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Histoire · Histoire de France

Jean Moulin

Jean Moulin (1899-1943) est un préfet devenu en 1942 le représentant de De Gaulle en France occupée. Il unifie la Résistance et fonde le CNR, avant d’être arrêté et de mourir en 1943.

Mis à jour le 4 min de lecture

Jean Moulin (1899-1943) est la figure emblématique de la Résistance française. Haut fonctionnaire de la République, plus jeune préfet de France en 1937, il refuse dès juin 1940 de se plier aux exigences de l’occupant. Rallié au général de Gaulle à Londres, il est parachuté en France le 1er janvier 1942 avec pour mission d’unir les mouvements de résistance. Il fonde le Conseil national de la Résistance (CNR), réuni pour la première fois le 27 mai 1943. Arrêté à Caluire, près de Lyon, le 21 juin 1943, torturé, il meurt début juillet 1943. Ses cendres présumées sont transférées au Panthéon le 19 décembre 1964.

Repères

DateÉvénement
20 juin 1899Naissance à Béziers
1925Sous-préfet d’Albertville, le plus jeune de France
1936-1937Chef de cabinet de Pierre Cot, ministre de l’Air du Front populaire
1937Préfet de l’Aveyron, le plus jeune préfet de France
1939Préfet d’Eure-et-Loir, à Chartres
17 juin 1940Refuse de signer un document accusant faussement des tirailleurs sénégalais ; tente de se suicider
Novembre 1940Révoqué par le régime de Vichy
Octobre 1941Rejoint Londres et rencontre le général de Gaulle
Nuit du 1er au 2 janvier 1942Parachuté dans les Alpilles, en Provence
Janvier 1943Création des Mouvements unis de la Résistance (MUR)
27 mai 1943Première réunion du CNR, rue du Four à Paris
21 juin 1943Arrestation à Caluire
Début juillet 1943Mort lors de son transfert vers l’Allemagne
19 décembre 1964Transfert de ses cendres au Panthéon

Un préfet de la République

Fils d’un professeur d’histoire républicain et radical-socialiste, Jean Moulin fait une carrière rapide dans le corps préfectoral. Dessinateur talentueux, il publie aussi des caricatures sous le pseudonyme de Romanin. Au cabinet de Pierre Cot, pendant le Front populaire, il participe à l’aide clandestine apportée en avions à la République espagnole.

Le refus du 17 juin 1940

Préfet d’Eure-et-Loir lors de l’invasion, il reste à son poste à Chartres. Le 17 juin 1940, les officiers allemands exigent qu’il signe un protocole attribuant à des tirailleurs sénégalais de l’armée française des massacres de civils, en réalité victimes de bombardements. Il refuse, est frappé et enfermé. Craignant de céder, il tente de se trancher la gorge avec un débris de verre ; il en garde une cicatrice qu’il dissimulera sous une écharpe. Révoqué par Vichy en novembre 1940, il entre en contact avec les premiers résistants puis gagne Londres par l’Espagne et le Portugal.

La mission d’unification

À Londres, en octobre 1941, il présente au général de Gaulle un rapport sur la Résistance en zone sud. De Gaulle le nomme son représentant et délégué du Comité national français pour la zone non occupée. Parachuté en France dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942, sous les pseudonymes de Rex puis de Max, il dispose de fonds, de liaisons radio et d’une autorité politique. Une galerie d’art qu’il ouvre à Nice lui sert de couverture.

Il obtient la coordination des trois grands mouvements de zone sud — Combat (Henri Frenay), Libération-Sud (Emmanuel d’Astier de La Vigerie) et Franc-Tireur (Jean-Pierre Lévy) —, qui fusionnent en janvier 1943 dans les Mouvements unis de la Résistance. Leurs forces paramilitaires forment l'Armée secrète, confiée au général Delestraint.

Le Conseil national de la Résistance

Après un nouveau séjour à Londres (février-mars 1943), Jean Moulin réalise une unification plus large : le CNR rassemble huit mouvements de résistance des deux zones, deux syndicats (CGT et CFTC) et six partis politiques de la IIIe République. Sa première réunion se tient clandestinement à Paris, 48 rue du Four, le 27 mai 1943, sous sa présidence. Le CNR reconnaît de Gaulle comme chef de la Résistance, ce qui renforce sa légitimité face aux Alliés. Il adoptera en mars 1944 un programme de réformes économiques et sociales, appliqué en partie à la Libération (Sécurité sociale, nationalisations).

Caluire et la mort

Le 21 juin 1943, Jean Moulin réunit des chefs de la Résistance dans la maison du docteur Dugoujon, à Caluire-et-Cuire, près de Lyon. La Gestapo de Klaus Barbie fait irruption et arrête les participants. Torturé à Lyon puis à Paris, Jean Moulin ne livre aucun renseignement. Il meurt début juillet 1943, vraisemblablement dans le train qui l’emmène en Allemagne, près de Metz ; la date officielle retenue est le 8 juillet 1943.

Les circonstances de l’arrestation ont donné lieu à des décennies de controverses. Le résistant René Hardy, présent à Caluire et seul à s’échapper, a été soupçonné de trahison ; il a été acquitté à deux reprises (1947 et 1950). Klaus Barbie, extradé de Bolivie, a été condamné en 1987 pour crimes contre l’humanité, mais pas pour l’arrestation de Moulin.

Le Panthéon

Le 19 décembre 1964, les cendres présumées de Jean Moulin sont transférées au Panthéon. Le discours d'André Malraux, alors ministre de la Culture, est resté célèbre, notamment son exhortation finale : « Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. » De nombreux établissements scolaires et rues portent son nom.

Questions fréquentes

Qui a trahi Jean Moulin ?

La question n’a jamais été tranchée de façon certaine. René Hardy a été soupçonné, jugé et acquitté deux fois. Les historiens évoquent aussi des imprudences et les rivalités entre mouvements qui ont facilité le travail de la Gestapo.

Quel était le rôle de Jean Moulin dans la Résistance ?

Représentant du général de Gaulle en France, il a unifié les mouvements de résistance de zone sud, puis créé le Conseil national de la Résistance, qui rassemblait mouvements, syndicats et partis sous l’autorité de la France libre.

Pourquoi Jean Moulin portait-il une écharpe ?

Pour cacher la cicatrice de sa tentative de suicide du 17 juin 1940, lorsqu’il s’est tranché la gorge pour ne pas céder aux Allemands qui voulaient lui faire signer un faux document. La célèbre photographie au chapeau et à l’écharpe a été prise à Montpellier.

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