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Littérature · Œuvres

Le Horla

Le Horla est une nouvelle fantastique de Maupassant (1886 et 1887). Dans son journal, le narrateur sent qu’un être invisible vit à ses côtés et le possède : est-il fou ou lucide ?

Mis à jour le 4 min de lecture

Le Horla est le chef-d’œuvre du récit fantastique de Guy de Maupassant. L’écrivain, qui a écrit une trentaine de contes fantastiques, y peint la progression d’une angoisse qui devient folie. Le texte est d’autant plus troublant que Maupassant lui-même, atteint de syphilis, souffrait de troubles nerveux et d’hallucinations ; il sera interné en 1892 et mourra en 1893.

Les deux versions

Version de 1886Version de 1887
FormeRécit fait par un patient à des médecins réunis par le docteur MarrandeJournal intime daté
NarrateurS’adresse à un auditoireÉcrit pour lui-même
EffetLe cadre médical rend le récit plus distanciéLe lecteur vit l’angoisse au jour le jour
FinLe patient attend la venue du Horla ; le médecin avoue ne savoir s’il est fouLe narrateur envisage le suicide

C’est la version de 1887, plus longue et plus angoissante, qui est la plus lue et étudiée.

Résumé de la version de 1887

Le bonheur et le premier malaise

« 8 mai. — Quelle journée admirable ! » Le narrateur, rentier, aime sa maison au bord de la Seine. Il salue un superbe trois-mâts brésilien qui passe sur le fleuve. Quelques jours plus tard, il se sent fiévreux, triste, angoissé sans raison.

Les nuits d’angoisse

Il dort mal : il fait un cauchemar où un être s’agenouille sur sa poitrine et l’étrangle. Le matin, la carafe d’eau qu’il a laissée pleine est vide. Il fait des expériences : l’eau et le lait sont bus pendant son sommeil, mais pas le pain ni les fraises. Un voyage au Mont-Saint-Michel, où un moine lui parle des forces invisibles, le soulage un temps.

Paris et l’hypnose

À Paris, il assiste chez sa cousine, Mme Sablé, à une séance d'hypnotisme menée par le docteur Parent : la jeune femme, endormie, obéit aux ordres les plus absurdes. Le narrateur mesure le pouvoir qu’un esprit peut exercer sur un autre.

La possession

De retour chez lui, les phénomènes reprennent : il voit une rose se casser seule et monter dans l’air, la page d’un livre se tourner. Il sent que l’être lui impose sa volonté et l’empêche de fuir. Il lit dans une revue qu’une épidémie de folie sévit dans la province de São Paulo, au Brésil, où des habitants se disent possédés par des êtres invisibles qui boivent l’eau et le lait. Il comprend que l’être est venu sur le trois-mâts brésilien. Il lui trouve un nom : « le Horla ».

Le miroir et l’incendie

Un soir, devant son armoire à glace, il ne voit pas son reflet : l’être invisible se tient entre lui et le miroir. Décidé à le tuer, il fait poser des volets de fer et des portes blindées, enferme le Horla et met le feu à sa maison. Il oublie ses domestiques, qui périssent dans les flammes. Mais il doute : un être invisible peut-il mourir ? Le journal s’achève : « Non… non… sans aucun doute, sans aucun doute… il n’est pas mort… Alors… alors… il va donc falloir que je me tue, moi !… »

Le fantastique

Le Horla entretient cette hésitation jusqu’au bout : le narrateur est-il victime d’une présence réelle ou d’une folie croissante ? Les deux lectures restent possibles. Le récit à la première personne et la forme du journal renforcent le doute, car nous n’avons accès qu’à la conscience du narrateur (voir la focalisation).

Les thèmes

  • La folie : le récit suit la dégradation d’un esprit, avec une précision clinique.
  • L’invisible : l’homme ne perçoit qu’une partie du réel ; nos sens sont limités.
  • La possession et la perte de la volonté : le Horla impose sa loi, comme l’hypnotiseur.
  • La fin de l’homme : le narrateur imagine que le Horla est un être supérieur, successeur de l’homme sur la terre.
  • La science du XIXe siècle : magnétisme, hypnose et travaux du neurologue Charcot à la Salpêtrière fascinaient Maupassant.

Le sens du titre

Le mot est une invention de Maupassant. On y entend souvent « hors-là », celui qui est à la fois dehors et là, absent et présent. Le narrateur dit lui-même qu’il a entendu le nom crié par l’être.

L’écriture

Phrases exclamatives et interrogatives, points de suspension, dates de plus en plus rapprochées, longueur croissante des entrées : le style traduit l’emballement de l’angoisse. Le texte est un modèle de nouvelle fantastique.

Questions fréquentes

Le narrateur du Horla est-il fou ?

Le texte ne tranche pas. Tout peut s’expliquer par la folie, mais certains faits restent troublants. Cette ambiguïté définit le fantastique.

Qu’est-ce que le Horla ?

Un être invisible qui boit l’eau et le lait, domine la volonté du narrateur et semble venu du Brésil. Le narrateur y voit un être appelé à remplacer l’homme.

Pourquoi y a-t-il deux versions du Horla ?

Maupassant publie d’abord un récit court en 1886, puis le réécrit en 1887 sous forme de journal, plus développé et plus angoissant.

Comment se termine Le Horla ?

Après avoir incendié sa maison pour tuer le Horla, le narrateur doute de sa mort et conclut qu’il va devoir se tuer lui-même.

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