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Histoire · Histoire de France

La IIIe République

La IIIe République est le régime de la France du 4 septembre 1870 au 10 juillet 1940. Elle enracine la démocratie parlementaire, l’école laïque et les libertés publiques, et disparaît après la défaite de 1940.

Mis à jour le 5 min de lecture

La IIIe République est proclamée le 4 septembre 1870 à l’Hôtel de Ville de Paris, deux jours après la capitulation de Napoléon III à Sedan. Elle prend fin le 10 juillet 1940, quand le Parlement réuni à Vichy vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Avec près de 70 ans d’existence, c’est le régime le plus long que la France ait connu depuis 1789. Née dans la défaite et la guerre civile, longtemps contestée par les monarchistes, elle installe durablement la république parlementaire et la culture républicaine : suffrage universel masculin, école gratuite, laïque et obligatoire, libertés publiques, laïcité.

Chronologie

DateÉvénement
4 septembre 1870Proclamation de la République
Mars – mai 1871Commune de Paris
10 mai 1871Traité de Francfort : perte de l’Alsace-Moselle
24 mai 1873Mac Mahon président ; « ordre moral »
30 janvier 1875Amendement Wallon
Février – juillet 1875Lois constitutionnelles
16 mai 1877Crise entre Mac Mahon et la Chambre républicaine
1879Démission de Mac Mahon ; La Marseillaise hymne national
1880Le 14 juillet devient fête nationale
1881-1882Lois Ferry sur l’école ; liberté de la presse et de réunion (1881)
1884Loi Waldeck-Rousseau sur les syndicats ; rétablissement du divorce
1887-1889Crise boulangiste
1892-1893Scandale de Panama
1894-1906Affaire Dreyfus
1901Loi sur les associations
9 décembre 1905Loi de séparation des Églises et de l’État
1914-1918Première Guerre mondiale
6 février 1934Émeutes antiparlementaires
1936-1938Front populaire
10 juillet 1940Vote des pleins pouvoirs à Pétain

Une naissance difficile (1870-1879)

Le gouvernement de la Défense nationale poursuit la guerre contre la Prusse jusqu’à l’armistice du 28 janvier 1871. L’Assemblée élue en février 1871 est majoritairement monarchiste ; elle nomme Adolphe Thiers chef du pouvoir exécutif. Thiers écrase la Commune de Paris (mai 1871) et fait libérer le territoire en payant l’indemnité de guerre de 5 milliards de francs-or. Rallié à une « République conservatrice », il est renversé en 1873 par les monarchistes, qui portent au pouvoir le maréchal Mac Mahon et mènent une politique d'« ordre moral ».

La restauration monarchique échoue, notamment parce que le prétendant, le comte de Chambord, refuse le drapeau tricolore. Faute d’accord, l’Assemblée vote en 1875 les lois constitutionnelles ; l'amendement Wallon, adopté à une voix de majorité (353 contre 352), fixe le mode d’élection du « président de la République ». Lors de la crise du 16 mai 1877, Mac Mahon renvoie le président du Conseil républicain Jules Simon et dissout la Chambre, mais les républicains, menés par Gambetta, gagnent les élections. Mac Mahon démissionne en 1879 : la République appartient désormais aux républicains.

Les institutions

InstitutionRôle
Chambre des députésÉlue au suffrage universel masculin pour quatre ans
SénatÉlu au suffrage indirect, surreprésente les campagnes
Président de la RépubliqueÉlu pour sept ans par les deux chambres réunies ; après 1877, n’utilise plus son droit de dissolution
Président du ConseilChef réel du gouvernement, responsable devant les chambres

C’est un régime parlementaire où les gouvernements, appuyés sur des coalitions changeantes, sont souvent renversés : une centaine de gouvernements se succèdent en 70 ans. La liste des chefs de l’État figure dans la fiche présidents de la République.

L’œuvre des républicains

Les grandes lois de liberté

  • 1881 : liberté de réunion (30 juin) et de la presse (29 juillet), toujours en vigueur.
  • 1884 : liberté syndicale (loi Waldeck-Rousseau), élection des maires par les conseils municipaux, rétablissement du divorce (loi Naquet).
  • 1901 : liberté d'association (1er juillet).
  • 1905 : séparation des Églises et de l’État (voir loi de 1905).

L’école de la République

Les lois Jules Ferry rendent l’enseignement primaire gratuit (1881), obligatoire de 6 à 13 ans et laïque (1882) ; la loi Goblet (1886) laïcise le personnel enseignant des écoles publiques. Les instituteurs, les « hussards noirs de la République », diffusent les valeurs républicaines et le patriotisme.

Les symboles

La Marseillaise redevient hymne national en 1879, le 14 juillet devient fête nationale en 1880, la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » est inscrite au fronton des édifices publics, les bustes de Marianne se multiplient dans les mairies.

L’expansion coloniale

Sous l’impulsion de Jules Ferry, la IIIe République conquiert l’essentiel du second empire colonial français : Tunisie (1881), Tonkin et Annam (1883-1885), Madagascar (1895-1896), Afrique occidentale et équatoriale, Maroc (1912). Voir colonisation.

Les crises

  • Le boulangisme (1887-1889) : le général Boulanger, ancien ministre de la Guerre populaire, fédère les mécontents autour de la révision de la Constitution ; après son élection triomphale à Paris en janvier 1889, il renonce à un coup de force et s’enfuit.
  • Le scandale de Panama (1892-1893) : des parlementaires ont été achetés pour soutenir la compagnie du canal de Panama, qui a fait faillite et ruiné des milliers d’épargnants.
  • Les attentats anarchistes (1892-1894), dont l’assassinat du président Sadi Carnot.
  • L’affaire Dreyfus (1894-1906), qui divise profondément le pays (voir affaire Dreyfus).
  • Les crises des années 1930 : scandale Stavisky, émeute antiparlementaire du 6 février 1934 organisée par les ligues d’extrême droite (une quinzaine de morts), crise économique.

La guerre et l’entre-deux-guerres

Pendant la Première Guerre mondiale, l'Union sacrée rassemble toutes les forces politiques. La victoire de 1918 consolide le régime, mais au prix de 1,4 million de morts. L’entre-deux-guerres est marqué par l’instabilité, la crise économique à partir de 1931, la montée des ligues et l’expérience du Front populaire (1936-1938), qui apporte les congés payés et la semaine de 40 heures.

La fin de la IIIe République

Après la percée allemande de mai 1940, le gouvernement se replie à Bordeaux. Le président du Conseil Paul Reynaud démissionne le 16 juin ; le maréchal Pétain lui succède et signe l’armistice le 22 juin 1940. Le 10 juillet 1940, à Vichy, les députés et sénateurs réunis votent par 569 voix contre 80 (et 20 abstentions) les pleins pouvoirs au gouvernement Pétain pour promulguer une nouvelle constitution. Dès le lendemain, Pétain se proclame « chef de l’État français » : c’est la fin de la IIIe République et le début du régime de Vichy.

Questions fréquentes

Combien de temps a duré la IIIe République ?

Près de 70 ans, du 4 septembre 1870 au 10 juillet 1940. C’est la République la plus longue de l’histoire de France à ce jour.

Quelles sont les grandes lois de la IIIe République ?

Les lois Ferry sur l’école (1881-1882), la loi sur la liberté de la presse (1881), la loi sur les syndicats (1884), la loi sur les associations (1901) et la loi de séparation des Églises et de l’État (1905).

Pourquoi la IIIe République a-t-elle pris fin ?

À cause de la défaite militaire de juin 1940. Le 10 juillet 1940, le Parlement a voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, qui a aussitôt instauré un régime autoritaire.

Qui sont les « 80 » ?

Les 80 parlementaires (57 députés et 23 sénateurs) qui ont refusé de voter les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940. Parmi eux, Léon Blum et Vincent Auriol.

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