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Littérature · Œuvres

Le Jeu de l’amour et du hasard

Le Jeu de l’amour et du hasard est une comédie de Marivaux (1730). Silvia et Dorante, promis l’un à l’autre, se déguisent chacun en domestique pour observer l’autre, et tombent amoureux malgré les apparences.

Mis à jour le 3 min de lecture

Le Jeu de l’amour et du hasard est la comédie la plus célèbre de Marivaux, créée le 23 janvier 1730 par les Comédiens-Italiens. Trois actes en prose, un double déguisement, un amour qui naît contre les barrières sociales : la pièce est le modèle du marivaudage. Elle est très étudiée au lycée, notamment pour le théâtre et la question des rapports entre amour et condition sociale.

Les personnages

PersonnageRôle
SilviaJeune fille qui craint d’épouser un inconnu ; déguisée en Lisette
DoranteJeune homme promis à Silvia ; déguisé en Bourguignon, valet
LisetteFemme de chambre de Silvia, qui joue sa maîtresse
ArlequinValet de Dorante, qui joue son maître
Monsieur OrgonPère de Silvia, bienveillant, au courant des deux déguisements
MarioFrère de Silvia, complice d’Orgon, qui taquine sa sœur

Résumé acte par acte

Acte I

Silvia s’inquiète du mariage arrangé avec Dorante, qu’elle n’a jamais vu ; elle dresse à Lisette le portrait de maris aimables en public et tyranniques chez eux. Elle obtient de son père la permission de prendre la place de Lisette pour observer son prétendant. M. Orgon accepte d’autant plus volontiers qu’il vient de recevoir une lettre du père de Dorante : celui-ci a eu la même idée et arrivera déguisé en valet. Orgon et Mario décident de laisser faire, pour s’amuser. Dorante arrive sous le nom de Bourguignon ; Arlequin joue Dorante. Silvia et Dorante sont aussitôt attirés l’un par l’autre, chacun étonné de trouver tant de distinction chez un domestique.

Acte II

Arlequin, maladroit et grossier dans son rôle de maître, courtise Lisette, qui le croit maître et rêve d’un beau mariage. Silvia est révoltée par la vulgarité du faux Dorante et troublée par ses sentiments pour Bourguignon. Mario et Orgon s’amusent de son embarras. Dorante, ne pouvant plus supporter la situation, révèle à Silvia sa véritable identité. Silvia, soulagée et heureuse, décide pourtant de garder son déguisement : elle veut que Dorante l’épouse en la croyant servante.

Acte III

Arlequin et Lisette s’avouent leur vraie condition et se trouvent bien assortis. Mario feint d’être le rival de Bourguignon, pour exciter sa jalousie. Dorante, déchiré entre son amour et les convenances, finit par proposer le mariage à celle qu’il croit être Lisette, prêt à affronter son père. Silvia triomphe et révèle qui elle est. Le hasard a bien fait les choses : l’amour et la raison sociale coïncident.

Les thèmes et pistes d’analyse

Le déguisement et l’identité

Le double travestissement crée un jeu de miroirs : chacun croit tromper l’autre et se trouve trompé. Le spectateur, qui sait tout, jouit de l’ironie dramatique (voir le vocabulaire du théâtre). Le déguisement révèle la vraie nature : la noblesse de cœur perce sous l’habit de valet.

L’amour et la condition sociale

La pièce semble remettre en cause les barrières sociales : Silvia et Dorante tombent amoureux d’un domestique. Mais au dénouement, chacun épouse quelqu’un de son rang. Marivaux suggère que le mérite et la condition se correspondent, ce qui rassure plus qu’il ne bouleverse l’ordre établi. On peut comparer avec L’Île des esclaves.

Le marivaudage

Le mot désigne le langage raffiné de l’amour naissant : les personnages se reprennent, jouent sur les mots, refusent d’avouer ce qu’ils ressentent. L’intrigue tient moins aux événements qu’à la lente découverte et à l’aveu du sentiment.

La place des femmes

Silvia veut choisir son mari et connaître son caractère avant le mariage. Elle refuse d’être une épouse soumise. Sa ruse de l’acte III est une forme de pouvoir : elle mène le jeu et obtient la preuve d’un amour sincère.

Le couple des valets

Arlequin et Lisette forment un double comique des maîtres. Leur parodie de galanterie fait rire et souligne les différences de langage entre conditions.

Questions fréquentes

Pourquoi Silvia continue-t-elle de se déguiser après l’aveu de Dorante ?

Pour obtenir une preuve d’amour absolue : elle veut que Dorante accepte de l’épouser en la croyant servante, au mépris de sa fortune et de son rang.

Qui est au courant des déguisements ?

M. Orgon et Mario savent tout dès l’acte I, grâce à la lettre du père de Dorante. Ils laissent faire pour s’en amuser et observer.

Que signifie le titre ?

Le « jeu » désigne à la fois le déguisement et l’amour qui se joue des personnages ; le « hasard » renvoie aux circonstances qui réunissent les amants, en réalité arrangées par le père.

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