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Littérature · Œuvres

Bonjour tristesse

Bonjour tristesse est le premier roman de Françoise Sagan, publié en 1954. Un été sur la Côte d’Azur, Cécile, dix-sept ans, manœuvre pour empêcher le remariage de son père.

Mis à jour le 4 min de lecture

Bonjour tristesse est le premier roman de Françoise Quoirez, dite Françoise Sagan (1935-2004), pseudonyme emprunté à une princesse de Proust. Publié chez Julliard en mars 1954, il obtient le prix des Critiques et devient un phénomène d’édition, traduit dans de nombreuses langues. Il fait scandale par la liberté de mœurs de son héroïne, et révèle une voix au ton détaché, lucide et mélancolique.

Le titre

Le titre vient du poème « À peine défigurée » de Paul Éluard (recueil La Vie immédiate, 1932), cité en épigraphe, qui associe un adieu et un salut à la tristesse. Le roman raconte précisément comment l’insouciance cède la place à un sentiment nouveau, grave et durable. L'incipit évoque ce sentiment inconnu auquel l’héroïne hésite à donner le beau nom de tristesse.

Résumé

Première partie : l’été et l’arrivée d’Anne

Cécile, dix-sept ans, vient d’échouer à son baccalauréat. Elle passe l’été dans une villa louée au bord de la mer avec son père, Raymond, veuf de quarante ans, séduisant et léger, et sa jeune maîtresse du moment, Elsa, une demi-mondaine insouciante. Cécile partage avec son père une vie facile et sans contraintes, faite de plaisirs, de sorties et de liaisons passagères. Elle rencontre Cyril, un étudiant qui passe ses vacances dans les environs, et commence une liaison avec lui.

Arrive Anne Larsen, une amie de la mère défunte de Cécile, femme de quarante-deux ans, élégante, intelligente, ordonnée. Raymond s’éprend d’elle et rompt avec Elsa. Anne et Raymond annoncent leur mariage. Anne entreprend de mettre de l’ordre dans la vie de Cécile : elle lui interdit de voir Cyril et l’oblige à travailler pour repasser son examen.

Seconde partie : la machination

Cécile se sent menacée : Anne va lui imposer une vie régulière, sérieuse, et lui prendre son père. Elle met au point un plan : convaincre Elsa et Cyril de feindre d’être amants et de se montrer partout ensemble, pour réveiller la jalousie et la vanité de Raymond. Le plan réussit au-delà de ses espérances : Raymond, piqué, cherche à reconquérir Elsa. Cécile, prise de remords, hésite à arrêter le jeu mais le laisse continuer. Anne surprend Raymond avec Elsa dans les pins. Bouleversée, elle part en voiture. Peu après, on apprend qu’elle s’est tuée dans un accident, sa voiture tombée d’une falaise. Cécile et son père savent, sans se le dire, qu’il s’agit peut-être d’un suicide, et lui offrent cette délicatesse de croire à un accident.

Comme dans un roman d’apprentissage inversé, de retour à Paris, Cécile et son père reprennent leur vie légère. Mais parfois, la nuit, Cécile pense à Anne, et salue en elle-même la tristesse qui s’installe.

Les personnages

PersonnageRôle
CécileNarratrice, adolescente lucide, insouciante et manipulatrice
RaymondPère de Cécile, veuf séduisant, épris de plaisir
Anne LarsenAmie de la défunte mère, femme d’ordre et d’intelligence
Elsa MackenbourgMaîtresse de Raymond, jeune et superficielle
CyrilÉtudiant, amant de Cécile

Les thèmes

La liberté et la morale

Cécile revendique une vie sans contraintes, fondée sur le plaisir, et vit librement sa sexualité, ce qui choque en 1954. Anne représente la morale, l’ordre et l’effort. Le conflit entre les deux visions de la vie est au cœur du roman.

La manipulation

Cécile met en scène les autres comme des pions, avec une conscience aiguë de son pouvoir. Le roman rappelle par là les héros manipulateurs des Liaisons dangereuses, mais à hauteur d’adolescence.

La culpabilité

Le récit, rétrospectif, est celui d’une faute. Cécile ne se condamne pas explicitement, mais elle sait qu’elle a provoqué la mort d’Anne. La tristesse finale est la forme que prend sa culpabilité.

L’adolescence et le père

La relation fusionnelle de Cécile avec son père, complice plus que figure d’autorité, la pousse à rejeter celle qui pourrait les séparer. Le roman explore la jalousie filiale et la fin de l’enfance.

Le style

Sagan écrit dans une langue classique, précise et dépouillée, aux phrases souvent courtes. La narratrice analyse ses sentiments avec une lucidité ironique qui rappelle la tradition du roman d’analyse, de La Princesse de Clèves à Benjamin Constant. Le récit à la première personne, mené après coup, mêle le regard de l’adolescente et celui de la narratrice qui a compris (voir la focalisation).

Réception

Le succès est immense et le scandale aussi : une jeune fille de dix-huit ans raconte la liaison d’une adolescente sans en exprimer de regret moral. François Mauriac, à la une du Figaro, salue l’auteur comme un « charmant petit monstre ». Otto Preminger adapte le roman au cinéma en 1958, avec Jean Seberg et David Niven.

Questions fréquentes

D’où vient le titre Bonjour tristesse ?

D’un poème de Paul Éluard, « À peine défigurée », qui sert d’épigraphe. Il exprime l’arrivée d’un sentiment nouveau, la tristesse, chez une héroïne jusque-là insouciante.

Comment meurt Anne dans Bonjour tristesse ?

Sa voiture tombe d’une falaise après qu’elle a surpris Raymond avec Elsa. Cécile et son père soupçonnent un suicide mais préfèrent parler d’accident.

Quel âge avait Françoise Sagan quand elle a écrit Bonjour tristesse ?

Dix-huit ans. Elle l’a écrit à la fin de 1953, après avoir échoué à la Sorbonne, et l’a publié en mars 1954.

Pourquoi le roman a-t-il fait scandale ?

Parce qu’une adolescente y vit librement sa sexualité et manipule les adultes, sans que le récit la condamne, ce qui choquait la morale des années 1950.

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