifs, Tsiganes, communistes, handicapés
Police politiqueOVRANKVDGestapo, SS
CampsRelégation (confino)GoulagCamps de concentration puis centres de mise à mort

Les trois régimes partagent le parti unique, le culte du chef, la propagande (presse, radio, cinéma, grands rassemblements), l'encadrement de la jeunesse (Balilla, Komsomol, Jeunesses hitlériennes) et la terreur. Leurs idéologies s’opposent cependant : le communisme se veut universaliste et révolutionnaire, le nazisme racial et nationaliste. Les historiens discutent l’application du concept de totalitarisme à l’Italie fasciste, où le roi, l’Église et l’armée gardent une certaine autonomie.

Vers la guerre

Les régimes totalitaires sont expansionnistes. Hitler et Mussolini se rapprochent (axe Rome-Berlin, 1936 ; pacte d’Acier, 1939), soutiennent Franco pendant la guerre d’Espagne, et multiplient les coups de force face à des démocraties qui pratiquent l’apaisement. Le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 rapproche momentanément Hitler et Staline et ouvre la voie à l’invasion de la Pologne.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre totalitarisme et dictature ?

Une dictature concentre le pouvoir entre les mains d’un homme ou d’un groupe. Un régime totalitaire va plus loin : il veut contrôler toute la société et transformer les individus selon une idéologie, en mobilisant les masses par la propagande et la terreur.

Comment Hitler est-il arrivé au pouvoir ?

Légalement : le président Hindenburg l’a nommé chancelier le 30 janvier 1933, son parti étant le premier au Reichstag. Il a ensuite détruit la démocratie en quelques mois.

Le régime de Franco était-il totalitaire ?

La plupart des historiens le classent parmi les dictatures autoritaires plutôt que parmi les régimes totalitaires : il s’appuyait sur l’Église, l’armée et les élites traditionnelles plutôt que sur la mobilisation des masses par un parti.

Combien de victimes ont fait les totalitarismes ?

Des dizaines de millions. Le nazisme est responsable de la Shoah (près de 6 millions de Juifs assassinés) et de la guerre en Europe ; le stalinisme de famines, d’exécutions et de déportations qui ont fait plusieurs millions de morts.

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