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Arts · Peintres et sculpteurs

Gustave Courbet

Gustave Courbet (1819-1877) est le chef de file du réalisme en peinture. Il a imposé au Salon des sujets ordinaires peints en grand format et payé par l’exil son engagement dans la Commune de Paris.

Mis à jour le 4 min de lecture

Gustave Courbet, né le 10 juin 1819 à Ornans, dans le Doubs, et mort en exil le 31 décembre 1877 à La Tour-de-Peilz, en Suisse, est le peintre qui a donné son nom et son programme au réalisme. Refusant l’idéal académique, il a peint les paysans, les ouvriers et les paysages de sa Franche-Comté avec l’ampleur réservée jusque-là à la peinture d’histoire. Provocateur, républicain et socialiste, il est aussi une figure politique de son temps.

Repères chronologiques

DateÉvénement
10 juin 1819Naissance à Ornans, dans une famille de propriétaires terriens
1839Arrivée à Paris ; se forme surtout en copiant au Louvre
vers 1843 – 1845Le Désespéré, autoportrait
1849Les Casseurs de pierres ; L’Après-dînée à Ornans médaillé au Salon
1850 – 1851Un enterrement à Ornans fait scandale au Salon
1854La Rencontre (Bonjour Monsieur Courbet)
1855Pavillon du Réalisme en marge de l’Exposition universelle ; L’Atelier du peintre
1866L’Origine du monde
1870Refuse la Légion d’honneur ; La Falaise d’Étretat après l’orage
1871Élu à la Commune de Paris ; renversement de la colonne Vendôme
1871 – 1872Six mois de prison
1873Condamné à payer la reconstruction de la colonne ; exil en Suisse
31 décembre 1877Mort à La Tour-de-Peilz

La vie de Courbet

Un provincial à Paris

Courbet arrive à Paris pour étudier le droit, mais se consacre à la peinture. Largement autodidacte, il étudie au Louvre les Espagnols, les Hollandais et les Vénitiens. Ses premiers autoportraits, romantiques et théâtraux, montrent un artiste conscient de lui-même. La révolution de 1848 et son amitié avec le penseur anarchiste Pierre-Joseph Proudhon orientent son art vers la peinture sociale.

Le scandale du réalisme

Au Salon de 1850-1851, Courbet expose Un enterrement à Ornans, toile de près de 7 mètres de long montrant l’enterrement d’un villageois, avec une cinquantaine d’habitants d’Ornans grandeur nature. Donner à une scène banale le format d’une peinture d’histoire est vécu comme une provocation. Les Casseurs de pierres, qui montre deux ouvriers anonymes à la tâche, est lu comme une dénonciation de la misère. Le tableau a été détruit à Dresde en 1945.

Le Pavillon du Réalisme

En 1855, après le refus de plusieurs toiles par le jury de l’Exposition universelle, Courbet construit à ses frais un pavillon près de l’exposition officielle et y montre une quarantaine d’œuvres. Le catalogue contient un texte souvent appelé « manifeste du réalisme » : il veut « traduire les mœurs, les idées, l’aspect de [son] époque ». C’est la première exposition personnelle organisée par un artiste contre l’institution.

La Commune et l’exil

En 1871, Courbet préside la Fédération des artistes et est élu au conseil de la Commune de Paris. Il avait demandé en 1870 le déboulonnage de la colonne Vendôme, symbole impérial ; la Commune la fait abattre le 16 mai 1871. Après la Semaine sanglante, il est arrêté et condamné à six mois de prison. En 1873, la République le condamne à payer la reconstruction de la colonne, soit plus de 300 000 francs. Ruiné, il s’exile en Suisse, où il meurt quatre ans plus tard.

Le style de Courbet

  • Le réel sans idéal : « La peinture est un art essentiellement concret », écrit-il ; il refuse de peindre des anges, car il n’en a jamais vu, selon une formule qu’on lui prête.
  • Une matière épaisse : couleurs sombres, empâtements, usage du couteau à palette, notamment pour les rochers et la neige.
  • Les paysages : la vallée de la Loue, les grottes du Jura, la mer à Étretat et en Normandie.
  • Le nu sans mythologie : Les Baigneuses (1853) ou L’Origine du monde montrent des corps réels, ce qui choque davantage que les nus mythologiques.

Œuvres majeures de Courbet

TitreDateLieu de conservation
Le Désespérévers 1843 – 1845Collection particulière
L’Homme blessé1844 – 1854Musée d’Orsay, Paris
Un enterrement à Ornans1849 – 1850Musée d’Orsay, Paris
Les Baigneuses1853Musée Fabre, Montpellier
La Rencontre (Bonjour Monsieur Courbet)1854Musée Fabre, Montpellier
Les Cribleuses de blé1854Musée d’arts, Nantes
L’Atelier du peintre1854 – 1855Musée d’Orsay, Paris
L’Origine du monde1866Musée d’Orsay, Paris
La Falaise d’Étretat après l’orage1870Musée d’Orsay, Paris
La Vague1869 – 1870Plusieurs versions (Orsay, Berlin…)
La Truite1872Kunsthaus, Zurich

Le musée d’Orsay possède ses grandes toiles manifestes ; le musée Courbet d’Ornans est installé dans sa maison natale.

L’Atelier du peintre

Sous-titrée Allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique et morale, cette immense toile (environ 3,6 × 6 m) montre Courbet peignant un paysage au centre, entre un modèle nu et un enfant. À droite, ses amis et soutiens (Baudelaire, Proudhon, le collectionneur Alfred Bruyas, le critique Champfleury) ; à gauche, le monde social, du braconnier au marchand. Le tableau résume la place que Courbet s’attribue : l’artiste au centre de la société.

Questions fréquentes

Pourquoi Courbet est-il le père du réalisme ?

Parce qu’il a revendiqué le mot, théorisé la démarche en 1855 et imposé au Salon des sujets contemporains et populaires traités avec le sérieux de la grande peinture.

Où voir L’Origine du monde ?

Au musée d’Orsay, à Paris, depuis 1995. Le tableau, longtemps caché dans des collections privées, avait notamment appartenu au psychanalyste Jacques Lacan.

Quel est le lien entre Courbet et l’impressionnisme ?

Courbet ouvre la voie en refusant les sujets académiques et en peignant le monde contemporain. Manet et les jeunes impressionnistes, Monet en tête, l’admirent, même s’ils adoptent une peinture plus claire.

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