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Littérature · Œuvres

En attendant Godot

En attendant Godot est une pièce de Samuel Beckett créée en 1953. Deux vagabonds, Vladimir et Estragon, attendent près d’un arbre un certain Godot qui ne vient jamais ; la pièce fait de l’attente elle-même son sujet.

Mis à jour le 4 min de lecture

En attendant Godot est la pièce qui a rendu célèbre Samuel Beckett (1906-1989), écrivain irlandais d’expression anglaise et française, prix Nobel de littérature 1969. Écrite en français en 1948-1949, publiée aux éditions de Minuit en 1952, elle est créée le 5 janvier 1953 au petit théâtre de Babylone, à Paris, dans une mise en scène de Roger Blin. Elle est devenue l’emblème du théâtre de l’absurde et l’une des pièces les plus jouées du XXe siècle.

Résumé

Acte I

Sur une route de campagne, près d’un arbre, Estragon (Gogo) essaie d’enlever sa chaussure : « Rien à faire. » Vladimir (Didi) le rejoint. Les deux vagabonds attendent Godot, qui leur a donné rendez-vous près de l’arbre, sans qu’ils sachent bien quand ni pourquoi. Ils parlent, se disputent, mangent une carotte, envisagent de se pendre.

Arrivent Pozzo, propriétaire arrogant, et Lucky, son esclave, tenu en laisse par une corde passée autour du cou, chargé de bagages. Pozzo s’installe, mange, fume, discourt. Sur son ordre, Lucky danse, puis « pense » à voix haute : un long monologue délirant, sans ponctuation, qui mêle bribes théologiques et académiques. Pozzo et Lucky repartent.

Un jeune garçon arrive : il annonce que M. Godot ne viendra pas ce soir, mais sûrement demain. La nuit tombe brusquement. Estragon : « Alors, on y va ? » Vladimir : « Allons-y. » Didascalie : Ils ne bougent pas.

Acte II

Le lendemain, à la même heure et au même endroit, l’arbre porte quelques feuilles. Vladimir et Estragon se retrouvent ; Estragon ne se souvient presque de rien de la veille. Ils jouent à imiter Pozzo et Lucky, s’insultent, se réconcilient.

Pozzo et Lucky reviennent, mais transformés : Pozzo est devenu aveugle, Lucky muet. Ils tombent ; les vagabonds hésitent longtemps à les aider et tombent à leur tour. Pozzo, interrogé sur le moment où il est devenu aveugle, s’emporte et réduit toute vie humaine à un instant entre la naissance et la mort. Ils repartent.

Le garçon revient avec le même message ; il affirme ne pas les avoir vus la veille. Vladimir et Estragon envisagent à nouveau de se pendre avec la ceinture d’Estragon, qui se rompt. La pièce s’achève par l’échange inverse de l’acte I : « Alors, on y va ? — Allons-y. » Ils ne bougent pas.

Les personnages

PersonnageCaractéristiques
Vladimir (Didi)Plus réfléchi, inquiet, se souvient, s’interroge sur le salut
Estragon (Gogo)Plus terre à terre, oublieux, souffre de ses pieds, dort
PozzoMaître arrogant et théâtral, devient aveugle à l’acte II
LuckyEsclave de Pozzo, ne parle que sur ordre, devient muet
Le garçonMessager de Godot, garde les chèvres de son maître
GodotAbsent, n’apparaît jamais

Les thèmes

L’attente

L’attente est l’unique action. Elle donne une raison d’être aux personnages, qui ne peuvent ni partir ni agir. Le spectateur attend avec eux, et partage leur ennui et leur espoir.

Le temps et la répétition

Les deux actes se répètent presque à l’identique. Le temps semble tourner en rond : la mémoire défaille, les jours se confondent. Seules les feuilles de l’arbre, la cécité de Pozzo et le mutisme de Lucky marquent un changement, qui est une dégradation.

La condition humaine

Vladimir et Estragon incarnent l’homme jeté dans un monde sans repères, qui tue le temps en attendant un sens. Le couple Pozzo-Lucky figure la domination et la dépendance. Cette vision rejoint, par d’autres moyens, l’absurde décrit par Camus dans Le Mythe de Sisyphe.

Le langage

Dialogues en échos, questions sans réponses, répétitions, monologue chaotique de Lucky : le langage tourne à vide et ne permet plus de communiquer vraiment. Mais il est aussi ce qui fait tenir ensemble les deux amis.

Un théâtre nouveau

Beckett rompt avec le théâtre traditionnel : pas d’intrigue, pas d’exposition, pas de dénouement, des personnages sans passé précis. Il emprunte au cirque, au music-hall et au cinéma burlesque (Chaplin, Keaton) : chaussures, chapeaux échangés, chutes, pantalon qui tombe. Les didascalies, nombreuses et précises, comptent autant que les répliques (voir le vocabulaire du théâtre). Le comique est constant, mais il naît du désespoir.

Qui est Godot ?

On a souvent vu dans Godot une figure de Dieu (God en anglais). Beckett a refusé cette lecture et toute explication : à son metteur en scène américain Alan Schneider, il aurait répondu que s’il le savait, il l’aurait dit dans la pièce. Godot représente tout ce que l’on attend et qui ne vient pas : le salut, le sens, la mort, ou rien.

Questions fréquentes

Godot vient-il à la fin ?

Non. À la fin de chaque acte, un garçon annonce que Godot ne viendra pas ce soir mais demain. Il n’apparaît jamais.

Pourquoi les personnages ne partent-ils pas ?

Parce qu’ils doivent attendre Godot. La dernière réplique (« Allons-y ») est contredite par la didascalie : « Ils ne bougent pas. »

Pourquoi En attendant Godot est-il du théâtre de l’absurde ?

Parce que la pièce n’a ni intrigue ni sens donné, que le langage tourne à vide et que les personnages, perdus dans un monde incompréhensible, attendent un sens qui ne vient pas.

En quelle langue la pièce a-t-elle été écrite ?

En français. Beckett, Irlandais installé à Paris, l’a ensuite traduite lui-même en anglais.

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