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Histoire · Époque moderne

Le shogunat Tokugawa

Le shogunat Tokugawa dirige le Japon de 1603 à 1868 depuis Edo, l’actuelle Tokyo. Il impose deux siècles et demi de paix intérieure et une fermeture presque complète du pays aux étrangers.

Mis à jour le 4 min de lecture

L'époque d’Edo commence quand Tokugawa Ieyasu, vainqueur de la bataille de Sekigahara (21 octobre 1600), reçoit de l’empereur le titre de shogun en 1603. Quinze shoguns de la famille Tokugawa se succèdent jusqu’en 1867. Après des siècles de guerres (voir Japon féodal), le pays connaît une période de paix exceptionnellement longue, une forte croissance urbaine et une culture florissante, mais aussi un contrôle social rigoureux et un isolement volontaire. La restauration impériale de 1868 y met fin.

Repères chronologiques

DateÉvénement
1600Bataille de Sekigahara
1603Ieyasu devient shogun ; Edo, capitale politique
1614-1615Sièges d’Osaka : élimination du clan Toyotomi
1615Lois sur les maisons militaires (buke shohatto)
1635Système de la résidence alternée (sankin-kōtai) rendu obligatoire
1637-1638Révolte de Shimabara, à forte composante chrétienne
1639Expulsion des Portugais : début de la fermeture du pays
1641Les Néerlandais sont cantonnés sur l’îlot de Dejima, à Nagasaki
1657Grand incendie d’Edo
1688-1704Ère Genroku, apogée de la culture urbaine
1853Arrivée des « navires noirs » du commodore Perry
1854Traité de Kanagawa avec les États-Unis
1867Le dernier shogun, Tokugawa Yoshinobu, remet le pouvoir à l’empereur
1868Restauration Meiji ; Edo devient Tokyo

Un système politique pour garantir la paix

Le régime est appelé bakuhan, de bakufu (gouvernement du shogun) et han (domaines des daimyos). Le shogun contrôle directement environ un quart des terres, les grandes villes (Edo, Kyoto, Osaka, Nagasaki) et les mines. Le reste est réparti entre 260 à 270 daimyos, classés selon leur fidélité :

CatégorieDéfinition
ShinpanParents des Tokugawa
FudaiVassaux héréditaires, alliés avant Sekigahara ; occupent les hautes charges
TozamaSeigneurs « extérieurs », ralliés après 1600 ; tenus à l’écart du pouvoir

La résidence alternée

Le sankin-kōtai oblige chaque daimyo à résider une année sur deux à Edo et à y laisser en permanence sa femme et son héritier, véritables otages. Les longs cortèges entre le domaine et la capitale coûtent très cher et empêchent les seigneurs d’accumuler les moyens d’une révolte. Ils stimulent aussi les routes, comme le Tōkaidō entre Edo et Kyoto, et l’économie des villes-étapes.

Une société d’ordres

La société est divisée, selon l’idéal néoconfucéen, en quatre ordres héréditaires :

OrdrePlace
Samouraïs (shi)Environ 6 à 7 % de la population ; administrateurs payés en riz, seuls autorisés à porter deux sabres
Paysans (nō)Plus de 80 % ; produisent le riz, base de l’impôt et des revenus
Artisans (kō)Ordre urbain
Marchands (shō)En bas de la hiérarchie, mais de plus en plus riches

Au-dessus se trouvent la cour impériale et le clergé ; en dehors, des groupes discriminés comme les eta et les hinin. Dans les faits, les marchands d’Osaka et d’Edo prêtent de l’argent aux daimyos et aux samouraïs endettés : la richesse et le rang se dissocient au fil des siècles.

La fermeture du pays (sakoku)

Après l’arrivée des Portugais au XVIe siècle, le christianisme s’était diffusé au Japon. Les Tokugawa y voient une menace, liée aux puissances européennes. Ils interdisent la religion chrétienne (1614), persécutent les fidèles et, après la révolte de Shimabara (1637-1638), expulsent les Portugais (1639).

Par Dejima arrivent des livres européens : les études hollandaises (rangaku) permettent aux savants japonais de découvrir la médecine, l’anatomie et l’astronomie occidentales. En 1774, une traduction d’un traité d’anatomie néerlandais fait date.

Une culture urbaine florissante

Edo devient au XVIIIe siècle l’une des plus grandes villes du monde, avec probablement plus d’un million d’habitants. Osaka est le grand marché du riz, Kyoto la ville des artisans de luxe. Une culture bourgeoise se développe, celle du « monde flottant » (ukiyo) :

  • le théâtre kabuki et le théâtre de marionnettes bunraku, dont le dramaturge Chikamatsu Monzaemon (1653-1725) ;
  • la poésie haïku, portée à son sommet par Matsuo Bashō (1644-1694) ;
  • les estampes ukiyo-e : Utamaro, Hokusai (La Grande Vague de Kanagawa, vers 1831), Hiroshige, qui influenceront plus tard les impressionnistes ;
  • un taux d’alphabétisation élevé, grâce aux écoles de temple (terakoya).

La fin du shogunat

Au XIXe siècle, le régime est fragilisé : famines (années 1780 et 1830), révoltes paysannes, endettement des samouraïs. En juillet 1853, le commodore américain Matthew Perry entre dans la baie d’Edo avec quatre « navires noirs » à vapeur et exige l’ouverture du pays. Il revient en 1854 et obtient le traité de Kanagawa, suivi en 1858 de traités commerciaux inégaux avec les États-Unis et les puissances européennes.

L’impuissance du shogun face aux étrangers alimente le mouvement sonnō jōi (« révérer l’empereur, expulser les barbares »), porté par les domaines de Satsuma et de Chōshū. En novembre 1867, le dernier shogun, Tokugawa Yoshinobu, remet ses pouvoirs à l’empereur ; le 3 janvier 1868, la restauration impériale est proclamée et la guerre de Boshin (1868-1869) achève les partisans du shogunat. L’empereur Meiji s’installe à Edo, rebaptisée Tokyo, « capitale de l’Est » (voir ère Meiji).

Questions fréquentes

Pourquoi le Japon s’est-il fermé au monde ?

Pour protéger le régime contre l’influence du christianisme et des puissances européennes, et pour contrôler le commerce extérieur au profit du shogun. Le pays restait ouvert à des échanges limités avec les Néerlandais, les Chinois et la Corée.

Combien de temps a duré le shogunat Tokugawa ?

De 1603 à 1867, soit 264 ans, avec quinze shoguns successifs.

Qu’est-ce qu’Edo ?

L’ancien nom de Tokyo, siège du shogunat. La ville est renommée Tokyo en 1868, quand l’empereur s’y installe.

Qui a ouvert le Japon au monde ?

Le commodore américain Matthew Perry, par sa démonstration de force de 1853 et le traité de Kanagawa signé en mars 1854.

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