Nature et animaux · Oiseaux
Le manchot empereur
Le manchot empereur (Aptenodytes forsteri) est le plus grand des manchots, jusqu’à 1,3 m. Il est le seul à se reproduire sur la banquise en plein hiver antarctique, le mâle couvant l’œuf pendant plus de deux mois sans manger.
Mis à jour le 4 min de lecture
Le manchot empereur ne vit qu’en Antarctique, où il forme une soixantaine de colonies connues sur la banquise côtière. Son cycle de reproduction, l’un des plus extrêmes du monde animal, a été popularisé par le documentaire français La Marche de l’empereur (Luc Jacquet, 2005), Oscar du meilleur documentaire en 2006. L’espèce est particulièrement exposée au recul de la glace de mer.
Fiche d’identité
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Nom scientifique | Aptenodytes forsteri |
| Classe / famille | Oiseaux / Sphéniscidés |
| Taille | 1 à 1,3 m |
| Poids | 22 à 45 kg selon la saison (perte de près de la moitié pendant le jeûne) |
| Longévité | environ 20 ans |
| Habitat | Banquise côtière et océan Austral |
| Régime | Carnivore : poissons (calandre antarctique), krill, calmars |
| Statut UICN | Quasi menacé (NT), évaluation de 2020 |
Description
Dos noir, ventre blanc, taches auriculaires jaune orangé et bec souligné d’orange : le manchot empereur se distingue du manchot royal, plus petit et aux couleurs plus vives, qui vit sur les îles subantarctiques. Il est équipé contre un froid qui peut descendre sous -40 °C, avec des vents de plus de 150 km/h :
- un plumage très dense à quatre couches de plumes imbriquées ;
- une épaisse couche de graisse sous la peau ;
- un échangeur de chaleur dans les pattes et les narines, qui réchauffe le sang veineux et limite les pertes ;
- un comportement collectif : la tortue, regroupement serré de milliers d’individus qui tournent lentement pour que chacun passe à tour de rôle au centre, où la température peut dépasser 30 °C.
Un plongeur exceptionnel
Le manchot empereur est l’oiseau qui plonge le plus profond : des plongées à plus de 500 m ont été enregistrées, et ses apnées peuvent dépasser 20 minutes. Ses ailes transformées en nageoires rigides lui permettent de « voler » sous l’eau. Ses os denses, contrairement à ceux des oiseaux volants, réduisent la flottabilité.
Le cycle de reproduction
| Période | Étape |
|---|---|
| Mars-avril (automne austral) | Marche de 50 à plus de 100 km vers la colonie, sur la banquise ; formation des couples |
| Mai-juin | La femelle pond un seul œuf, le transmet au mâle et repart en mer se nourrir |
| Mai à juillet (hiver) | Le mâle couve l’œuf posé sur ses pattes, sous un repli de peau (la poche incubatrice), pendant environ 65 jours |
| Juillet-août | Éclosion ; le mâle nourrit le poussin d’une sécrétion de l’œsophage si la femelle n’est pas encore revenue |
| Août à décembre | Les deux parents alternent les allers-retours en mer ; les poussins se regroupent en crèches |
| Décembre-janvier (été) | Mue des jeunes et départ en mer quand la banquise se disloque |
Le mâle jeûne ainsi environ quatre mois au total, depuis son arrivée à la colonie, et perd jusqu’à 40 % de son poids. Le calendrier, en plein hiver, permet aux jeunes d’être indépendants au moment de l’été austral, quand la nourriture est la plus abondante.
Le climat, principale menace
Le manchot empereur dépend d’une banquise stable d’avril à décembre : si la glace se disloque avant que les poussins aient acquis leur plumage imperméable, ils se noient ou meurent de froid. En 2022, plusieurs colonies de la mer de Bellingshausen ont connu un échec total de reproduction pour cette raison. Les modèles publiés prévoient un déclin très fort de l’espèce d’ici 2100 si le réchauffement se poursuit au rythme actuel.
L’UICN l’a classé quasi menacé et les États-Unis l’ont inscrit comme espèce menacée (threatened) en 2022 au titre de leur loi sur les espèces en danger. Une étude récente fondée sur les images satellites estimait en outre que la population avait diminué d’environ 20 % entre 2009 et 2024 dans une partie du continent. Le recul de la glace de mer est présenté dans la fiche réchauffement climatique.
Faits marquants
- Les colonies ont été repérées à grande échelle par satellite, grâce aux taches brunes que forment les excréments sur la glace.
- La colonie de Pointe-Géologie, en Terre-Adélie, près de la base française Dumont-d’Urville, est suivie depuis les années 1950 : c’est l’une des plus longues séries de données sur l’espèce.
- Le poussin naît couvert d’un duvet gris et ne pèse qu’environ 300 g.
Questions fréquentes
Combien de temps le manchot empereur jeûne-t-il ?
Le mâle jeûne environ 115 à 120 jours, de son arrivée à la colonie jusqu’au retour de la femelle après l’éclosion.
Le manchot empereur vit-il au pôle Nord ?
Non. Tous les manchots vivent dans l’hémisphère Sud ; le manchot empereur n’existe qu’en Antarctique. Il n’y a pas de manchots dans l’Arctique.
Combien y a-t-il de manchots empereurs ?
Environ 250 000 à 280 000 couples reproducteurs selon les recensements par satellite des années 2010-2020, répartis dans une soixantaine de colonies.