Littérature · Mouvements littéraires
Le symbolisme
Le symbolisme est un mouvement littéraire et artistique de la fin du XIXe siècle qui cherche à suggérer, par des images et la musicalité du langage, une réalité spirituelle cachée derrière le monde visible.
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Le symbolisme naît officiellement en 1886, lorsque le poète Jean Moréas publie dans Le Figaro du 18 septembre un manifeste intitulé « Le Symbolisme ». Il rassemble des poètes qui refusent à la fois le matérialisme du naturalisme et l’objectivité descriptive du Parnasse. Pour eux, le monde sensible n’est qu’un ensemble de signes renvoyant à une réalité plus profonde, que la poésie doit suggérer plutôt que décrire. Baudelaire, Verlaine, Rimbaud et Mallarmé en sont les grandes références.
Les précurseurs
Baudelaire et les correspondances
Dans le sonnet « Correspondances » (Les Fleurs du mal, 1857), Baudelaire décrit la nature comme un « temple » et une « forêt de symboles » où « les parfums, les couleurs et les sons se répondent ». Cette idée de correspondances, à la fois entre les sens (synesthésie) et entre le monde visible et le monde spirituel, fonde l’esthétique symboliste.
Les « poètes maudits »
En 1884, Verlaine publie Les Poètes maudits, études consacrées à Tristan Corbière, Rimbaud et Mallarmé (puis, dans l’édition de 1888, à Marceline Desbordes-Valmore, Villiers de L’Isle-Adam et lui-même sous l’anagramme « Pauvre Lélian »). L’expression désigne des poètes marginaux, incompris de leur temps.
La décadence
Le roman À rebours de Huysmans (1884), dont le héros des Esseintes vit retiré dans un univers artificiel, popularise le goût décadent du raffinement, du rêve et de l’artifice.
Les principes du symbolisme
Suggérer plutôt que nommer
Mallarmé l’affirme dans une réponse à l'Enquête sur l’évolution littéraire de Jules Huret (1891) : « Nommer un objet, c’est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème qui est faite de deviner peu à peu ; le suggérer, voilà le rêve. »
La musique avant toute chose
Verlaine ouvre son « Art poétique » (écrit en 1874, publié en 1884 dans Jadis et naguère) par le vers : « De la musique avant toute chose ». Il préconise le vers impair, la nuance plutôt que la couleur, l’imprécision. Allitérations, assonances, rythmes souples créent une poésie proche du chant.
L’idéal et le mystère
Les symbolistes cherchent l’Idéal, l’absolu, le rêve, l’au-delà. Ils aiment le mystère, l’hermétisme, les légendes, les figures mythiques (Salomé, Hérodiade, Orphée).
La libération du vers
Le symbolisme libère la versification : vers impair, vers libéré (qui garde la rime mais assouplit le mètre), puis vers libre (sans mètre fixe ni rime obligatoire), avec Gustave Kahn et Jules Laforgue. Rimbaud invente le poème en prose moderne dans Illuminations. Voir la fiche versification.
Les poètes symbolistes
| Poète | Dates | Œuvres majeures |
|---|---|---|
| Charles Baudelaire (précurseur) | 1821-1867 | Les Fleurs du mal (1857), Petits poèmes en prose (1869) |
| Stéphane Mallarmé | 1842-1898 | L’Après-midi d’un faune (1876), Un coup de dés jamais n’abolira le hasard (1897) |
| Paul Verlaine | 1844-1896 | Poèmes saturniens (1866), Romances sans paroles (1874) |
| Arthur Rimbaud | 1854-1891 | Une saison en enfer (1873), Illuminations (1886) |
| Jules Laforgue | 1860-1887 | Les Complaintes (1885) |
| Maurice Maeterlinck | 1862-1949 | Pelléas et Mélisande (théâtre, 1892) |
| Émile Verhaeren | 1855-1916 | Les Villes tentaculaires (1895) |
Les « mardis » de Mallarmé, rue de Rome à Paris, réunissent à partir des années 1880 les jeunes poètes symbolistes, parmi lesquels Paul Valéry, André Gide et Pierre Louÿs.
Le symbolisme dans les autres arts
- Peinture : Gustave Moreau, Odilon Redon, Pierre Puvis de Chavannes, Arnold Böcklin, et dans une certaine mesure Gauguin et les nabis.
- Musique : Debussy met en musique Prélude à l’après-midi d’un faune (1894) et Pelléas et Mélisande (opéra, 1902). Voir l'histoire de la musique.
Héritage
Le symbolisme ouvre la voie à la poésie moderne : Valéry, Claudel, Apollinaire, puis le surréalisme, qui reprend le goût du rêve et de l’image libre. Il est également très influent hors de France (Russie, Belgique, Amérique latine).
Questions fréquentes
Quelles sont les caractéristiques du symbolisme ?
La suggestion plutôt que la description, l’usage du symbole et des correspondances, la recherche de la musicalité, le goût du rêve et du mystère, et la libération du vers.
Qui a fondé le symbolisme ?
Jean Moréas lui donne son nom en 1886, mais Baudelaire en est considéré comme le précurseur et Mallarmé comme le maître.
Quelle différence entre Parnasse et symbolisme ?
Le Parnasse décrit avec précision et impersonnalité ; le symbolisme suggère une réalité invisible et privilégie la musique du vers.