Histoire · Histoire de France
Le Directoire
Le Directoire est le régime qui gouverne la France de 1795 à 1799. Fondé sur la Constitution de l’an III et un suffrage censitaire, il est instable et prend fin avec le coup d’État de Bonaparte, le 18 Brumaire.
Mis à jour le 4 min de lecture
Le Directoire est le régime politique de la France du 26 octobre 1795 (4 brumaire an IV) au 9 novembre 1799 (18 brumaire an VIII). Il tire son nom des cinq directeurs qui exercent le pouvoir exécutif. Mis en place par la Constitution de l’an III, il veut terminer la Révolution en évitant à la fois le retour de la monarchie et celui de la Terreur. Mais il est fragile : il fait face à la guerre, à une grave crise financière et à des oppositions royalistes et jacobines, qu’il combat par une série de coups d’État. Il est renversé par le général Bonaparte, qui instaure le Consulat.
Les institutions : la Constitution de l’an III
Adoptée par la Convention thermidorienne en août 1795, la Constitution de l’an III organise une stricte séparation des pouvoirs.
| Pouvoir | Institution | Composition |
|---|---|---|
| Exécutif | Directoire | 5 directeurs élus par les Anciens sur une liste des Cinq-Cents ; un directeur renouvelé chaque année |
| Législatif | Conseil des Cinq-Cents | 500 députés d’au moins 30 ans, qui proposent les lois |
| Législatif | Conseil des Anciens | 250 députés d’au moins 40 ans, qui approuvent ou rejettent les lois |
| Électorat | Suffrage censitaire | Les citoyens payant une contribution directe élisent des électeurs, qui doivent être plus riches ; ceux-ci élisent les députés |
Les Conseils sont renouvelés par tiers chaque année. Aucun pouvoir ne peut dissoudre l’autre : en cas de conflit, il n’existe pas de solution légale, ce qui explique les coups d’État.
Une société nouvelle
Après les privations de la Terreur, une partie de la bourgeoisie enrichie affiche son luxe. Les « Incroyables » et les « Merveilleuses », jeunes gens aux tenues extravagantes, deviennent le symbole de cette époque. Les nouveaux riches (fournisseurs aux armées, spéculateurs sur les biens nationaux) côtoient une population populaire qui souffre de la misère et de l’hiver très rude de 1795.
Les difficultés du régime
La crise financière
Les assignats, papier-monnaie émis depuis 1789, ne valent presque plus rien. Ils sont abandonnés en 1796 et remplacés par les mandats territoriaux, qui s’effondrent à leur tour. En 1797, la « banqueroute des deux tiers » annule les deux tiers de la dette publique. L’État vit en partie des contributions imposées aux pays conquis.
Des oppositions de tous côtés
| Opposition | Événement |
|---|---|
| Gauche radicale | Conjuration des Égaux de Gracchus Babeuf (1796), qui veut établir l’égalité réelle et la propriété commune ; Babeuf est exécuté en 1797 |
| Royalistes | Victoire royaliste aux élections de 1797 ; coup d’État du 18 fructidor an V (4 septembre 1797) : élections annulées, déportations en Guyane |
| Jacobins | Victoire jacobine aux élections de 1798 ; coup d’État du 22 floréal an VI (11 mai 1798) : élus invalidés |
| Conseils contre Directoire | Coup d’État du 30 prairial an VII (18 juin 1799) : les Conseils imposent de nouveaux directeurs |
Le régime ne survit qu’en violant sa propre Constitution, avec l’aide de l’armée, qui prend une importance croissante.
La guerre et l’ascension de Bonaparte
La France est en guerre contre l’Autriche et l’Angleterre. Le Directoire confie l'armée d’Italie à Napoléon Bonaparte en 1796. Ses victoires (Lodi, Arcole, Rivoli) contraignent l’Autriche à signer le traité de Campo-Formio (octobre 1797). Des « républiques sœurs » sont créées en Italie, en Suisse et aux Pays-Bas. En 1798, Bonaparte mène l'expédition d’Égypte pour frapper l’Angleterre ; sa flotte est détruite à Aboukir par Nelson. En 1799, une seconde coalition reprend le dessus en Italie, ce qui affaiblit encore le Directoire.
La fin : le coup d’État du 18 Brumaire
L’abbé Sieyès, devenu directeur, veut réviser la Constitution pour renforcer l’exécutif et cherche un général pour l’aider. Bonaparte, revenu d’Égypte en octobre 1799, accepte.
- 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) : sous prétexte d’un complot jacobin, les Conseils sont transférés à Saint-Cloud ; les directeurs démissionnent ou sont neutralisés.
- 19 brumaire (10 novembre) : Bonaparte, mal accueilli aux Cinq-Cents, est bousculé ; son frère Lucien, président des Cinq-Cents, fait intervenir les grenadiers, qui dispersent les députés. Le soir, une minorité de députés confie le pouvoir à trois consuls provisoires : Bonaparte, Sieyès et Roger Ducos.
Bilan
Le Directoire est souvent présenté comme un régime corrompu et faible. Les historiens soulignent aussi ses réalisations : création des écoles centrales, du système métrique (adopté en 1795, étalon du mètre en 1799), début de la réorganisation fiscale, et maintien de la République pendant quatre ans malgré les crises.
Exercice corrigé
Pourquoi le Directoire est-il un régime instable ?
- Parce que la Constitution ne prévoit aucun moyen de régler les conflits entre les directeurs et les Conseils, et que le régime est contesté à la fois par les royalistes et par les jacobins. Pour se maintenir, il viole plusieurs fois les résultats des élections par des coups d’État, en s’appuyant sur l’armée.
Questions fréquentes
Combien de directeurs dirigeaient le Directoire ?
Cinq. Parmi les plus connus figurent Barras, Carnot, Reubell et, à la fin, Sieyès.
Le Directoire était-il une république ?
Oui. C’est la dernière phase de la Ire République, après la Convention, mais une république bourgeoise fondée sur le suffrage censitaire.
Que se passe-t-il le 18 Brumaire ?
Le 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), Bonaparte et Sieyès organisent un coup d’État qui renverse le Directoire. Il aboutit le lendemain à l’installation du Consulat.