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Littérature · Auteurs

François Rabelais

François Rabelais (vers 1494-1553) est un écrivain humaniste français, moine, médecin et érudit, auteur de Pantagruel et de Gargantua, romans comiques de géants qui mêlent farce, savoir et satire.

Mis à jour le 4 min de lecture

François Rabelais, né vers 1494 (ou 1483 selon une autre tradition) près de Chinon, en Touraine, et mort à Paris en 1553, est l’un des plus grands écrivains de la Renaissance française. Sous le pseudonyme anagrammatique d'Alcofribas Nasier, il publie les aventures de géants, Gargantua et son fils Pantagruel, qui sont à la fois des récits bouffons et des manifestes de l'humanisme. Son œuvre a donné à la langue l’adjectif rabelaisien, synonyme de truculent, joyeux et cru.

Biographie

DateÉvénement
v. 1494Naissance à La Devinière, près de Chinon, dans une famille de juristes
v. 1520Moine franciscain à Fontenay-le-Comte ; étudie le grec, correspond avec Guillaume Budé
1524Passe chez les bénédictins de Maillezais, après la confiscation de ses livres grecs
1530S’inscrit à la faculté de médecine de Montpellier
1532Médecin à l’Hôtel-Dieu de Lyon ; publie Pantagruel
1534Gargantua ; premier voyage à Rome avec le cardinal Jean du Bellay
1537Docteur en médecine à Montpellier
1546Tiers Livre, signé de son nom
1552Quart Livre, condamné par la Sorbonne
1553Mort à Paris
1564Publication posthume du Cinquième Livre, d’authenticité discutée

Rabelais est un humaniste complet : il traduit et commente Hippocrate et Galien, pratique la dissection, s’intéresse au droit, à l’architecture, à la botanique. Protégé par la famille du Bellay, il échappe aux poursuites malgré les condamnations de ses livres par la Sorbonne.

Les œuvres

Pantagruel (1532)

Les horribles et épouvantables faits et prouesses du très renommé Pantagruel, roi des Dipsodes, parodie des romans de chevalerie et des chroniques populaires. On y trouve la célèbre lettre de Gargantua à son fils (chapitre 8), véritable programme d’éducation humaniste : langues anciennes (grec, latin, hébreu), sciences, droit, médecine, connaissance de la nature. Elle contient la formule : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». C’est aussi dans Pantagruel qu’apparaît Panurge, compagnon rusé et fanfaron.

Gargantua (1534)

Publié après Pantagruel mais racontant l’histoire du père, Gargantua suit la naissance prodigieuse du géant (sorti par l’oreille de sa mère), son éducation, la guerre picrocholine et la fondation de l’abbaye de Thélème. Le prologue invite le lecteur à « rompre l’os et sucer la substantifique moelle » : sous la farce se cache un sens profond.

Le Tiers Livre, le Quart Livre

Le Tiers Livre (1546) est consacré à une question : Panurge doit-il se marier ? Il consulte devins, théologiens, philosophes et fous, sans obtenir de réponse. Le Quart Livre (1552) raconte un voyage en mer vers l’oracle de la Dive Bouteille, avec l’épisode des moutons de Panurge.

Les grands thèmes

L’éducation

Rabelais oppose deux systèmes dans Gargantua. Les précepteurs sophistes font apprendre par cœur, pendant des années, des manuels absurdes : Gargantua en devient « fou, niais, tout rêveux et rassoté ». Le précepteur humaniste Ponocrates lui organise au contraire des journées complètes mêlant lectures, observation, exercices physiques, musique et conversation. Cette pédagogie annonce celle de Montaigne.

La guerre

La guerre picrocholine, déclenchée par une dispute entre bergers et fouaciers, ridiculise les rois conquérants : Picrochole rêve de conquérir le monde. Grandgousier, le bon roi, ne fait la guerre qu’en dernier recours et traite les vaincus avec clémence. Rabelais vise les ambitions de Charles Quint.

L’abbaye de Thélème

À la fin de Gargantua, le moine frère Jean fonde une abbaye inversée : pas de murs, pas d’horloge, hommes et femmes réunis, beaux, instruits et libres. Sa seule règle : « Fais ce que voudras ». Rabelais explique que des gens bien nés et bien éduqués sont naturellement portés à la vertu. C’est l’utopie humaniste par excellence.

La critique de la Sorbonne et des moines

Les théologiens de la Sorbonne (« sorbonagres »), les moines oisifs et l’enseignement scolastique sont ridiculisés. Rabelais reste néanmoins chrétien, proche de l’évangélisme.

Le rire et la langue de Rabelais

  • Le gigantisme : tout est démesuré (Gargantua boit le lait de 17 913 vaches).
  • Le comique « carnavalesque » : banquets, corps, excréments, ivresse. Le critique russe Mikhaïl Bakhtine y a vu l’expression de la culture populaire du carnaval.
  • Les listes et énumérations vertigineuses : jeux de Gargantua, torche-culs, insultes.
  • L’invention verbale : néologismes, mots savants tirés du grec et du latin, dialectes, jeux de mots. Rabelais a enrichi le français de nombreux mots (pantagruélique, gargantuesque).
  • La parodie des romans de chevalerie, des discours savants et des sermons.

Ces procédés relèvent du registre comique et satirique (voir les registres littéraires) et de l’hyperbole (voir les figures de style).

Expressions héritées de Rabelais

ExpressionOrigineSens
Les moutons de PanurgeQuart LivrePersonnes qui suivent aveuglément les autres
Un repas pantagruéliquePantagruelRepas énorme
Un appétit gargantuesqueGargantuaAppétit démesuré
La substantifique moellePrologue de GargantuaLe sens profond d’un texte
Fais ce que voudrasAbbaye de ThélèmeLiberté fondée sur la vertu

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre Gargantua et Pantagruel ?

Gargantua est le père, Pantagruel le fils. Pantagruel a été publié en 1532, Gargantua en 1534, bien qu’il raconte l’histoire du père.

Que signifie « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » ?

La phrase, tirée de la lettre de Gargantua à Pantagruel, signifie que le savoir sans morale (ou sans foi en Dieu) détruit l’homme. Le savoir doit servir le bien.

Pourquoi Rabelais est-il un humaniste ?

Parce qu’il défend le retour aux textes antiques, une éducation complète, la confiance en la nature humaine et la paix, tout en critiquant l’obscurantisme de la Sorbonne.

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