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Histoire · Histoire de France

La Révolution française

La Révolution française est la période de 1789 à 1799 durant laquelle la France abolit la monarchie absolue et les privilèges, proclame les droits de l’homme et fonde la Ire République.

Mis à jour le 9 min de lecture

La Révolution française commence avec la réunion des États généraux le 5 mai 1789 et s’achève, selon la convention la plus répandue, avec le coup d’État du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), qui porte Napoléon Bonaparte au pouvoir. En dix ans, la France passe de la monarchie absolue de droit divin à la monarchie constitutionnelle, puis à la République. La société d’ordres (clergé, noblesse, tiers état) est abolie, l’égalité devant la loi proclamée, et l’Église perd ses biens et son statut. La période est aussi marquée par la guerre contre l’Europe des rois, la guerre civile et la Terreur.

Les dates clés en bref

DateÉvénement
5 mai 1789Ouverture des États généraux à Versailles
17 juin 1789Le tiers état se proclame Assemblée nationale
20 juin 1789Serment du Jeu de paume
14 juillet 1789Prise de la Bastille
4 août 1789Abolition des privilèges
26 août 1789Déclaration des droits de l’homme et du citoyen
5-6 octobre 1789Le peuple ramène le roi de Versailles à Paris
12 juillet 1790Constitution civile du clergé
14 juillet 1790Fête de la Fédération
20-21 juin 1791Fuite du roi, arrêté à Varennes
3 septembre 1791Première Constitution écrite (monarchie constitutionnelle)
20 avril 1792Déclaration de guerre au roi de Bohême et de Hongrie
10 août 1792Prise des Tuileries, chute de la monarchie
20-21 septembre 1792Victoire de Valmy ; abolition de la royauté
21 janvier 1793Exécution de Louis XVI
Mars 1793Début de la guerre de Vendée
2 juin 1793Chute des Girondins
Septembre 1793 – juillet 1794La Terreur
27 juillet 1794 (9 thermidor an II)Chute de Robespierre
26 octobre 1795Début du Directoire
9 novembre 1799 (18 brumaire an VIII)Coup d’État de Bonaparte, fin de la Révolution

Les causes de la Révolution française

Aucune cause unique n’explique 1789 : c’est la conjonction de difficultés profondes et d’une crise immédiate qui rend la révolution possible.

Une crise financière

La monarchie est au bord de la faillite. Les guerres du XVIIIe siècle, et surtout le soutien à la guerre d’indépendance américaine (1778-1783), ont creusé une dette énorme : à la fin des années 1780, le remboursement des intérêts absorbe environ la moitié des dépenses de l’État. Les ministres successifs (Turgot, Necker, Calonne, Loménie de Brienne) proposent de faire payer l’impôt aux privilégiés, mais se heurtent aux parlements et à la noblesse. L'assemblée des notables de 1787 refuse la réforme ; le roi se résout en août 1788 à convoquer les États généraux, qui ne s’étaient pas réunis depuis 1614.

Une société d’ordres contestée

La société est divisée en trois ordres. Le clergé et la noblesse, moins de 2 % de la population, jouissent de privilèges fiscaux, honorifiques et judiciaires. Le tiers état — paysans, artisans, bourgeoisie — supporte l’essentiel des impôts (taille, gabelle, dîme, droits seigneuriaux). La bourgeoisie, enrichie par le commerce et les offices, supporte mal d’être écartée des plus hautes fonctions.

La diffusion des idées des Lumières

Les philosophes du siècle des Lumières ont critiqué l’absolutisme, l’intolérance et l’arbitraire : Montesquieu défend la séparation des pouvoirs, Rousseau la souveraineté du peuple, Voltaire la tolérance. L’exemple américain (Déclaration d’indépendance de 1776, Constitution de 1787) montre qu’un peuple peut se donner ses propres lois.

Une crise économique et frumentaire

La mauvaise récolte de 1788, aggravée par un orage de grêle en juillet et un hiver très rigoureux, fait flamber le prix du pain au printemps 1789, au moment même où se réunissent les États généraux. La misère urbaine et rurale alimente émeutes et peur.

Les grandes étapes de la Révolution

1789 : la fin de l’absolutisme

Les députés élus en mars-avril 1789 apportent les cahiers de doléances, qui expriment les attentes du pays. À Versailles, la question du vote (par ordre ou par tête) bloque les débats. Le 17 juin, les députés du tiers, rejoints par une partie du clergé, se proclament Assemblée nationale ; le 20 juin, au Jeu de paume, ils jurent de ne pas se séparer avant d’avoir donné une constitution au royaume. Le 9 juillet, l’Assemblée se déclare constituante.

Le renvoi de Necker et la concentration de troupes autour de Paris provoquent l’insurrection : le 14 juillet 1789, les Parisiens prennent la Bastille, forteresse royale et symbole de l’arbitraire. Dans les campagnes, la Grande Peur (fin juillet - début août) pousse les paysans à attaquer les châteaux et à brûler les titres seigneuriaux. Dans la nuit du 4 août, l’Assemblée abolit les privilèges et le régime féodal ; le 26 août, elle adopte la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Les 5 et 6 octobre, une foule venue de Paris ramène la famille royale aux Tuileries.

1789-1791 : la monarchie constitutionnelle

L’Assemblée constituante réorganise entièrement le pays :

  • création des départements (1790) en remplacement des provinces ;
  • nationalisation des biens du clergé (2 novembre 1789), vendus comme biens nationaux et gagés par les assignats ;
  • Constitution civile du clergé (juillet 1790), qui divise le clergé entre jureurs et réfractaires ;
  • suppression des corporations (décret d’Allarde, loi Le Chapelier, 1791) ;
  • unification des poids et mesures, qui aboutira au système métrique.

La fuite à Varennes (20-21 juin 1791) ruine la confiance dans Louis XVI. La Constitution du 3 septembre 1791 instaure une monarchie constitutionnelle avec un suffrage censitaire. L'Assemblée législative lui succède le 1er octobre 1791.

1792 : la guerre et la chute de la monarchie

La France déclare la guerre à l’Autriche le 20 avril 1792. Les premières défaites, le manifeste de Brunswick qui menace Paris et le veto du roi radicalisent la capitale. Le 10 août 1792, les sections parisiennes et les fédérés prennent les Tuileries : le roi est suspendu et emprisonné. Début septembre, les massacres de Septembre font plus d’un millier de victimes dans les prisons. Le 20 septembre, la victoire de Valmy arrête l’invasion ; le lendemain, la Convention, élue au suffrage universel masculin, abolit la royauté. Le 22 septembre 1792 devient le premier jour de l’an I de la République.

1793-1794 : la Convention et la Terreur

Jugé par la Convention, Louis XVI est guillotiné le 21 janvier 1793. La République affronte une coalition européenne, le soulèvement de la Vendée (mars 1793) et les révoltes fédéralistes. Les Montagnards, appuyés par les sans-culottes, éliminent les Girondins le 2 juin 1793. Le Comité de salut public, où domine Robespierre, gouverne par des mesures d’exception : loi des suspects, maximum des prix, levée en masse. C’est la Terreur, qui fait environ 17 000 exécutions après jugement et bien davantage de morts au total. La Convention abolit aussi l’esclavage dans les colonies (4 février 1794). Le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), Robespierre est renversé et exécuté le lendemain.

1795-1799 : le Directoire

La Convention thermidorienne adopte la Constitution de l’an III, qui confie l’exécutif à cinq directeurs et le législatif à deux conseils (Cinq-Cents et Anciens), avec un suffrage censitaire. Le régime, menacé à droite par les royalistes et à gauche par les jacobins, ne survit que par des coups de force (18 fructidor an V, 1797). Les guerres se poursuivent ; les victoires du général Bonaparte en Italie (1796-1797) lui donnent une immense popularité. Le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), Bonaparte, avec Sieyès, renverse le Directoire et instaure le Consulat : c’est la fin de la Révolution et le début du parcours de Napoléon Bonaparte.

Les principaux acteurs

ActeurRôle
Louis XVIRoi de 1774 à 1792, exécuté le 21 janvier 1793
Marie-AntoinetteReine, exécutée le 16 octobre 1793
SieyèsAuteur de Qu’est-ce que le tiers état ? (1789), artisan du 18 brumaire
MirabeauOrateur de la Constituante, mort en 1791
La FayetteCommandant de la garde nationale, partisan de la monarchie constitutionnelle
DantonMinistre de la Justice en 1792, guillotiné en avril 1794
RobespierreFigure dominante du Comité de salut public, exécuté le 28 juillet 1794
MaratJournaliste (L’Ami du peuple), assassiné par Charlotte Corday le 13 juillet 1793
BrissotChef de file des Girondins, guillotiné en octobre 1793
BonaparteGénéral, auteur du coup d’État du 18 brumaire

Les courants politiques

  • Monarchiens et Feuillants : partisans d’une monarchie constitutionnelle avec un roi fort.
  • Girondins : républicains modérés, issus souvent de la bourgeoisie de province, favorables à la guerre et hostiles à la domination de Paris.
  • Montagnards : républicains radicaux, siégeant en haut des gradins de la Convention, alliés aux sans-culottes.
  • Sans-culottes : militants populaires parisiens, partisans de la démocratie directe et de la taxation des denrées.
  • Contre-révolutionnaires : émigrés, royalistes, insurgés de l’Ouest (Vendée, chouannerie).

Les conséquences de la Révolution française

En France

  • Fin de l’Ancien Régime : abolition de la monarchie absolue, des ordres, des privilèges et des droits féodaux.
  • Égalité civile : mêmes lois et mêmes impôts pour tous ; accès de tous aux emplois publics.
  • Souveraineté nationale et principe de l’élection ; premier suffrage universel masculin en 1792.
  • Laïcisation de l’état civil (1792) et instauration du divorce.
  • Nouvelle organisation du territoire : départements, communes, système métrique.
  • Transfert de propriété par la vente des biens nationaux, au profit de la bourgeoisie et d’une partie de la paysannerie.
  • Fracture politique durable entre la France révolutionnaire et la France contre-révolutionnaire, qui structure la vie politique du XIXe siècle.

Le Consulat et l’Empire consolideront une partie de ces acquis, notamment avec le Code civil de 1804 (voir Premier Empire).

En Europe et dans le monde

Les guerres révolutionnaires diffusent les principes de 1789 dans les pays conquis (abolition de la féodalité, égalité civile) et suscitent par réaction le sentiment national. Le vocabulaire politique moderne en est issu : droite et gauche (selon la place des députés dans l’Assemblée), nation, citoyen, révolution. La Révolution française reste la référence de nombreux mouvements libéraux et démocratiques du XIXe siècle, de la révolution de 1848 aux mouvements d’unification nationale.

Les symboles hérités

Le drapeau tricolore (bleu et rouge de Paris, blanc royal) apparaît en 1789-1790 ; La Marseillaise, composée par Rouget de Lisle à Strasbourg en avril 1792, devient hymne national en 1795. La devise « Liberté, Égalité, Fraternité » circule pendant la Révolution, mais n’est officiellement adoptée qu’en 1848, puis définitivement sous la IIIe République. Le 14 juillet devient fête nationale en 1880, en référence à la fois à la prise de la Bastille et à la fête de la Fédération.

Le calendrier républicain

Adopté en octobre 1793 et appliqué rétroactivement à partir du 22 septembre 1792, le calendrier républicain divise l’année en douze mois de trente jours (vendémiaire, brumaire, frimaire, nivôse, pluviôse, ventôse, germinal, floréal, prairial, messidor, thermidor, fructidor), complétés par cinq ou six jours complémentaires. Il est abandonné le 1er janvier 1806, sous l’Empire. C’est pourquoi de nombreux événements portent un nom de mois révolutionnaire : 9 thermidor, 18 brumaire, 13 vendémiaire.

Questions fréquentes

Quand commence et finit la Révolution française ?

On la fait commencer en 1789, avec la réunion des États généraux (5 mai) ou la prise de la Bastille (14 juillet), et finir le 9 novembre 1799 avec le coup d’État de Bonaparte. Certains historiens la prolongent jusqu’en 1815.

Pourquoi le 14 juillet est-il la fête nationale ?

La loi du 6 juillet 1880 en fait la fête nationale. Le texte ne précise pas l’année : il célèbre à la fois la prise de la Bastille (1789), symbole de la fin de l’arbitraire, et la fête de la Fédération (1790), symbole de l’unité nationale.

Combien de morts a fait la Révolution française ?

Il n’existe pas de chiffre exact. On compte environ 17 000 condamnations à mort prononcées par les tribunaux sous la Terreur, mais le nombre total de victimes de la période 1793-1794 (exécutions sommaires, prisons) est bien plus élevé. La guerre de Vendée a fait à elle seule, selon les estimations les plus admises, environ 170 000 morts dans le camp vendéen.

Qui était roi au moment de la Révolution ?

Louis XVI, roi depuis 1774. Il devient « roi des Français » en 1791, est déchu le 10 août 1792 et guillotiné le 21 janvier 1793. La liste complète figure dans la fiche rois de France.

Quelle est la différence entre la Révolution et la Terreur ?

La Terreur n’est qu’une phase de la Révolution, de septembre 1793 à juillet 1794, pendant laquelle le gouvernement révolutionnaire recourt à des mesures d’exception et à une répression massive pour faire face à la guerre extérieure et intérieure.

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