Histoire · Histoire de France
Le droit de vote des femmes en France
En France, les femmes obtiennent le droit de vote et d’éligibilité par l’ordonnance du 21 avril 1944, signée à Alger. Elles votent pour la première fois aux municipales du 29 avril 1945.
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Les Françaises obtiennent le droit de vote et le droit d’être élues par l'ordonnance du 21 avril 1944, prise à Alger par le Comité français de la libération nationale présidé par le général de Gaulle. Son article 17 dispose : « Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes. » Elles votent pour la première fois aux élections municipales du 29 avril 1945, puis aux législatives du 21 octobre 1945. La France est l’un des derniers grands pays d’Europe occidentale à accorder ce droit, près d’un siècle après l’instauration du suffrage universel masculin en 1848.
Chronologie
| Date | Étape |
|---|---|
| 1791 | Olympe de Gouges publie la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne |
| 1848 | Suffrage universel masculin ; les femmes en sont exclues |
| 1876 | Hubertine Auclert fonde la société « Le droit des femmes », futur « Le suffrage des femmes » |
| 1919 | La Chambre des députés vote le suffrage féminin ; le Sénat le rejette en 1922 |
| 1925-1936 | Plusieurs nouveaux votes favorables de la Chambre, tous bloqués par le Sénat |
| 1936 | Trois femmes nommées sous-secrétaires d’État dans le gouvernement Blum, alors qu’elles ne votent pas |
| 24 mars 1944 | L’Assemblée consultative provisoire d’Alger adopte l’amendement Grenier |
| 21 avril 1944 | Ordonnance accordant le droit de vote et d’éligibilité aux femmes |
| 29 avril 1945 | Premier vote des femmes, aux élections municipales |
| 21 octobre 1945 | Premières législatives avec les femmes : 33 députées élues |
| 1946 | Le préambule de la Constitution garantit l’égalité des droits entre les femmes et les hommes |
| 1999-2000 | Révision constitutionnelle et loi sur la parité |
Un long combat
Dès la Révolution française, des voix réclament l’égalité politique : Condorcet en 1790, Olympe de Gouges en 1791, qui écrit que la femme, ayant le droit de monter sur l’échafaud, doit avoir également celui de monter à la tribune. Mais les révolutionnaires réservent la citoyenneté active aux hommes, et le Code civil de 1804 place la femme mariée sous l’autorité de son mari.
Sous la Troisième République, le mouvement suffragiste s’organise. Hubertine Auclert refuse de payer ses impôts sans droit de vote et tente de s’inscrire sur les listes électorales. L'Union française pour le suffrage des femmes (1909), présidée notamment par Cécile Brunschvicg, compte des dizaines de milliers d’adhérentes. Dans les années 1930, Louise Weiss mène des actions spectaculaires : lâchers de ballons, chaînes devant le Sénat, candidatures symboliques.
Pourquoi un tel retard ?
La Chambre des députés vote à plusieurs reprises en faveur du vote des femmes, dès 1919 à une large majorité. C’est le Sénat qui bloque systématiquement, en refusant de mettre le texte à l’ordre du jour ou en le rejetant (1922). Les arguments avancés mêlent :
- la crainte, surtout chez les radicaux, que les femmes votent selon les consignes du clergé et menacent la République laïque ;
- l’idée que la place des femmes est au foyer ;
- l’argument selon lequel elles ne font pas le service militaire.
Pendant ce temps, de nombreux pays accordent le droit de vote aux femmes, souvent après la Première Guerre mondiale, qui a mis en lumière leur rôle dans l’économie.
1944 : la décision d’Alger
En 1944, à Alger, l'Assemblée consultative provisoire, organe représentatif de la France libre et de la Résistance, débat de l’organisation des pouvoirs publics à la Libération. Le député communiste Fernand Grenier fait adopter le 24 mars 1944, par 51 voix contre 16, un amendement accordant aux femmes le droit de vote et d’éligibilité. L'ordonnance du 21 avril 1944 le consacre. Le rôle des femmes dans la Résistance a pesé dans cette décision.
Les premiers votes
Les femmes votent pour la première fois aux municipales des 29 avril et 13 mai 1945. Aux élections à l’Assemblée constituante du 21 octobre 1945, 33 femmes sont élues députées, soit environ 5,6 % de l’Assemblée. Cette proportion stagne ensuite pendant des décennies, autour de 2 % à 6 % jusqu’à la fin des années 1980.
Vers la parité
La révision constitutionnelle du 8 juillet 1999 dispose que la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives ; la loi du 6 juin 2000 impose des listes paritaires pour plusieurs scrutins et des pénalités financières pour les partis qui ne présentent pas assez de candidates aux législatives.
Comparaisons internationales
| Pays | Année du droit de vote des femmes (élections nationales) |
|---|---|
| Nouvelle-Zélande | 1893 |
| Finlande | 1906 |
| Allemagne | 1918 |
| Royaume-Uni | 1918 (partiel), 1928 (égalité) |
| États-Unis | 1920 |
| Turquie | 1934 |
| Québec (élections provinciales) | 1940 |
| France | 1944 |
| Italie | 1945-1946 |
| Belgique | 1948 |
| Suisse (niveau fédéral) | 1971 |
Questions fréquentes
Quand les femmes ont-elles voté pour la première fois en France ?
Le 29 avril 1945, au premier tour des élections municipales. Leur droit avait été reconnu par l’ordonnance du 21 avril 1944.
Qui a donné le droit de vote aux femmes en France ?
Le Comité français de la libération nationale, présidé par le général de Gaulle, par l’ordonnance du 21 avril 1944, après l’adoption de l’amendement du communiste Fernand Grenier par l’Assemblée consultative provisoire d’Alger.
Pourquoi le Sénat a-t-il refusé le vote des femmes ?
Une majorité de sénateurs, notamment radicaux, craignait que les femmes, jugées plus influencées par l’Église catholique, ne votent contre la République laïque. D’autres invoquaient le rôle traditionnel des femmes au foyer.