Histoire · XIXe siècle
La révolution de 1848
La révolution de février 1848 renverse le roi Louis-Philippe et proclame la IIe République, qui instaure le suffrage universel masculin et abolit l’esclavage. Elle déclenche le « Printemps des peuples » en Europe.
Mis à jour le 6 min de lecture
La révolution de 1848 éclate à Paris les 22, 23 et 24 février 1848. En trois jours d’insurrection, elle renverse la monarchie de Juillet de Louis-Philippe et aboutit à la proclamation de la IIe République. Le gouvernement provisoire prend des mesures fondatrices : suffrage universel masculin, abolition de l’esclavage, liberté de la presse et de réunion, droit au travail. Mais l’unité de février se brise en juin, quand l’insurrection ouvrière parisienne est écrasée. Élu président en décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte met fin à la République par un coup d’État en 1851. En Europe, la révolution française de février déclenche une vague d’insurrections libérales et nationales, le Printemps des peuples.
Chronologie de 1848 en France
| Date | Événement |
|---|---|
| 22 février | Interdiction d’un banquet réformiste ; manifestations à Paris |
| 23 février | Renvoi de Guizot ; fusillade du boulevard des Capucines |
| 24 février | Abdication de Louis-Philippe ; proclamation de la République à l’Hôtel de Ville |
| 25 février | Proclamation du droit au travail ; le drapeau tricolore est conservé |
| 26 février | Création des Ateliers nationaux ; abolition de la peine de mort en matière politique |
| 2 mars | Journée de travail limitée à 10 heures à Paris (11 en province) |
| 5 mars | Décret instaurant le suffrage universel masculin |
| 23 avril | Élection de l’Assemblée constituante |
| 27 avril | Décret d’abolition de l’esclavage dans les colonies |
| 15 mai | Envahissement de l’Assemblée par des manifestants |
| 21 juin | Fermeture des Ateliers nationaux annoncée |
| 23-26 juin | Insurrection ouvrière de Juin, réprimée par Cavaignac |
| 4 novembre | Adoption de la Constitution |
| 10 décembre | Louis-Napoléon Bonaparte élu président |
Les causes de la révolution
Le blocage politique
La monarchie de Juillet repose sur un suffrage censitaire très étroit : moins de 250 000 électeurs pour environ 35 millions d’habitants. Le chef du gouvernement, François Guizot, refuse toute extension du droit de vote. L’opposition dynastique et les républicains réclament une réforme électorale ; ne pouvant tenir de réunions politiques, ils organisent à partir de juillet 1847 une campagne des banquets dans toute la France.
La crise économique et sociale
En 1846-1847, de mauvaises récoltes de céréales et la maladie de la pomme de terre font flamber les prix alimentaires. La crise gagne l’industrie et le crédit : faillites, chômage, baisse des salaires. Les ouvriers des villes, dont la condition est très dure en ces débuts de la révolution industrielle, sont sensibles aux idées socialistes (Louis Blanc, Proudhon, Cabet).
Le discrédit du régime
Des scandales de corruption (affaire Teste-Cubières en 1847) et l’assassinat de la duchesse de Choiseul-Praslin par son mari, pair de France, discréditent les élites du régime. Alexis de Tocqueville avertit la Chambre en janvier 1848 : « Nous nous endormons sur un volcan. »
Les journées de Février
Le 22 février 1848, le gouvernement interdit un banquet prévu à Paris. Étudiants et ouvriers manifestent ; les barricades se dressent. Le 23, la garde nationale, composée de bourgeois parisiens, se range du côté des manifestants ; Louis-Philippe renvoie Guizot. Le soir, boulevard des Capucines, la troupe tire sur une foule : une cinquantaine de morts. Les cadavres promenés dans Paris relancent l’insurrection. Le 24 février, Louis-Philippe abdique en faveur de son petit-fils, le comte de Paris, et quitte la capitale. Les insurgés envahissent la Chambre et imposent un gouvernement provisoire, qui proclame la République à l’Hôtel de Ville.
Le gouvernement provisoire
Il réunit des républicains modérés (le poète Lamartine, Dupont de l’Eure, Arago, Ledru-Rollin) et deux socialistes, Louis Blanc et l’ouvrier Albert. Lamartine obtient le maintien du drapeau tricolore face aux partisans du drapeau rouge.
Les grandes réformes de 1848
| Mesure | Date | Portée |
|---|---|---|
| Suffrage universel masculin | 5 mars 1848 | Le corps électoral passe d’environ 250 000 à plus de 9 millions d’hommes de 21 ans et plus |
| Abolition de l’esclavage | 27 avril 1848 | Environ 250 000 esclaves libérés dans les colonies françaises, grâce à Victor Schœlcher |
| Abolition de la peine de mort en matière politique | 26 février 1848 | Inscrite dans la Constitution |
| Liberté de la presse et de réunion | Février-mars 1848 | Floraison de journaux et de clubs |
| Droit au travail, Ateliers nationaux | 25-26 février 1848 | Travaux publics pour les chômeurs parisiens |
| Commission du Luxembourg | 28 février 1848 | Commission sur l’organisation du travail, présidée par Louis Blanc |
| Fin des châtiments corporels dans l’armée et la marine | Mars 1848 |
Voir aussi la fiche abolition de l’esclavage.
Les journées de Juin
Les élections du 23 avril 1848 à l’Assemblée constituante, avec une participation d’environ 84 %, donnent la majorité aux républicains modérés et aux conservateurs, souvent monarchistes : la France rurale est moins radicale que Paris. Les Ateliers nationaux, qui emploient plus de 100 000 chômeurs parisiens, sont jugés coûteux et dangereux. Leur fermeture, annoncée le 21 juin, provoque du 23 au 26 juin une insurrection des quartiers ouvriers de l’est parisien. Le général Cavaignac, investi des pleins pouvoirs, l’écrase : plusieurs milliers de morts parmi les insurgés, environ 11 000 arrestations et des milliers de déportations en Algérie. L’archevêque de Paris, Mgr Affre, est tué sur une barricade en tentant une médiation. Les journées de Juin creusent un fossé durable entre la République et le monde ouvrier.
La Constitution de 1848 et l’élection de Louis-Napoléon
La Constitution du 4 novembre 1848 proclame la République « démocratique, une et indivisible », avec pour principes « la Liberté, l’Égalité et la Fraternité ». Elle établit la séparation des pouvoirs : une Assemblée unique de 750 membres et un président élu au suffrage universel pour quatre ans, non rééligible immédiatement.
Le 10 décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon Ier, est élu avec environ 74 % des voix, loin devant Cavaignac. Il bénéficie de la légende napoléonienne et du vote paysan. Les élections législatives de mai 1849 donnent la majorité au « parti de l’Ordre », conservateur, qui restreint le suffrage universel en 1850 (environ 3 millions d’électeurs écartés) et vote la loi Falloux sur la liberté de l’enseignement. Ne pouvant se représenter, Louis-Napoléon organise le coup d’État du 2 décembre 1851, puis rétablit l’Empire le 2 décembre 1852 : c’est le Second Empire.
Le Printemps des peuples en Europe
La révolution parisienne se propage en quelques semaines à une grande partie de l’Europe :
| Pays | Événements de 1848-1849 |
|---|---|
| Empire d’Autriche | Révolution à Vienne (mars), départ de Metternich ; insurrections à Prague et en Hongrie (Kossuth) |
| États allemands | Révolutions à Berlin et dans les États allemands ; Parlement de Francfort pour unifier l’Allemagne |
| Italie | Soulèvements à Milan, Venise, Rome ; guerre du Piémont contre l’Autriche ; République romaine (1849) |
| Royaume-Uni | Mouvement chartiste, sans révolution |
Ces révolutions associent revendications libérales (constitution, libertés) et nationales (unité de l’Allemagne et de l’Italie, indépendance des peuples de l’empire d’Autriche). Elles sont presque toutes réprimées en 1849, mais le servage est aboli dans l’empire d’Autriche et les idées nationales progressent. Voir les unifications italienne et allemande. La même année 1848, Marx et Engels publient le Manifeste du parti communiste.
Le bilan
- Fin de la monarchie en France : Louis-Philippe est le dernier roi (voir rois de France).
- Suffrage universel masculin, jamais remis en cause durablement depuis.
- Abolition définitive de l’esclavage dans les colonies françaises.
- Affirmation de la question sociale et de la rupture entre républicains modérés et mouvement ouvrier.
- Échec de la IIe République, qui dure moins de quatre ans (voir Républiques françaises).
Questions fréquentes
Pourquoi la révolution de 1848 a-t-elle eu lieu ?
Elle résulte du refus du gouvernement Guizot d’élargir le droit de vote, de la crise économique de 1846-1847 et du discrédit du régime. L’interdiction d’un banquet républicain le 22 février 1848 a servi de déclencheur.
Qui a obtenu le droit de vote en 1848 ?
Tous les hommes français de 21 ans et plus, par le décret du 5 mars 1848. Les femmes n’obtiendront le droit de vote qu’en 1944.
Qu’est-ce que le Printemps des peuples ?
C’est la vague de révolutions qui touche une grande partie de l’Europe en 1848, de Paris à Vienne, Berlin, Milan et Budapest. Les peuples réclament des constitutions et l’unité ou l’indépendance nationale.
Que s’est-il passé lors des journées de Juin 1848 ?
La fermeture des Ateliers nationaux provoque une insurrection ouvrière à Paris du 23 au 26 juin 1848. Elle est écrasée par l’armée du général Cavaignac, au prix de milliers de morts.