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Littérature · Œuvres

Rhinocéros

Rhinocéros est une pièce d’Eugène Ionesco créée en 1959-1960. Les habitants d’une petite ville se changent un à un en rhinocéros ; seul Bérenger refuse cette épidémie, image des totalitarismes.

Mis à jour le 4 min de lecture

Rhinocéros est la pièce la plus célèbre d’Eugène Ionesco (1909-1994), figure majeure du théâtre de l’absurde. Créée en allemand à Düsseldorf le 6 novembre 1959, puis à Paris au théâtre de l’Odéon (Théâtre de France) le 22 janvier 1960, dans une mise en scène de Jean-Louis Barrault qui joue Bérenger, elle connaît un succès international. Plus accessible que ses premières pièces, elle reste une fable sur la contagion idéologique.

Le contexte

Dans les années 1930, en Roumanie, Ionesco a vu ses amis et collègues adhérer un à un à la Garde de fer, mouvement fasciste et antisémite. Il a raconté ce sentiment d’isolement face à des proches qui, du jour au lendemain, adoptaient les idées qu’ils combattaient la veille. La pièce transpose cette expérience. Ionesco l’a présentée comme une pièce antinazie, mais aussi comme une dénonciation de toutes les « hystéries collectives » (voir la montée des totalitarismes).

Résumé

Acte I : l’apparition

Un dimanche matin, sur la place d’une petite ville, Bérenger, employé négligé, mal rasé, qui boit trop, retrouve son ami Jean, bourgeois rigide et sûr de lui, qui lui reproche son laisser-aller. Un rhinocéros traverse la place au galop, puis un deuxième, qui écrase le chat d’une ménagère. Les habitants s’indignent, puis se disputent pour savoir s’il s’agissait d’un rhinocéros d’Asie ou d’Afrique, à une ou deux cornes. Un Logicien enseigne à un vieux monsieur des syllogismes absurdes : « Tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat. »

Acte II, premier tableau : le bureau

Au bureau où travaille Bérenger, ses collègues débattent de l’événement. Botard, syndicaliste sceptique, nie l’existence des rhinocéros. On apprend que M. Bœuf, un employé absent, s’est transformé : Mme Bœuf reconnaît son mari dans le rhinocéros qui vient de défoncer l’escalier, et part avec lui.

Acte II, second tableau : la transformation de Jean

Bérenger rend visite à Jean pour se réconcilier. Jean, malade, se métamorphose sous ses yeux : sa peau verdit, une bosse pousse sur son front, sa voix devient rauque. Il justifie la transformation : la morale est contre nature, il faut dépasser l’humanisme. Bérenger s’enfuit, tandis que la rue se remplit de rhinocéros.

Acte III : le dernier homme

Chez lui, Bérenger reçoit Dudard, collègue raisonnable, qui trouve des justifications aux métamorphoses, puis la jeune Daisy, qu’il aime. Dudard finit par rejoindre les rhinocéros. On apprend que Botard et M. Papillon, le chef de bureau, ont suivi, ainsi que le Logicien. Daisy, séduite par la beauté et l’énergie des bêtes, quitte Bérenger à son tour. Seul, Bérenger regarde son visage dans un miroir, se trouve laid, hésite à devenir rhinocéros, puis se ressaisit : « Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas ! »

Les personnages

PersonnageRôle
BérengerAntihéros ordinaire, faible et sincère, qui résiste seul
JeanAmi de Bérenger, conformiste, se transforme le premier sous ses yeux
DaisyCollègue que Bérenger aime, finit par rejoindre les rhinocéros
DudardCollègue intellectuel, qui rationalise tout
BotardSyndicaliste qui nie l’évidence, puis cède
M. PapillonChef de bureau
Le LogicienParodie du raisonnement creux

Les thèmes

La rhinocérite, image des totalitarismes

La métamorphose figure l’adhésion à une idéologie totalitaire : d’abord incroyable, puis tolérée, enfin désirable. Chaque personnage incarne une manière de céder : par conformisme (Jean), par raisonnement (Dudard), par refus de voir (Botard), par obéissance (Papillon), par amour de la force (Daisy).

Le conformisme

La pression du groupe est irrésistible : être différent devient être anormal. À la fin, c’est Bérenger, le dernier humain, qui se sent monstrueux.

Le langage vidé de sens

Les discussions sur le nombre de cornes, les syllogismes du Logicien et les justifications de Dudard montrent que le langage peut servir à tout justifier. Ionesco dénonce les raisonnements qui masquent la réalité.

L’humanisme et la résistance

Bérenger n’est ni un héros ni un penseur : il résiste par instinct, par attachement à ce qui est humain. Sa résistance finale est fragile et ambiguë, mais elle affirme la dignité de l’individu.

Une pièce de l’absurde ?

On y retrouve les procédés de l’absurde : dialogues mécaniques, logique déréglée, comique de l’insolite, personnages interchangeables. Mais Rhinocéros a une signification politique claire, contrairement à En attendant Godot ou à La Cantatrice chauve (1950). On la rapproche aussi de La Peste de Camus : une épidémie qui gagne une ville et un homme qui lutte.

Questions fréquentes

Que symbolisent les rhinocéros ?

Les hommes qui cèdent à une idéologie totalitaire, en particulier au nazisme et au fascisme que Ionesco a vus gagner la Roumanie des années 1930, et plus largement à tout conformisme collectif.

Pourquoi Bérenger ne se transforme-t-il pas ?

Ionesco ne l’explique pas rationnellement. Bérenger résiste par un attachement instinctif à l’humain ; il hésite d’ailleurs à la fin avant de se ressaisir.

Comment se termine Rhinocéros ?

Bérenger, resté seul humain, est tenté un instant de rejoindre les rhinocéros, puis se ressaisit et proclame qu’il ne capitulera pas : il restera homme jusqu’au bout.

Qu’est-ce que la rhinocérite ?

Le nom donné dans la pièce à la « maladie » qui transforme les hommes en rhinocéros. Le mot désigne aujourd’hui la contagion d’une idéologie ou d’un conformisme.

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