Littérature · Mouvements littéraires
Le théâtre de l’absurde
Le théâtre de l’absurde désigne des pièces des années 1950 qui mettent en scène l’absurdité de la condition humaine en détruisant les conventions du théâtre : intrigue, personnages, langage cohérent.
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Le théâtre de l’absurde n’est pas une école organisée : l’expression a été forgée en 1961 par le critique britannique Martin Esslin (The Theatre of the Absurd) pour regrouper des dramaturges qui, à Paris dans les années 1950, ont révolutionné la scène. Eugène Ionesco, Samuel Beckett, Arthur Adamov et, dans une certaine mesure, Jean Genet montrent des personnages perdus dans un monde privé de sens, où le langage ne permet plus de communiquer.
Les sources philosophiques
Après la Seconde Guerre mondiale, la Shoah et la bombe atomique, la confiance dans la raison et le progrès s’effondre. Albert Camus a théorisé l’absurde dans Le Mythe de Sisyphe (1942) : « L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde. » Son roman L’Étranger (1942) en est l’illustration romanesque. Mais Camus et Sartre expriment l’absurde dans une forme classique ; les dramaturges de l’absurde le font passer dans la forme elle-même.
Les pièces fondatrices
| Pièce | Auteur | Création | Sujet |
|---|---|---|---|
| La Cantatrice chauve | Eugène Ionesco | 1950, théâtre des Noctambules | Conversation absurde de deux couples anglais |
| La Leçon | Eugène Ionesco | 1951 | Un professeur tue son élève |
| Les Chaises | Eugène Ionesco | 1952 | Deux vieillards accueillent des invités invisibles |
| En attendant Godot | Samuel Beckett | 5 janvier 1953, théâtre de Babylone | Deux vagabonds attendent un Godot qui ne vient pas |
| Le Ping-pong | Arthur Adamov | 1955 | Vies sacrifiées à une machine à sous |
| Fin de partie | Samuel Beckett | 1957 | Quatre personnages enfermés, monde mourant |
| Rhinocéros | Eugène Ionesco | 1959 (Allemagne), 1960 (Paris) | Les habitants se transforment en rhinocéros |
| Oh les beaux jours | Samuel Beckett | 1961 (New York), 1963 (Paris) | Winnie s’enfonce dans un mamelon de terre |
| Le roi se meurt | Eugène Ionesco | 1962 | Un roi doit accepter sa mort |
Les caractéristiques
Une intrigue absente ou circulaire
Il ne se passe presque rien. En attendant Godot se répète d’un acte à l’autre ; La Cantatrice chauve se termine en recommençant, avec l’autre couple. Les notions d’exposition, de nœud et de dénouement (voir le vocabulaire du théâtre) perdent leur sens.
Des personnages sans identité
Les personnages sont interchangeables (les Smith et les Martin), réduits à des fonctions, sans passé ni psychologie cohérente. Vladimir et Estragon ne savent ni pourquoi ni depuis quand ils attendent.
Un langage vide
Le langage tourne à vide : clichés, phrases toutes faites, coq-à-l’âne, répétitions, mots qui se décomposent. Ionesco dit s’être inspiré de phrases d’une méthode d’anglais (Assimil) pour La Cantatrice chauve. Le dialogue n’est plus un moyen de communiquer mais le signe de la solitude.
Le mélange du tragique et du comique
Le rire est constant mais grinçant : clownerie, comique de répétition, gestuelle de music-hall coexistent avec l’angoisse de la mort et de l’attente. Ionesco qualifiait Les Chaises de « farce tragique ». Voir les registres littéraires.
Un décor dépouillé
Une route de campagne et un arbre (Godot), une pièce nue (Fin de partie), des objets qui prolifèrent (Les Chaises) : le décor est symbolique.
Les auteurs
- Eugène Ionesco (1909-1994), né en Roumanie, élu à l’Académie française en 1970. Il crée le personnage de Bérenger, homme ordinaire face au monde (Rhinocéros, Le roi se meurt).
- Samuel Beckett (1906-1989), Irlandais installé à Paris, écrit en français et en anglais. Prix Nobel de littérature en 1969.
- Arthur Adamov (1908-1970), né en Russie, évolue ensuite vers un théâtre politique.
- Jean Genet (1910-1986) : Les Bonnes (1947), Le Balcon (1956), un théâtre du rituel et des apparences.
- Hors de France : Harold Pinter en Angleterre, Fernando Arrabal (espagnol écrivant en français).
Interprétations
Rhinocéros est souvent lu comme une dénonciation des totalitarismes et du conformisme : Bérenger reste le dernier homme. En attendant Godot a suscité d’innombrables lectures (attente de Dieu, de la mort, d’un sens) ; Beckett a toujours refusé d’en donner la clé.
Questions fréquentes
Qui sont les auteurs du théâtre de l’absurde ?
Eugène Ionesco, Samuel Beckett, Arthur Adamov et Jean Genet en France ; Harold Pinter en Angleterre.
Quelle est la première pièce du théâtre de l’absurde ?
La Cantatrice chauve d’Ionesco, créée en 1950, est généralement considérée comme l’acte de naissance du genre.
Quelle différence entre l’absurde de Camus et le théâtre de l’absurde ?
Camus exprime l’absurde dans une forme claire et classique, et cherche une réponse (la révolte). Le théâtre de l’absurde fait de la forme elle-même (intrigue, langage) l’image du non-sens.