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Littérature · Œuvres

Gargantua

Gargantua est un roman de François Rabelais publié vers 1534-1535. Il raconte la naissance, l’éducation et les exploits du géant Gargantua, et défend sous le rire les idéaux de l’humanisme : savoir, paix et liberté.

Mis à jour le 4 min de lecture

La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel est le deuxième livre publié par François Rabelais (vers 1483 ou 1494-1553), après Pantagruel (1532), dont il raconte l’histoire du père. Paru à Lyon chez François Juste, sous le pseudonyme d'Alcofribas Nasier (anagramme de François Rabelais), probablement en 1534 ou 1535, il est l’un des textes majeurs de l'humanisme français. Il est condamné par la Sorbonne, comme Pantagruel.

Le prologue

Rabelais s’adresse à ses lecteurs : « Buveurs très illustres, et vous, vérolés très précieux ». Il compare son livre aux silènes, petites boîtes peintes de figures grotesques mais qui renfermaient des drogues précieuses, et à Socrate, laid au-dehors mais sage au-dedans. Il invite le lecteur à faire comme le chien qui brise l’os pour en sucer la « substantifique moelle » : sous le rire, il faut chercher le sens caché. Un avertissement « Aux lecteurs » en vers rappelle que « rire est le propre de l’homme ».

Résumé par épisodes

La naissance (chapitres 1 à 7)

Après une généalogie burlesque, le récit raconte la grossesse de Gargamelle, épouse du roi Grandgousier, qui porte l’enfant onze mois. Après un festin de tripes, elle accouche : le bébé sort par l’oreille gauche en criant « À boire ! à boire ! à boire ! ». Son père s’exclame « Que grand tu as ! » (sous-entendu : le gosier), d’où le nom de Gargantua. Il faut 17 913 vaches pour l’allaiter.

L’enfance et l’éducation (chapitres 8 à 24)

Enfant, Gargantua montre son intelligence en inventant le meilleur « torche-cul ». Son père le confie d’abord à des précepteurs sophistes, Thubal Holoferne puis Jobelin Bridé, qui lui font apprendre par cœur des livres absurdes pendant des années : il en sort « fou, niais, tout rêveux et rassoté ». Grandgousier l’envoie à Paris avec un nouveau précepteur, Ponocrates. À Paris, Gargantua vole les cloches de Notre-Dame pour en faire des grelots à sa jument. Ponocrates lui applique une éducation humaniste : lever matinal, lecture des textes antiques, sciences, exercices physiques, observation de la nature, musique, piété, pas un instant perdu.

La guerre picrocholine (chapitres 25 à 51)

Une dispute éclate entre des bergers de Grandgousier et des fouaciers (marchands de galettes) du royaume voisin. Le roi Picrochole, colérique et ambitieux, en fait un prétexte de guerre et envahit les terres de Grandgousier. Le frère Jean des Entommeures, moine robuste, défend seul la vigne de l’abbaye de Seuilly à coups de bâton de croix, pendant que les autres moines prient. Grandgousier tente de négocier, puis rappelle son fils. Gargantua, avec Ponocrates, frère Jean et ses compagnons, remporte la victoire. Picrochole, en fuite, disparaît. Gargantua traite les vaincus avec clémence.

L’abbaye de Thélème (chapitres 52 à 58)

Pour récompenser frère Jean, Gargantua fonde une abbaye à l’opposé des couvents traditionnels : l'abbaye de Thélème (du grec thelêma, « volonté »). Hommes et femmes, beaux et bien nés, y vivent ensemble, sans murs, sans horloge, libres de se marier et de partir. Leur règle tient en une clause : « Fais ce que voudras ». Car, explique Rabelais, des gens libres, bien nés et bien instruits ont naturellement un instinct qui les pousse à la vertu.

Les personnages

PersonnageRôle
GargantuaGéant, fils de Grandgousier, prince humaniste
GrandgousierPère de Gargantua, roi bon et pacifique
GargamelleMère de Gargantua
PonocratesPrécepteur humaniste
Frère Jean des EntommeuresMoine truculent et courageux
PicrocholeRoi voisin, belliqueux et colérique
EudémonJeune page, modèle de l’élève humaniste

Les thèmes

L’éducation

Le contraste entre l’éducation scolastique (mémoire, répétition, paresse) et l’éducation humaniste (raison, expérience, corps et esprit) est le cœur du livre. Rabelais, médecin et savant, y défend un idéal encyclopédique.

La guerre et la paix

La guerre picrocholine parodie les guerres de conquête, peut-être celles de Charles Quint. Grandgousier, prince sage qui négocie avant de combattre, incarne la guerre juste et défensive. Les conquêtes imaginées par les conseillers de Picrochole tournent en dérision l’ambition démesurée.

La critique de l’Église

Moines paresseux, superstitions, pèlerinages, théologiens de la Sorbonne : Rabelais raille les excès religieux, tout en restant chrétien. Frère Jean est un moine d’action, à l’opposé des moines oisifs.

La liberté

Thélème est une utopie humaniste : la vertu naît de la liberté et de l’éducation, non de la contrainte.

Le rire rabelaisien

Rabelais mêle le savant et le populaire : citations latines et grecques, listes interminables, néologismes, jeux de mots, gigantisme, plaisanteries scatologiques et grivoises. Ce rire, joyeux et subversif, sert la pensée. Voir les registres littéraires et la Renaissance.

Questions fréquentes

Que signifie « substantifique moelle » ?

C’est le sens profond caché sous l’apparence comique du livre. Rabelais invite le lecteur à le chercher, comme le chien qui brise l’os pour en extraire la moelle.

Que veut dire « Fais ce que voudras » ?

C’est la seule règle de l’abbaye de Thélème. Elle ne signifie pas « fais n’importe quoi » : des êtres libres et bien éduqués sont naturellement portés au bien.

Quelle est la différence entre Gargantua et Pantagruel ?

Gargantua est le père, Pantagruel le fils. Pantagruel a été publié en premier (1532), Gargantua ensuite (1534-1535).

Pourquoi Gargantua est-il une œuvre humaniste ?

Il défend une éducation fondée sur les textes antiques, la raison et l’expérience, critique l’obscurantisme et propose un idéal de paix et de liberté.

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