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Arts · Mouvements artistiques

Le réalisme en peinture

Le réalisme est un mouvement pictural français du milieu du XIXe siècle. Mené par Gustave Courbet, il représente la vie ordinaire et contemporaine, sans idéalisation, en rupture avec l’art académique.

Mis à jour le 4 min de lecture

Le réalisme apparaît en France autour de la révolution de 1848 et domine l’avant-garde jusqu’aux années 1870. Il refuse les sujets nobles imposés par l’Académie (mythologie, histoire antique) et l’imaginaire du romantisme. Son programme : peindre ce que l’on voit, son époque, les paysans, les ouvriers, la province, avec la même dignité que les héros de la peinture d’histoire.

Le contexte

  • La révolution de 1848 et l’instauration du suffrage universel masculin donnent une place nouvelle au peuple dans la vie politique.
  • La révolution industrielle transforme les villes et les campagnes, et fait émerger la question sociale.
  • La science et la photographie (daguerréotype, 1839) valorisent l’observation exacte.
  • La littérature suit la même voie : Balzac, Flaubert (Madame Bovary, 1857), puis le naturalisme de Zola.

Les caractéristiques du réalisme

  • Des sujets contemporains : la vie rurale, le travail, les funérailles, la ville.
  • Des personnages ordinaires : paysans, casseurs de pierres, glaneuses, bourgeois de province, peints sans idéalisation.
  • Le grand format pour des sujets modestes : un enterrement de village sur plus de six mètres de large, comme une peinture d’histoire. C’est l’un des aspects les plus provocants du mouvement.
  • Une palette souvent sombre, terreuse, une matière épaisse (Courbet applique parfois la peinture au couteau).
  • Une dimension sociale ou politique, explicite ou non.

Les grands peintres réalistes

PeintreDatesSpécialité
Gustave Courbet1819-1877Chef de file ; scènes de la vie à Ornans, paysages, nus
Jean-François Millet1814-1875La vie et le travail des paysans
Honoré Daumier1808-1879Caricature politique, scènes de la vie urbaine
Rosa Bonheur1822-1899Peinture animalière, l’une des artistes les plus célèbres de son temps
Camille Corot1796-1875Paysages, lié à l’école de Barbizon
Jules Breton1827-1906Scènes paysannes, version plus idéalisée
Ilya Répine1844-1930Réalisme russe, groupe des Ambulants

L'école de Barbizon (Théodore Rousseau, Charles-François Daubigny, Corot, Millet), installée en forêt de Fontainebleau, peint le paysage d’après nature et prépare la peinture en plein air des impressionnistes.

Œuvres majeures

ŒuvreArtisteDateLieu de conservation
Un enterrement à OrnansCourbet1849-1850Musée d’Orsay, Paris
Le Marché aux chevauxRosa Bonheur1852-1855Metropolitan Museum of Art, New York
L’Atelier du peintreCourbet1855Musée d’Orsay, Paris
Des glaneusesMillet1857Musée d’Orsay, Paris
L’AngélusMillet1857-1859Musée d’Orsay, Paris
Le Wagon de troisième classeDaumierv. 1863-1865Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa
Les Haleurs de la VolgaRépine1870-1873Musée russe, Saint-Pétersbourg

Les Casseurs de pierres de Courbet (1849), autre tableau manifeste, a été détruit en 1945 lors des bombardements de Dresde.

1855 : le pavillon du Réalisme

En 1855, plusieurs toiles de Courbet, dont L’Atelier du peintre, sont refusées à l’Exposition universelle de Paris. Courbet fait construire à ses frais, tout près, un pavillon où il expose une quarantaine d’œuvres sous l’enseigne « Du Réalisme ». Il y publie un texte-programme dans lequel il revendique de traduire « les mœurs, les idées, l’aspect de [son] époque ». C’est l’un des premiers exemples d’exposition personnelle organisée par un artiste contre l’institution. Courbet participera ensuite à la Commune de Paris (1871).

Du réalisme à l’impressionnisme

Édouard Manet fait la transition : Le Déjeuner sur l’herbe, exposé au Salon des refusés de 1863, et Olympia (1863, exposé en 1865) font scandale parce qu’ils montrent des femmes nues contemporaines, non idéalisées, sans prétexte mythologique. Les jeunes peintres de l'impressionnisme reprennent l’exigence de modernité du réalisme, mais l’appliquent à la lumière et à la sensation visuelle. Pour comprendre comment lire ces œuvres, voir la méthode pour analyser un tableau.

Questions fréquentes

Qui est le fondateur du réalisme en peinture ?

Gustave Courbet, né à Ornans (Doubs) en 1819. Il revendique le terme dès 1855 avec son pavillon du Réalisme, même s’il disait se méfier des étiquettes.

Quelle est la différence entre réalisme et naturalisme ?

En peinture, le naturalisme (années 1870-1890, Bastien-Lepage, Lhermitte) prolonge le réalisme avec une précision quasi photographique et une plus grande acceptation officielle. En littérature, le naturalisme de Zola ajoute une prétention scientifique.

Pourquoi le réalisme a-t-il fait scandale ?

Parce qu’il donnait à des sujets jugés vulgaires (paysans, ouvriers, enterrements de village) la taille et le sérieux de la peinture d’histoire, et qu’il refusait l’idéalisation des corps et des visages.

Le réalisme est-il un mouvement politique ?

Pas officiellement, mais il est associé aux idées républicaines et socialistes : Courbet était proche de Proudhon et a pris part à la Commune. Millet, lui, se défendait de toute intention politique.

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