Philosophie · Grands philosophes
Montesquieu
Montesquieu (1689-1755) est un philosophe des Lumières. Dans De l’esprit des lois (1748), il classe les gouvernements et montre que la liberté exige que « le pouvoir arrête le pouvoir ».
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Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède et de Montesquieu, est né en 1689 au château de La Brède, près de Bordeaux, et mort à Paris en 1755. Magistrat, il hérite de son oncle la charge de président à mortier au parlement de Bordeaux (1716), qu’il revend en 1726 pour se consacrer à l’étude et aux voyages. Élu à l’Académie française en 1728, il parcourt l’Europe (1728-1731), dont un séjour de dix-huit mois en Angleterre qui le marque durablement. Il est l’un des grands penseurs du siècle des Lumières et un fondateur de la science politique.
Œuvres principales
| Date | Œuvre | Genre |
|---|---|---|
| 1721 | Lettres persanes | Roman épistolaire satirique, publié anonymement à Amsterdam |
| 1734 | Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence | Histoire philosophique |
| 1748 | De l’esprit des lois | Traité de philosophie politique et juridique, publié à Genève |
| 1750 | Défense de l’Esprit des lois | Réponse aux critiques |
Les Lettres persanes
Deux Persans, Usbek et Rica, voyagent en France entre 1711 et 1720 et écrivent à leurs proches. Ce regard étranger permet une satire des mœurs françaises : absolutisme de Louis XIV, querelles religieuses, frivolité parisienne, système de Law. La célèbre question « Comment peut-on être Persan ? » retourne contre les Français leur propre étonnement. L’intrigue du sérail d’Usbek, qui se révolte en son absence, montre en contrepoint la violence du despotisme.
De l’esprit des lois
Fruit de vingt ans de travail, cet ouvrage en 31 livres cherche les rapports qui unissent les lois au gouvernement, au climat, au sol, aux mœurs, au commerce, à la religion. Il commence par une définition célèbre : « Les lois, dans la signification la plus étendue, sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses. » Montesquieu ne demande pas d’abord quel est le meilleur régime, mais pourquoi chaque peuple a les lois qu’il a. L'Esprit des lois est mis à l’Index en 1751.
Les trois gouvernements
| Gouvernement | Nature : qui gouverne ? | Principe : ce qui le fait agir |
|---|---|---|
| Républicain (démocratie ou aristocratie) | Le peuple en corps, ou une partie du peuple | La vertu (amour des lois et de la patrie) |
| Monarchique | Un seul, selon des lois fixes et établies | L'honneur |
| Despotique | Un seul, sans loi ni règle, selon sa volonté | La crainte |
La nature du gouvernement est sa structure ; son principe est la passion qui le met en mouvement. Quand le principe se corrompt, le régime se détruit.
La séparation des pouvoirs
Au livre XI, chapitre 6, consacré à la constitution d’Angleterre, Montesquieu distingue trois puissances : la législative, l'exécutrice et celle de juger. La liberté politique, c’est-à-dire la sûreté des citoyens, exige qu’elles ne soient pas réunies dans les mêmes mains : « Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »
La théorie des climats
Aux livres XIV à XVIII, Montesquieu soutient que le climat influe sur le tempérament et les mœurs, donc sur les lois : les peuples des pays chauds seraient plus portés à la passion et à la servitude, ceux des pays froids plus vigoureux et libres. Cette théorie, aujourd’hui rejetée, est cependant nuancée : le bon législateur doit corriger les effets du climat, et les causes morales finissent par l’emporter sur les causes physiques.
Esclavage et commerce
Le chapitre « De l’esclavage des nègres » (XV, 5) est un réquisitoire ironique : Montesquieu prête aux esclavagistes des arguments absurdes pour les discréditer. Il voit aussi dans le commerce un facteur d’adoucissement des mœurs et de paix : « l’effet naturel du commerce est de porter à la paix ».
Influence
Montesquieu inspire les constituants américains (Madison le cite dans Le Fédéraliste) et les révolutionnaires français. Sa méthode, qui explique les institutions par leurs causes sociales, fait de lui un précurseur de la sociologie, selon Durkheim et Raymond Aron. Il se distingue de Rousseau, qui fonde la légitimité sur la souveraineté du peuple plutôt que sur l’équilibre des pouvoirs.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la séparation des pouvoirs selon Montesquieu ?
C’est la répartition des fonctions législative, exécutive et judiciaire entre des organes distincts, pour qu’aucun ne puisse abuser de son pouvoir. Seul un pouvoir peut en arrêter un autre.
Montesquieu était-il démocrate ?
Pas au sens moderne. Il admire la constitution anglaise, une monarchie modérée, et juge la démocratie adaptée aux petits États vertueux. Son souci principal est la modération du pouvoir et la liberté.
Pourquoi les Lettres persanes ont-elles été publiées anonymement ?
Parce que leur critique de la monarchie et de l’Église pouvait valoir des poursuites. L’ouvrage paraît à Amsterdam en 1721 sans nom d’auteur, mais l’identité de Montesquieu est vite connue.