Littérature · Œuvres
L’Île des esclaves
L’Île des esclaves est une comédie en un acte de Marivaux (1725). Deux maîtres athéniens et leurs esclaves échouent sur une île où les rôles sont inversés, pour que les maîtres se corrigent.
Mis à jour le 3 min de lecture
L’Île des esclaves est une comédie en un acte et en prose de Marivaux, créée en 1725 par les Comédiens-Italiens. Courte, elle met en scène une expérience : sur une île gouvernée par d’anciens esclaves, maîtres et serviteurs échangent leurs conditions. La pièce interroge l’inégalité sociale avec humour, sans appeler à la révolution. Elle est souvent étudiée en classe de seconde ou de première, notamment dans le cadre de la littérature d’idées.
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Iphicrate | Maître athénien, autoritaire |
| Arlequin | Son esclave, naïf et rieur |
| Euphrosine | Maîtresse athénienne, coquette et vaniteuse |
| Cléanthis | Son esclave, vive et revendicatrice |
| Trivelin | Gouverneur de l’île, ancien esclave, meneur de l’expérience |
Résumé
Après un naufrage, Iphicrate et Arlequin, puis Euphrosine et Cléanthis, échouent sur l'île des esclaves. Autrefois, des esclaves révoltés s’y sont réfugiés ; ils ont fondé une république où tout maître arrivant devient esclave, et son esclave devient maître, pour un temps. Le but n’est pas la vengeance, mais la guérison des maîtres.
L’arrivée. Iphicrate veut fuir ; Arlequin refuse de lui obéir et se moque de lui. Trivelin arrive et explique la loi de l’île : les maîtres prendront le nom et la place de leurs esclaves, et inversement. Il présente l’objectif : corriger l’orgueil des maîtres par l’humiliation, et non les punir.
Les portraits. Cléanthis, invitée par Trivelin, fait le portrait de sa maîtresse Euphrosine devant elle : coquetterie, caprices, vanité, faux évanouissements. Euphrosine doit reconnaître que ce portrait est juste. Arlequin fait ensuite celui d’Iphicrate, plus bref.
Le jeu des nouveaux maîtres. Les nouveaux maîtres jouent leur rôle avec excès : Arlequin et Cléanthis imitent les manières des maîtres, se font la cour, puis décident de se marier chacun avec l’ancien maître de l’autre. Arlequin courtise Euphrosine, qui le supplie de ne pas abuser de sa situation.
Le dénouement. Touché par la détresse d’Iphicrate et par sa propre bonté, Arlequin renonce à son pouvoir et lui rend son nom. Iphicrate reconnaît ses torts. Cléanthis, d’abord indignée, finit par pardonner à Euphrosine. Trivelin se félicite : les maîtres sont corrigés. Tous rentreront à Athènes, réconciliés.
Les thèmes et pistes d’analyse
Le renversement des rôles
La pièce repose sur un renversement inspiré du carnaval et des Saturnales romaines, où les esclaves jouaient les maîtres pour un jour. Ce dispositif théâtral révèle que la supériorité des maîtres n’est qu’une convention : les rôles sociaux peuvent s’échanger comme des costumes.
Une utopie morale
L’île est une utopie : un lieu imaginaire qui sert à juger le monde réel. Mais Marivaux ne propose pas d’abolir les hiérarchies : il veut des maîtres plus humains. La pièce fonctionne comme un apologue dont la leçon est l’humanité et le pardon.
La satire des maîtres
Les portraits faits par les esclaves sont des morceaux de satire, qui annoncent les moralistes et la comédie de mœurs. La coquette et l’orgueilleux sont démasqués par ceux qui les servent.
La bonté du cœur
Le dénouement repose sur la générosité d’Arlequin : c’est le serviteur qui donne une leçon de cœur au maître. Marivaux valorise la sensibilité, qui triomphe de l’esprit de vengeance.
Les registres
Le comique domine (lazzis d’Arlequin, imitation des manières), mais la pièce comporte des moments pathétiques, lorsque Euphrosine et Iphicrate supplient (voir les registres).
Questions fréquentes
L’Île des esclaves est-elle une pièce révolutionnaire ?
Non. Elle critique l’orgueil des maîtres, mais revient à l’ordre social initial. Son but est moral : rendre les maîtres plus humains, non supprimer l’esclavage ou les classes.
Quel est le rôle de Trivelin ?
Il est le gouverneur de l’île et le meneur de jeu. Il explique la loi, dirige l’expérience et en tire la morale. Il représente la sagesse de la république des anciens esclaves.
Pourquoi la pièce se passe-t-elle en Grèce antique ?
Le cadre antique et imaginaire permet de critiquer la société du XVIIIe siècle sans la viser directement, et d’évoquer l’esclavage au sens propre.