Littérature · Œuvres
Le Spleen de Paris
Le Spleen de Paris, ou Petits poèmes en prose, est un recueil posthume de Charles Baudelaire (1869). Ses cinquante textes inventent une poésie en prose de la grande ville moderne.
Mis à jour le 3 min de lecture
Le Spleen de Paris, aussi intitulé Petits poèmes en prose, est le second grand livre poétique de Charles Baudelaire (1821-1867). Composé de cinquante textes écrits et publiés en revue à partir de 1855, il paraît en volume en 1869, deux ans après la mort du poète. Avec lui, le poème en prose devient un genre majeur. Le recueil est fréquemment étudié au lycée, en lien avec Les Fleurs du mal.
La dédicace : un programme poétique
Dans sa lettre-préface à Arsène Houssaye, directeur de La Presse, Baudelaire explique son ambition : rêver « le miracle d’une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime ». Cette prose doit être assez souple pour suivre les mouvements de l’âme, les rêveries et les soubresauts de la conscience. Il ajoute que cet idéal naît de la fréquentation des villes énormes et de leurs innombrables rapports. Il précise aussi que le recueil peut se lire dans n’importe quel ordre : chaque texte est autonome, comme les tronçons d’un serpent.
Les poèmes célèbres
| Poème | Thème |
|---|---|
| L’Étranger | Un homme sans patrie ni attaches n’aime que les nuages |
| Le Confiteor de l’artiste | L’artiste vaincu par la beauté de la nature |
| La Chambre double | Une chambre de rêve, puis la réalité sordide et le Temps qui revient |
| Les Foules | Le poète jouit de se mêler à la multitude |
| Les Veuves | Compassion pour les solitaires des jardins publics |
| Le Vieux Saltimbanque | Image de l’artiste vieilli et oublié |
| Le Joujou du pauvre | Deux enfants, riche et pauvre, séparés par une grille |
| Les Yeux des pauvres | Un couple au café, regardé par une famille pauvre |
| L’Invitation au voyage | Version en prose du poème des Fleurs du mal |
| Enivrez-vous | Fuir le Temps par l’ivresse : « de vin, de poésie ou de vertu » |
| Le Mauvais Vitrier | Un geste absurde et cruel du poète |
| Any where out of the world | Désir d’ailleurs, qui n’importe où, hors du monde |
| Assommons les pauvres ! | Fable ironique sur la dignité et l’égalité |
Les grands thèmes
La ville moderne
Paris est le vrai sujet du recueil : rues, boulevards, cafés, foules, misères. Baudelaire est le poète de la modernité, qu’il définit ailleurs comme « le transitoire, le fugitif, le contingent ». La ville devient un spectacle étrange, à la fois fascinant et douloureux.
Le spleen et l’idéal
Comme dans Les Fleurs du mal, le recueil oscille entre l’aspiration à l’idéal (rêve, voyage, beauté) et le spleen, ennui profond et sentiment de la fuite du temps. « La Chambre double » met en scène ce basculement brutal du rêve à la réalité.
Les exclus
Veuves, vieillards, saltimbanques, pauvres, enfants misérables : Baudelaire porte un regard attentif sur les marginaux. Ce regard mêle compassion, fraternité et parfois cruauté ou provocation.
L’ironie
Beaucoup de textes reposent sur une chute ironique ou une morale paradoxale, proches de l'apologue. Baudelaire dérange le lecteur, refuse les bons sentiments convenus, joue de l’humour noir (voir l'ironie).
Pistes d’analyse
- Montrer ce qui fait la poéticité d’un texte en prose : rythme, répétitions, images, sonorités.
- Étudier les figures du poète : flâneur, saltimbanque, étranger.
- Comparer un poème en prose et sa version en vers (« L’Invitation au voyage »).
- Analyser la construction narrative de nombreux textes, proches de la nouvelle.
Questions fréquentes
Pourquoi Baudelaire a-t-il écrit des poèmes en prose ?
Pour inventer une forme souple, adaptée à la vie moderne et aux mouvements de la conscience, que le vers régulier ne permettait pas toujours d’exprimer.
Quelle différence entre Le Spleen de Paris et Les Fleurs du mal ?
Les Fleurs du mal est un recueil en vers, très construit. Le Spleen de Paris est en prose, fragmentaire, plus narratif et plus centré sur la ville. Les thèmes (spleen, idéal, ville, temps) se rejoignent.
Combien de poèmes compte Le Spleen de Paris ?
Cinquante, dans l’édition de 1869. Plusieurs avaient paru auparavant dans des journaux et revues. Voir aussi le symbolisme, que Baudelaire annonce.