Littérature · Auteurs
Jean de La Fontaine
Jean de La Fontaine (1621-1695) est le plus célèbre fabuliste français. Ses Fables, publiées de 1668 à 1694, mettent en scène des animaux pour peindre les hommes et critiquer la société de son temps.
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Jean de La Fontaine, né le 8 juillet 1621 à Château-Thierry et mort le 13 avril 1695 à Paris, est l’un des grands auteurs du classicisme. Ses 243 Fables, réparties en douze livres, sont lues et apprises par cœur depuis plus de trois siècles. Sous l’apparence de récits plaisants, elles offrent une analyse lucide, parfois cruelle, des rapports de force dans la société. Il a aussi écrit des Contes libertins et un roman, Les Amours de Psyché et de Cupidon.
Biographie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1621 | Naissance à Château-Thierry ; son père est maître des eaux et forêts |
| 1641 | Bref séjour à l’Oratoire, qu’il quitte |
| 1647 | Mariage avec Marie Héricart |
| 1652 | Achète la charge de maître des eaux et forêts |
| 1658 | Entre au service du surintendant Nicolas Fouquet, qui le pensionne |
| 1661 | Arrestation de Fouquet sur ordre de Louis XIV ; La Fontaine lui reste fidèle (Élégie aux nymphes de Vaux) |
| 1664 | Entre au service de la duchesse douairière d’Orléans |
| 1665 | Contes et nouvelles en vers |
| 1668 | Premier recueil des Fables (livres I à VI), dédié au Dauphin |
| 1672 | Accueilli chez Madame de La Sablière |
| 1678-1679 | Second recueil (livres VII à XI) |
| 1684 | Élu à l’Académie française |
| 1694 | Livre XII, dédié au duc de Bourgogne |
| 1695 | Mort à Paris |
Sa fidélité à Fouquet lui vaut la méfiance de Louis XIV et de Colbert ; il ne sera jamais un poète officiel de la cour.
Les Fables
Les trois recueils
| Recueil | Année | Livres | Caractéristiques |
|---|---|---|---|
| Premier recueil | 1668 | I à VI | Fables brèves, sources surtout ésopiques |
| Second recueil | 1678-1679 | VII à XI | Fables plus longues et variées, inspiration orientale (Pilpay), critique sociale plus marquée |
| Livre XII | 1694 | XII | Fables pour l’éducation du duc de Bourgogne |
Les sources
La Fontaine n’invente pas ses sujets ; il les emprunte et les réécrit :
- Ésope (VIe siècle av. J.-C.), fabuliste grec ;
- Phèdre (Ier siècle), fabuliste latin ;
- Pilpay (ou Bidpaï), recueil indien traduit en français au XVIIe siècle ;
- des auteurs de la Renaissance et des récits populaires.
Son originalité tient à la manière : vers variés, vivacité du récit, humour, dialogues, et une morale souvent ambiguë.
Les fables les plus célèbres
| Fable | Livre | Morale ou leçon |
|---|---|---|
| « La Cigale et la Fourmi » | I, 1 | Prévoyance… ou dureté de la fourmi |
| « Le Corbeau et le Renard » | I, 2 | « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute » |
| « Le Loup et l’Agneau » | I, 10 | « La raison du plus fort est toujours la meilleure » |
| « Le Chêne et le Roseau » | I, 22 | La souplesse résiste mieux que la force |
| « Le Lièvre et la Tortue » | VI, 10 | « Rien ne sert de courir ; il faut partir à point » |
| « Les Animaux malades de la peste » | VII, 1 | « Selon que vous serez puissant ou misérable, / Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir » |
| « Le Rat de ville et le Rat des champs » | I, 9 | La tranquillité vaut mieux que le luxe |
| « La Laitière et le Pot au lait » | VII, 9 | Il ne faut pas rêver au-delà du réel |
| « Le Laboureur et ses Enfants » | V, 9 | « Le travail est un trésor » |
La fable comme argumentation
La fable est un apologue : un court récit qui illustre une leçon morale. La Fontaine la décrit comme composée d’un « corps » (le récit) et d’une « âme » (la morale). C’est une forme d'argumentation indirecte : le lecteur tire lui-même la leçon, ce qui la rend plus efficace. Le but, conforme à l’idéal classique, est de plaire et instruire. Dans sa dédicace en vers « À Monseigneur le Dauphin », il écrit : « Je me sers d’animaux pour instruire les hommes. »
Une critique de la société
Derrière les animaux se cachent les hommes et les catégories sociales :
- le lion représente le roi, souvent tyrannique et entouré de flatteurs ;
- le loup, les puissants violents ;
- le renard, les courtisans rusés ;
- l'âne, le peuple naïf et sacrifié (« Les Animaux malades de la peste »).
La Fontaine dénonce la flatterie, l’injustice de la justice, l’hypocrisie de la cour, la loi du plus fort. Il le fait avec prudence, sous le voile de la fiction.
Le style de La Fontaine
- Le vers libre classique (ou vers mêlés) : alternance d’alexandrins, d’octosyllabes et de vers plus courts, qui donne vie et rythme au récit. Voir la versification.
- Le théâtre : chaque fable est une petite comédie, avec dialogues, scènes et chute.
- La brièveté et l’ellipse.
- L’humour et l’ironie, les interventions du narrateur.
- La variété des tons, du comique au pathétique.
Héritage
Les Fables sont devenues un pilier de l’enseignement en France. Beaucoup de vers sont passés en proverbes. Elles ont été illustrées par Gustave Doré, Benjamin Rabier, Marc Chagall, et inspirent aujourd’hui encore des réécritures.
Questions fréquentes
Combien de fables La Fontaine a-t-il écrites ?
243 fables, réparties en douze livres et publiées en trois recueils (1668, 1678-1679, 1694).
Quelle est la première fable de La Fontaine ?
« La Cigale et la Fourmi », qui ouvre le livre I du premier recueil (1668).
La Fontaine a-t-il inventé ses fables ?
Non : il reprend la plupart des sujets d’Ésope, de Phèdre ou de Pilpay, mais il les réécrit en vers avec un style, un humour et une profondeur qui lui sont propres.
Qu’est-ce qu’un apologue ?
Un court récit, en vers ou en prose, qui illustre une leçon morale. La fable en est la forme la plus connue.