Arts · Peintres et sculpteurs
Les Nymphéas de Monet
Les Nymphéas sont une série d’environ 250 tableaux que Claude Monet a peints de 1897 à 1926 d’après le bassin de son jardin de Giverny. Les huit grandes décorations du musée de l’Orangerie en sont l’aboutissement.
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Les Nymphéas désignent l’ensemble des tableaux que Claude Monet a consacrés, pendant près de trente ans, au bassin aux nénuphars de son jardin de Giverny, en Normandie. On en compte environ 250, des toiles de chevalet de la fin des années 1890 jusqu’aux immenses panneaux offerts à l’État français et installés en 1927 au musée de l’Orangerie, à Paris. Cette série, sans horizon ni repère, où l’eau, les fleurs, les reflets du ciel et des arbres se confondent, est l’aboutissement de l'impressionnisme et l’une des sources de la peinture abstraite.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 1883 | Monet s’installe à Giverny, d’abord en location |
| 1890 | Achète la maison et le terrain |
| 1893 | Acquiert une parcelle de l’autre côté de la route et de la voie ferrée ; fait creuser un bassin alimenté par un bras de l’Epte |
| 1895 | Premier tableau du pont japonais |
| 1897 – 1899 | Premières séries de Nymphéas avec le pont japonais |
| 1901 – 1902 | Agrandissement du bassin |
| 1909 | Exposition chez Durand-Ruel : 48 Paysages d’eau, vif succès |
| 1914 | Commence les grandes décorations ; fait construire un vaste atelier |
| 12 novembre 1918 | Au lendemain de l’armistice, propose à Clemenceau d’offrir deux panneaux à l’État |
| 1922 | Signature de l’acte de donation pour l’Orangerie |
| 1923 | Opération de la cataracte |
| 5 décembre 1926 | Mort de Monet à Giverny |
| 17 mai 1927 | Inauguration des salles des Nymphéas à l’Orangerie |
Le jardin d’eau de Giverny
Monet est un jardinier passionné. Dans son « jardin d’eau », il fait creuser un étang, détourne un bras de l’Epte malgré l’opposition des paysans voisins, plante des nymphéas (nénuphars), des iris, des saules pleureurs, des bambous et fait construire un pont de style japonais, inspiré des estampes qu’il collectionne. Le jardin est conçu comme un motif à peindre. Plusieurs jardiniers l’entretiennent, dont un chargé d’enlever chaque jour la poussière et les feuilles à la surface de l’eau.
Les étapes de la série
Le pont japonais (1897 – 1900)
Les premières toiles montrent encore un paysage classique : le pont en arc vert, les berges, l’eau couverte de nénuphars, dans un cadrage traditionnel.
Les paysages d’eau (1903 – 1909)
Monet resserre le cadrage sur la surface de l’eau. Le pont et les berges disparaissent ; le haut de la toile ne montre plus le ciel mais son reflet. Il expose 48 de ces tableaux en 1909 chez son marchand Paul Durand-Ruel, sous le titre Les Nymphéas, séries de paysages d’eau.
Les grandes décorations (1914 – 1926)
Après la mort de sa femme Alice (1911) et de son fils Jean (1914), Monet, âgé de plus de 70 ans et menacé de cécité, se lance dans un projet monumental : un cycle de grandes toiles de deux mètres de haut destinées à entourer le spectateur. Il fait construire un atelier de 23 mètres sur 12 pour les peindre. Ses dernières œuvres, peintes alors que la cataracte altère sa vision des couleurs, sont parfois presque abstraites : rouges, bruns, jaunes, gestes larges.
Les Nymphéas de l’Orangerie
Le projet est lié à Georges Clemenceau, ami intime de Monet. Le 12 novembre 1918, au lendemain de l’armistice, Monet propose de donner à l’État deux panneaux comme « bouquet » de la victoire. Le projet s’agrandit, et en 1922 l’acte de donation est signé : Monet offre huit compositions, à condition qu’elles soient installées selon ses indications, dans un lieu dédié, ouvert au public.
L’Orangerie des Tuileries est aménagée par l’architecte Camille Lefèvre en deux salles ovales successives, éclairées par la lumière zénithale. Les huit panneaux, formés de 22 toiles assemblées, se déroulent sur près de 100 mètres de long. La première salle montre des scènes du matin au soleil couchant ; la seconde, avec des saules, des scènes plus sombres. L’ensemble évoque le symbole de l’infini.
Principaux Nymphéas et lieux de conservation
| Œuvre | Date | Lieu de conservation |
|---|---|---|
| Le Bassin aux nymphéas, harmonie verte | 1899 | Musée d’Orsay, Paris |
| Le Bassin aux nymphéas (pont japonais) | 1899 | Metropolitan Museum of Art, New York |
| Le Bassin aux nymphéas (pont japonais) | 1899 | National Gallery, Londres |
| Nymphéas (plusieurs toiles de chevalet) | 1903 – 1926 | Musée Marmottan Monet, Paris |
| Nymphéas bleus | vers 1916 – 1919 | Musée d’Orsay, Paris |
| Le Pont japonais | vers 1918 – 1924 | Musée Marmottan Monet, Paris |
| Les huit grandes décorations | 1914 – 1926 | Musée de l’Orangerie, Paris |
| Nymphéas (triptyque Agapanthes) | vers 1915 – 1926 | Cleveland, Saint Louis et Kansas City (panneaux séparés) |
| Nymphéas (grand panneau) | vers 1914 – 1926 | Museum of Modern Art, New York |
Le musée Marmottan Monet, à Paris, qui a reçu en 1966 le legs de Michel Monet, fils du peintre, possède le plus grand ensemble de toiles de la fin de sa vie.
Héritage et interprétation
Longtemps jugés comme l’œuvre d’un vieillard à la vue défaillante, les Nymphéas sont réhabilités après la Seconde Guerre mondiale. Les peintres de l’expressionnisme abstrait américain — Jackson Pollock, Joan Mitchell, Sam Francis, Mark Rothko — y voient un précurseur de leur peinture all-over, sans centre ni bord. L’achat d’un grand panneau par le MoMA en 1955 consacre ce renversement. Le peintre André Masson qualifie l’Orangerie de « chapelle Sixtine de l’impressionnisme ». Voir aussi l'art abstrait.
Questions fréquentes
Combien de Nymphéas Monet a-t-il peints ?
Environ 250 tableaux, des petits formats aux immenses panneaux, entre 1897 et 1926.
Où voir les Nymphéas de Monet ?
Au musée de l’Orangerie, à Paris, pour les grandes décorations ; au musée Marmottan Monet et au musée d’Orsay pour des toiles de chevalet. De nombreux musées dans le monde en possèdent, dont le MoMA, la National Gallery de Londres et le Metropolitan Museum.
Peut-on visiter le jardin des Nymphéas ?
Oui. La maison et les jardins de Monet à Giverny, restaurés à partir de 1977 et gérés par la Fondation Claude Monet, sont ouverts au public d’avril à début novembre.
Qu’est-ce qu’un nymphéa ?
Une plante aquatique à fleurs, appelée couramment nénuphar, dont les feuilles rondes flottent à la surface de l’eau. Monet en a planté de plusieurs couleurs, dont des variétés hybrides nouvelles à son époque.